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UNIVERSITY or MICHIGAN GENERAL LIBRARY.

MÉMOIRES

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L'ACADEMIE

DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS

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CARRAS

imp. Rohard-Courtin, piace du Punt-de-Cité, 6

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MÉMOIRES DE L'ACADÈMIE D'ARRAS

L'Académie laisse à chacun des auteurs des travaux insérés dans les volumes de ses Mémoires, la responsabr'ilé de ses opinions, tant pour le fond que pour la furme.

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MÉMOIRES

L'ACADÉMIE

DES SCIENCES, LETTRES ET ARTS

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11° Série Tome XXVI.

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CARRAS imp. Rohard-Courtin, place du Pont-de-Cité, 6

M. D. CCC XCY.

I. Séance publique du 26 Juillet 1894.

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CURE dE AURA T4 LAND AM AL NL NAME LEs AA Cr 24 4

DISCOURS D OUVERTURE

PAR

M. H. de MALLORTIE Président.

——--— 4H 8————

Mesbam ES, Messieurs,

POS) LE Ces Æ LS re notre drapeau, voilé d’un crèpe funèbre, était le témoignage public du deuil de la nation. Ces signes extérieurs de notre

douleur ont disparu ou vont disparaitre; mais le deuil restera

EPUIS un mois, dans toutes les villes, dans toutes les communes, dans les moindres hameaux de la France,

longtemps encore au fond dus cœurs.

Aussi, ce n’est pas sans une profonde émolion que j'ouvre celte Séance ; ma première pensée, mes premières paroles ne doivent, ne peuvent être qu'un fidèle et reconnaissant souvenir, un adieu suprême, un pieux hommage adressé au grand citoyen qui, pendant près de sept ans, a présidé, avec tant de sagesse, de dignité et de dévouement, aux destinées de la République.

La main criminelle qui a frappé M. le Président Carnot, a blessé, du mème coup, la France, à l'endroit le plus cher ; aux cris de colère et d’indignalion qu'a soulevés cet exécra- ble forfait, a succédé une immense douleur, une profonde tristesse et la touchante effusion de la piété populaire.

8.

Dans ce deuil national, l’Académie d'Arras éprouvait de plus un chagrin particulier, domestique en quelque sorte, et comme un deuil de famille.

En 1889, dans son voyage à Arras, M. le Président Car- not, avec une bonne grâce charmante et une bienveillante sympathie, voulut bien entretenir le Président de l’Acadé- mie des liens qui avaient attaché autrefois à notre Société, deux membres de sa famille, les plus illustres et les plus chers. Notre compagnie, en effet, a eu le rare bonheur de compter parmi ses membres titulaires Lazare-Nicolas-Mar- guerite Carnot, « l'organisateur de la Victoire » et parmi ses membres honoraires, Lazare-Hippolyte Carnot, Ministre de la République de 1848, l’aïeul et le père de M. Sadi-Carnot, bien digne héritier de tels ancêtres, dont il a su grossir encore le glorieux patrimoine de vertus et d'honneur.

M. Sadi-Carnot, ancien élève de l'Ecole Polytechnique, Ingénieur des Ponts et Chaussées, Député au Corps légis- latif, fut toujours, et avant tout, l’homme du devoir ; puis, le devoir accompli, il retrouvait bien vite le bonheur au milieu des siens. Ces joies exquises de la famille, les meil- leures de la vie, lui furent données à souhait, d’abord auprès d’un père dont le souvenir était pour lui un culte, auprès de cette mère dont le coup de poignard de Caserio a terrassé les quatre-vingts ans, à côté de cette épouse admirable dont les hautes et familiales vertus facilitérent la tâche du Président enfin dans les embrassements de sa fille el de ses fils dont sa mort vient de mürir, si tùt el si amèrement, l'expérience.

Appelé par la confiance de ses collègues du Parlement à la plus haute magistrature de la République, il accepta sans orgueil et sans trouble, la noble et bien lourde mission qu’on lui imposait et s’y dévoua tout entier.

M. Carnot, qui alliait à la vertu la plus austère l’ardeur la plus vive pour le bien, s’était tracé depuis longtemps, une règle de conduite dont il ne se départit jamais.

0

Messieurs, près de la voie Appienne, la République romaine avait élevé un temple « à l’honneur et à la probité. » Telle avait été aussi la devise du député Carnot. Il pensait, avec raison, que sous lous les gouvernements, plus encore sous une République française que sous tout autre, l'incom- parable prestige des idées de probité et d'honneur doit donner au pouvoir sa force, à la vie publique sa valeur, à chacun sa règle. Président de la République, il resta fidèle à ce culte politique de toute sa vie.

Son âme, qu'il avait tout entière ardemment consacrée à sa patrie, trouvait, non pas l’impassibilité, comme on l’a dit, mais la sérénité dans sa hauteur. Cette sérénité était faite à la fois d’indulgence et de clarté. Ce qu'on appelle indulgence n'est le plus souvent que justice. On reproche à l'opinion sa mobilité ; ce sont les choses humaines qui sont mobiles. La largeur d'esprit n'exclut pas les fortes règles de conduite.

M. Carnot, dont l'intelligence était aussi vive et pénétrante que son caractère élait droit, que son cœur était bon, obser- vait, contemplait avec un calme bienveillant, l'éternel mirage des illusions humaines et n'ignorait pas la loi des entraine- ments passagers de l'opinion. Mais dans les nombreux conflits des amours-propres, des passions, des intérêts, le Président de la République ne voyait, ne poursuivait qu'un but dont rien ne réussit à le détourner : ni l'agitation trop souvent stérile des partis, ni les intrigues, ni les violentes et injustes critiques, ni mème l'immoralilé des évènements.

Or, Messieurs, ce point fixe autour duquel tout devait graviter, c'était la grandeur de la France, sa mission histo- rique et civilisatrice, son influence, son prestige, son rayon- nement au dehors.

L'Exposition universr!le de 1RR9, les admirables et patrio- tiques fêtes de Cronstailt, de Toulon et de Paris, ont dit assez haut quels succès ont récompensé les efforts de M. le Président Carnot. Le coup de poignard de Caserio a fait

éclater, si j'ose parler ainsi, toute l'estime qu’il avait su inspirer, imposer peut-être à tous les souverains de l’Europe et du monde. D’Allemagne, d'Angleterre, d'Italie, des enne- mis héréditaires ou irréconciliables, sont venus des témoi- gnages de la plus vive sympathie, et même un acte de haute clémence qui, bien que signé par une main que nous ne pouvons aimer, n’en a pas moins été tout droit aux cœurs des Français. Les anciennes querellesse sont apaisées devant le cercueil de ce martyr. La mort de M. Carnot a été, en effet, celle d’un sage, d’un héros et d’un chrétien. Il est entré dans l’histoire avec ce je ne sais quoi d’achevé que donne le malheur ou le poignard d’un assassin.

Messieurs, le Président Carnot n’est pas mort tout entier ; il est quelque chose que nous gardons de lui : les leçons qu'il nous a données et qui ne seront point perdues ; cet ardent amour du droit, de la probité et de l’honneur qui fut l'âme de sa vie. La patrie qu’il a tant aimée, la vertu dont il a fait la règle de sa conduite, sont des choses éternelles. Ne l’ou- blions pas, Messieurs, dans ces jours voilés que nous traversons, il est parfois plus difficile, comme on l'a edit avec une éloquente tristesse, de connaître son devoir que de l’accomplir. Toutefois ne nous laissons pas aller au découragement. Tout au fond de notre pays, le flot n’est pas troublé, grandit aussi vivace, aussi éclairé qu’au- trefois l’amour passionné de la France. Peut-1l v avoir lieu de désespérer quand tout un peuple en deuil sait faire à ceux qui l'ont bien servi, soit sur les champs de bataille, soit à la tête du Gouvernement, de splendides funérailles qui ressemblent à des triomphes ”?

Pour moi, je suis heureux d’avoir apporté aujourd’hui, à M. le Président Carnot. avec l'expression de notre douleur et de nos regrets, le respectueux hommage de l’Académie que son aïeul el son père ont honorée.

RAPPORT CONCOURS DE LITTÉRATURE ET D'HISTOIRE

M. l'Abbé RAMBURE

Membre résidant.

200

Mespam ES, Messieu RS,

Pere)

TAANS la partie de ses concours que l’Académie d'Arras Æ, consacre aux belles lettres, c’est la poésie qui remporte d'ordinaire les plus nombreuses et les plus brillantes cou- ronnes : elle le doit à son propre charme, et sans doute aussi à l’habile main qui les tresse avec grâce. Mais la prose, la vile prose, semble indigne d’être soumise à notre Com- pagnie. Quand on parle comme tout le monde, est-ce la peine de se lancer dans la lice? La comparaison avec les inspirés, qui murmurent et soupirent la langue des dieux, n'est-elle pas humiliante et écrasante à la fois ”?

Ces justes appréhensions n'ont pas arrêté la vaillance d'un de nos concurrents, j'allais dire déjà : d’un de nos lau- réats. Il a poussé plus loin sa hardiesse : non seulement il a écrit en prose, mais il nous a livré un drame sur Jeanne d'Arc. Un drame à l’Académie d'Arras ! Quelle rareté ! Quelle bonne fortune ! Des lors, votre commission littéraire

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a délégué un rapporteur spécial, pour présenter cette œuvre, avec les réserves qui s'imposent, à votre sympathiqueappré- cialion.

Ma première pensée et mon premier devoir, Messieurs, ont été de rechercher dans nos Mémoires l'Æistoire de l’art dramatique à l'Académie d'Arras. Hélas ! les éléments en sont bien modestes, bien anciens. Il faut remonter à votre berceau, ou plutôt à votre résurrection, pour trouver dans les Mémoires de la Société royale d'Arras deux fragments de tragédies en vers. Dans la ix° livraison de 1819 (1), car vos Mémoires se publiaient alors par livraisons mensuelles, je trouve un fragment de la tragédie de Constantin, par Pellet d’Epinal, membre correspondant, et dans la xu° (2), un fragment de Prsarre, par M. Aug. Cot, membre résidant : essais estimables, qui sont de leur époque, et qui valent à peu près les tragédies des Raynouard, des Lemercier et des Lebrun.

Ces œuvres sont vôtres, Messieurs ; elles n'ont pas été produites à l'occasion de vos concours. À vrai dire, si l’on ne m'avait obligecamment ouvert les arcanes de vos archives, j'aurais ignoré comme tant d’autres, en raison du silence de vos rapporteurs, qu’en 1849, Lorensino, drame en vers,imité d'Alexandre Dumas, avait vainement tenté la pitié de nos prédécesseurs. Il faut descendre jusqu’à 1862, pour trouver un essai dramatique couronné par nous. Chose curicuse el piquante, c’est Jeanne d'Arc qui est déjà l'héroïne de cette

(1) Mém. de la Soc. royule d'Arras, t.1, 1xe livr., pp. #18 et suiv.; le fragment est la 1r° scène de l'acte n11, dialogue de Constantin et de Maximin sur les chrétiens; le premier les loue autant que l'autre les attaque.

(2) Ibrd., xue livr ; daus la scène 2 de l'acte 17, Pizarre essaie en vain d'arracher son abdication au roi inca Atalibas; dans la «ce. 1re de l’acte v, Alciloé, épouse d'Ataliba, supplie Pizarre d'épargner son mari.

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tragédæ (1). En feuilletant nos Mémoires, vous lirez l’appré- ciation élégante et juste de celui qui, trente-et-un ans après son premier jugement, s’est retrouvé dans le mème jury,avec la mème jeunesse intellectuelle et la même rectitude de goût. Comme lui et avec lui, je vous propose d’encourager le mémoire 1 bis,qui a pour devise : « Vive labeur ! » en récom- pensant j'emprunte les paroles que M. Wicquot appliquait il y a trente-et-un ans à notre première Jeanne d'Arc, « cette tragédie que vous n'aviez pas demandée, et que les modestes conditions de vos concours ne vous permettaient pas d'espérer (2). »

Assurément, Messieurs, je vous tromperais si je saluais dans « Jeanne d’Arc à Arras, drame historique et patrio- tique en prose, en trois actes, » une œuvre d’une originalité parfaite. L'auteur a été devancé dés longtemps dans cette voie ; depuis quelque temps, le courant sympathique qui pousse, sans distinction de parti, tous les esprits et tous les cœurs à s'unir dans l’hommage à Jeanne d’Arc, a suscité une foule d'œuvres d’un mérite divers, mais d’une égale générosilé.

Sans parler du chef-d'œuvre romantique de Schiller, sans compter les élans lyriques, les idylles, les épopées, les opé- ras, et jusqu'aux parodies, je pourrais énumérer une cin- quantaine de tragédies en vers consacrées à Jeanne (3): je me contenterai de citer le fameux Mystère d'Orléans, paru dès 1435, la tragédie du P. Fronton du Buc, en 1580, celles qui s'expliquent par le mouvement littéraire du commence- ment du siècle : ce sont les pièces d’Avrigni, en 1819; de

(1) Dans les Mém. de l'Acad. de 1845, l'abbé Fréchon consacre quelques lignes à un fragment d'épopée sur Jeanne d’Arc, « bien versifié, » mais « hors-d'œuvre. »

(2) Mém. de l’Acad. d'Arras, t, xxxv, p. 49.

(3) Le liwre d’or de Jeunne d'Arc, par P. Lanéry d'Arc, pp. 519 à 023.

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Soumet, moins vrai que pathétique, en 1825; d'Hédouville, en 1829. Puis vient, en 1839. Mne Caroline Paulof, dont l’édi- teur dit dans sa préface : « La sévérité de la critique sera désarmée devant cette triple considération : une jeune dame russe a traduit en vers français une des plus belles tragédies de la scène allemande (Schiller). » En dehors des tragédies qui n’ont pas été représentées, je dois citer encore, parmi les plus remarquables, celle du vicomte de Puymaigre, en 1842, et l’œuvre de Jules Barbier, jouée en 1875 avec un succès qu’elle doit à son propre mérite et à l’admirable musique de Gounod.

Les drames en prose font assez maigre figure devant celte efflorescence : je n’en ai complé que vingt-neuf, dans cet immense monument bibliographique qui vient d’être élevé il y a quelques mois, par l’un de ses descendants, à la gloire de la Pucelle, le Licre d'or de Jeanne d'Arc. Le premier en date de ces drames, le plus célèbre, est de 1642 : il est l’œuvre de ce fameux abbé d’Aubignac, qui publia sa Jeanne d'Arc en prose « afin de sauver la vraisemblance, » et qui crut l'avoir déduite « selon la vérité de l’histoire etles rigueurs du théâtre. » Le plus touchant, le mieux écrit de ces drames date d'hier : c’est l'œuvre de celui que je suis tenté d’appe- ler l’apôtre laïque de la Pucelle, depuis qu’il s’est livré à de véritables campagnes, pour populariser Jeanne el faire ins- tituer en son honneur une fète nationale, M. le sénateur Joseph Fabre (1).

Cette brillante phalange d’ancêtres n’a pas découragé notre lauréat : il a choisi, dans la vie de Jeanne, une période restreinte et qui nous touche de près. Je n’ai pas à exami- ner si, après l’ouverture des plis, il ne devra pas aller offrir un morceau de sa médaille à celui de nos compatriotes dont

(1) Jeanne d'Arc, drame en trois parties et neuf tableaux, par J. Fabre, Paris, 1891, et Jeanne d’Arc, par J. Fabre, pp. 332, 333 et 352 à 359,

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1] reconnait que le Précis historique l’a inspiré (1), et qui annonce la «bonne nouvelle » de Jeanne, depuis Domremy jusqu'à Londres, en passant par Arras et Paris : c'est une affaire à régler entre eux deux, en tête à tête.

Avant notre auteur anonyme, bien peu d'écrivains ont eu l'ingénieuse idée de se limiter à une période de celte vie hérorï- que. Celte heureuse.conception du sujet met à la portée des talents plus modestes une renommée bien faite pour effrayer le génie. Toutefois, c'est la même pensée qui a inspiré, il y a quelques années, le Départ de Jeanne d'Arc, œuvre intéressante d'un ecclésiastique de ce diocèse (2), représentée avec succès à St-Omer; plus anciennement, Jeanne d'Arc à Paris et Jeanne d'Arc à Troyes, de Paul Meurice, qui auraient eu, en 1855, le plus retentissant succès, si Rachel avait tenu sa promesse de la jouer cent fois à la Porte Sl- Martin, à raison de mille francs par représentation. C’est encore dans le même ordre d’idées qu’on jouait, il y a deux ans, sur le théâtre d'un des premiers pensionnats du Nord, Jeanne d'Arc à Beaurecoir, tragédie de mérite, semée de beaux vers dramatiques et lyriques, et dont j'aurais déjà trop parlé, si Je ne consultais que la modestie de l’auteur.

Avec le mémoire 1 bis, nous sommes à Arras, dans le Château, au temps de Jeanne d'Arc, en novembre 1430. Tous les souvenirs historiques qui se rapportent à la Pucelle,dans ses relalions avec Arras ou ses habitants, sont habilement utilisés, et fondus dans l'unité d’une intrigue qui fait honneur à l'imagination de l’auteur : il a même trouvé le moyen de glisser une allusion aux tapisseries d'Arras. Le capi- laine bourguignon Franquet d'Arras, mis à mort comme chef de bandes, y revit dans son épouse Catherine et dans sa

(1) Jeanne d'Arc à Arras, précis historique, par l'abbé H. Debout. Arras, 1894.

(2) Le départ de Jeanne d'Arc, par M. l'abbo Sockeel, doyen de Lens.

fille Isabelle, qui poursuivent sa vengeance. L'Ecossais Wal- ter, peintre de Jeanne, le clerc Jean Naviel, messager des fidèles patriotes de Tournai, qui vient apporter leur contribu- tion à la Pucelle, l'officier Jean de Pressy, y jouent le rôle qui convient à leur noble origine ou à la dignité de leur caractère. L’avide Jacques Defer, qu’on appelle quelque part le « brave geolier, » donne à la pièce un certain élément de gaieté et con- traste avec la douce figure de sa fille Marie ; l'Anglais John Gris est l’inévitable espion. Jeanne y parait ce qu’elle doit être, courageuse el naïve, dévouée à son Dieu et à son pays, et elle prononce dans la pièce, on le comprend, un grand nom- bre de ces mots historiques qui ont fait admirer en toute circonstance la souplesse de son intelligence, la générosité de son cœur et le caractère surnaturel de son inspiration.

En deux mots, voici l'intrigue : Walter l’Ecossais est envoyé par la reine Marie d'Anjou, pour délivrer Jeanne d'Arc, à condition qu'elle ne reprendra plus les armes ; la peinture du portrait de la Pucelle est un simple artifice qu'emploie le messager, pour pénétrer dans le Château d'Arras. Jeanne d'Arc tressaille à l’idée de liberté ; mais elle refuse, quand elle apprend à quelle condition elle sera tirée de sa captivité :

JEANNE.

« La liberté! O bonheur ! Mais aurez-vous des armes à me confier, et pourrai-je, cette nuit même, me mettre en route pour aller secourir mes bons amis de Compiègne ?

WALTER.

Laissez-moi achever. On met une condition à votre liberté : c'est que vous entrerez dans un cloitre que vous désignera l'évèque d'Arras, ou au moins que vous vous engagerez par serment à ne plus porter les armes de votre vie.

JEANNE.

Que dites-vous ? Que dites-vous ?... Mes ennemis exigent de moi de semblables conditions, pour prix de ma

= 17

liberté ! Mais, dites, sir Walter, on peut les tromper, eux, n'est-ce pas, sans forfaire à la conscience et à l’houueur ?....

WALTER.

Ce ne sont pas des ennemis seuls qui ont dicté ces conditions, ils n'ont fait que les accepter...

JEANNE. Mais le Roi, le Roi, que fait-il donc ?

WALTER. Îl accepte tout.

JEANNE.

Îl accepte que je ne combatte olus pour la France, il accepte que je remette au fourreau l'épée que Dieu me donna pour sauver mon pays et pour lui rendre sa couronne ? Il l’accepte? Ah! Walter, dites-moi la vérité.

WALTER. Il l'exige. JEANNE.

Il l'exige ? Eh bien ! moi, je refuse la liberté à ce prix. Vous ponvez m'ouvrir toutes grandes les portes de cette prison, vous pouvez baisser‘les ponts-levis du Château d'Arras, puisque vous exigez que je renonce à servir ma patrie, je ne veux plus sortir ! Au moins, ici, je souffre pour elle, et ma présence force encore des soldats ennemis à veiller sur moi. J'aime mieux rester prisonnière de guerre que de renoncer à la guerre, à la guerre sainte que Dieu me commande (1)! »

Walter, ému par la fermeté de Jeanne, croit subitement à la continuation de sa mission, subit son influence, et s’en- gage à la délivrer, quelles que doivent ètre pour lui-même les suites d'une telle décision.

il est aidé, au second acte, par l'intervention du prêtre de

(1) Acte Eer, se, 1x.

2: 49e Tournai, Jean Naviel; mais Catherine Franquet poursuit sa vengeance, en croyant voir dans Jeanne la meurtrière de son époux, et malgré l'amour de sa fille Isabelle pour Walter, elle avertit l’espion anglais, grâce à une lettrefictive. Jean de Luxembourg est prévenu par celui-ci; le gouver- neur intérimaire, Jean de Pressy, est révoqué; John Gris prend sa place et fait bonne garde.

Le troisième acte est vraiment émouvant et bien conduit. Tout est prêt pour empêcher l'évasion. John Gris a l'ordre de mettre aux fers Pressy et la Pucelle; mais Isabelle, qui a reconnu l'innocence de Jeanne par rapport à la mort de son père, se substitue à l'héroïne, et reste prisonnière avec son fiancé Walter. Jeanne est sauvée, elle fuit, accompagnée de Jean Naviel ; mais non ! Les gardes de la ville l'ont recon- nue, ils l'arrêtent. Elle revient résignée, et accepteson mar- Lyre en ces lermes :

JEANNE.

« Me souvenir de ma mort ! Soit! Maintenant, je la regarde en face, et vois, Anglais, je ne pleure plus, je ne tremble plus. C'est que derrière les affres terribles du trépas que tu m'annonces, mon œil a entrevu le Ciel qui m'attend. Oui, le Ciel ! Car je crois fermement que je serai sauvée. C’est que plus haut que ta voix d'homme a parlé la voix de mes Saintes. Elles m'ont dit: « Prends tout en gré, n’aie pas trop grand souci de ton martyre, tu viendras finalement au royaume du Paradis. » C’est qu’enfin, à travers les flammes du bûcher, j apercois Jésus qui m'appelle, et la France sauvée par ma mort. Oh ! à ce prix, Anglais, je n’hésite pas et je crie: Vive mon martyre! »

Tel est ce drame, lintérèt grandit à mesure que le dénouement approche : des scènes émouvantes, bien frap- pées, des dialogues vifs et serrés, des pensées élevées font pardonner les négligences, les moyens de mélodrames trop fréquents et trop familiers, comme les lettres interceptées ou supposées et l’argent promis. L'auteur du Mémoire ne

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semble pas avoir une habitude consommée de ce qu'on nomme les mœurs théâtrales : elle lui viendra peu à peu, et alors, il raccourcira ou supprimera monologues, récits et lettres ; il veillera davantage à ne point laisser la scène libre, à rendre plus vraisemblables les mouvements de ses intéres- sants personnages, à leur garder la vie et le nerf du langage, sans leur permeltre ni emphase, ni anachronisme.

Votre Commission a voulu surtout récompenser l'adap- tation au théâtre de cet épisode de notre histoire locale ; elle décerne à l’auteur une médaille d’or de cent francs, en lui rappelant que s’il désire, comme il le dit, «utiliser sa pièce, » il devra la retoucher, la rendre complètement digne de Jeanne d'Arc. Nous appliquerions volontiers à ce drame le mot qui termine la préface, dans l’œuvre fameuse de Joseph Fabre : «Si une scène ne le recueille, il sera une voix perdue. Mais il est la voix d’une âme, et il redit un nom qui est le plus grand de la patrie. »

A

Vous espérez sans doute, Messieurs, que ma tâche esl terminée, j'élafs, il y a peu de temps, dans la même illusion, lorsque la Commission d'histoire, moins riche pour cette fois que ses sœurs, me pria de joindre au rapport liltéraire le rapport historique. J'ai m'incliner docilement, en vous plaignant d'avance. J'ai mème un instant songé au double role de Maitre Jacques dans l’Avare; mais je me suis hâté de chasser celte irrévérencieuse pensée, en me rappelant que Melpomène et Clio n'admettent pas le badinage.

L'Académie a reçu cette année deux Mémoires pour le concours d'histoire. Le premier, qui a pour devise Sincérité et Liberté, est une JZistoire d'Heuchin. Malheureusement, l’auteur semble connaitre imparfaitement les conditions du concours. L'Académie ne peut couronner que des œuvres nouvelles et inédites ; or, une bonne partie de cette étude a

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été publiée à Calais en 1889 et 1890, dans deux brochures.

distinctes. Les chapitres ajoutés à l'œuvre, pour l’histoire et l'archéologie, ne permettent pas de la considérer comme une étude neuve. L'Académie a donc le regret de ne pouvoir la récompenser, tout en rendant hommage aux qualités de méthode et d’érudition, communes aux deux brochures et au Mémoire présenté.

La seconde étude est intitulée : Un village boulonnais. Doudeauville au point de rue historique et archéologique. C'est une œuvre consciencieuse, qui n'a pas négligé les sources, sans toutefois les épuiser ; elle mérite d'autant plus nos éloges et nos récompenses, qu’elle dénote chez son auteur un goût réel et éclairé pour l'histoire locale (1).

Le Mémoire est divisé en quatre chapitres : le village, éludié sommairement au point de vue topographique el historique ; puis le chateau, dont les ruines ont disparu, et dont le titre seigneurial a passé dans la famille de La Rochefoucauld. L'abbaye de Doudeauville, possédée par des chanoines réguliers de l’ordre de S. Augustin, était encore florissante au XVIIe siècle; à cette époque, en 1673, elle tomba malheureusement en commende, et disparut vers le milieu du siècle suivant. L'église de Doudeauville est étu- diéeavec plus dedétails.Sielle ne présente pas dans son ensem- ble un caractère architectural bien marqué,elle possède une cloche intéressante de 1608, qui a échappé à la tourmente révolutionnaire, et dont l'inscription peu connue est relevée dans le Mémoire, mais avec une faute de lecture (2).

Notre historien décrit aussi, avec un « plaisir » qu’on

(1) Doudeauville avait été déjà l'objet d'une intéressante étude de M. Iaigneré, dans le Dict. hist. et arch. du Pus-de-(alais (arrond. de Boulogne, t. 11, pp. 317-324); elle est surtout documentée sur l'abbave.

(2) Cette cloche était ornée des figures du Sauveur, de la Ste Vierge, de S. Joseph et de S. Pierre. Elle portait l'inscription

comprend, une croix de procession du XIVe siècle, qui n'avait guère jusqu'ici été signalée aux archéologues. « Elle est en cuivre, fleuronnée et nimbée, avec sujets symboliques dans les croisillons, » représentant les évangélistes (1). L'auteur a fouillé dans les archives communales et dans celles de la paroisse: ici, il a trouvé deux documentscurieux, un compte du trésorier de fabrique de 1706, qui par ses détails montre la prospérité relative de la cure à cette époque, et les statuts d’une Confrérie de la Charité, érigée en 1715 pour le culte du St-Sacrement et le soin des pestiférés. Comme usage local, il importe de signaler que les membres de cette confrérie, qui existe encore, portaient et continuent de porter aux funérailles l’insigne du « chaperon rouge, » qui n’a rien de commun avec celui du conte: il consiste

suivante : « Berloulle suis nommée par Messire Hannibal d’'Es- trées, marquis de Cœuvres, baron de Doudeauville, vicomte de Soissons et [vis 81: ces mots incompréhensibles sont cités à tort par le Mémoire, pour Virzi], chevalier de l'ordre du Roi, gentil- homme ordinuire de sa Chambre, lieutenant-yénéral pour Sa Majesté en l’Isle-de-France, Pt gouverneur des ville et citadelle de Laon, 1608. » En raison des fonctions attribuées à H. d'Estrées, il faut sans doute relever ici une autre faute de lecture, et lire 1668, Le contrôle est impossible depuis la refonte de 1890.

(1) Depuis la lecture de ce rapport, une visite à Doudeauville, sous l'aimable direction de M. l'abbé Foulon, curé de la paroisse, notre lauréat, nous a permis d'admirer cette pièce peu connue d'orfévrerie religieuse: elle n'est pas de cuivre, mais d'argent. Les lames qui la constituent portent, en ronde-bosse sur les deux faces, des oves, des fleurons, des rinceaux et d'autres ornements en pointillé ; aux trois croisillons supérieurs, dans des médaillons de style, sont figurés l'aigle, l'ange et le bœuf ; le lion du croisillon inférieur a disparu, ainsi que le nœud de la ceinture du Christ. Le Christ est d'un assez beau modèle; il mesure 0®17 de hauteur. La hauteur totale de la croix est de Om 40, et sa largeur de Om32 ; chaque médaillon a un diametre de Om 08, L'inscription de la croix et la hampe sont récentes.

At

en une pièce d’étoffe rouge portée sur l'épaule gauche,comme l’épitoge dans les costumes académiques (1).

(1) Un usage de ce genre existe encore ailleurs, notamment à Clenleu. La Confrérie des Charitables de Doudeauville a été fon- dée le Jeudi Saint,18 avril 1715,sur le modèle de celle « premièrement érigée l'an 1597, dans l'église paroissiale de St-Georges de la ville d'Abbeville. » Voici ses intéressants statuts :

« Extraits du livre de l'institution d’icelle, autant qu'ils se peu- vent pratiquer à la campagne. Premièrement. Que toute personne de bonne vie et honnête conversation pourra estre reçeue en ladite Confrérie, même des paroisses voisines, et partant n y auront aucun accès les jureurs du saint nom de Dieu, les vvrognes, les impudi- ques et les personnes scandaleuses, qui en seront même retranchées après y avoir été reçeues, si elles devenaient ou étaient reconnues pour telles. IT. Eliront lesdits confrères chacune année le jour du dimanche dans l'Octave du Saint-Sacrement un Prévost et un Coadju- teur à la pluralité des voix, et le lendemain assisteront au service qui sera célébré pour le repos des âmes des confrères trépassés. III. Seront tenus lesdits confrères de visiter ou faire visiter les pauvres malades de ladite paroisse, les assisteront et consoleront selon leur pouvoir. Et quand il arrivera qu'aucuns de ces pauvres malades se trouveront en quelque grande nécessité, sera faite par la paroisse et lieux voisins une queste pour les soulager dans leur misère, laquelle se fera par deux confrères dénommez par le sieur Curé et le Prévost de la Confrérie et qui poura se réitérer en cas de besoin, comme aussi étant ainsi dénommez veilleront lesdits pauvres malades dans l'extrémité de leur maladie, IV. Quand quelqu'un sera décédé dans ladite paroisse, les confrères s'assembleront autant que la commodité leur permettra au son de la cloche, à l'église, partiront avec la croix, drap mortuaire et autres choses requises et iront avec le sieur Curé lever le corps du décécé, l'enseveliront si besoin est, et le porteront avec dévotion, révérence et chant conve- nable en sépulture. V. Seront pareillement tenus et obligez en la manière susdite de rendre ledit devoir de la sépulture à tous ceux qui meuront de peste ou d'autre maladie contagieuse, les ayant par l'ordre du Prévost ou Coadjuteur, ensevelis auparavant, si besoin est, ce qui est la principale fin de cette Confrérie suivant sa premiere

==99

D'autres détails intéressants s'appliquent soit à la prospé- rité spirituelle de la paroisse, sous la direction de M. Grisboi- dard, docteur de Sorbonne, qui y fut curé quarante-cinq ans au xvus siècle, soit à la période révolutionnaire, qui fut néfaste à Doudeauville, sous tous les points de vue.

L'auteur du Mémoire sur Doudeauville aurait pu élargir

institution, sçavoir d'assister les malades pestiférez, et après leur

mort, leur rendre le devoir de la sépulture. VI. Ainsi seront obligés ceux qui seront dénommez comme dessus d'assister au deffaut de clerc le sieur Curé ou autre prêtre quand il administrera les sacrements aux pestiférez, les assisteront et soulageront dans leurs autres pressants besoins. VII. Porteront lesdits confrères le chaperon rouge sur l'épaule gauche dans tous les actes de ladite Confrérie de la charité et pendant le service divin. VIII. Assiste- ront processionnellement autant que la commodité leur permettra, comme il se pratique dans les autres lieux ladite Confrérie est establie, quant on portera le saigt viatique aux malades. IX. Assisteront pareillement à la messe du Ssint-Sacrement qui sera solennellement chantée le premier jeudi de chaque mois, et aux messes qui seront chantées les jours de St-Roch, St-Sébastien et St-Antoine. X, Assisteront deux ensemble à l'heure et pendant le temps qu'il leur sera marqué, soit la nuit, soit le jour, devant le très- adorable Sacrement de l’autel depuis la fin de la messe du Jeudy- Sainct jusqu'à la fin du service du Vendredy-Sainct. XI, Porteront lesdits confrères honneur et révérence et obéissance aux Prévost, Coadjuteur et Chappelain de ladite Confrérie en ce qui concerne les statuts et ordonnances d'icelle. XII. Lorsqu'il trépassera quelqu'un desdits confrères, lui sera dit et célébré un service solennel aux dépens de ladite Confrérie, auquel les confrères seront obligez d'assister s'ils le peuvent commodément, et diront pour l'âme du défunt cinq fois Pater noster et autant Ave Maria, estant aussi obli- gez de faire les mêmes prières quand ils auront avis du décès de quelque confrère. XIII. Enfin pourront estre admises dans ladite Confrérie les personnes de l'autre sexe pour y pratiquer envers les Pauvres malades les œuvres de charité convenables à leur sexe et assister comme est dit cy-dessus aux offices divins. »

=

son cadre et nous donner une histoire complète (1). 11 ne connait sans doute pas le plan classique de notices histori- ques des communes rurales, que le savant archiviste du département a publié comme guide en 1888 (2). I] n'aura pas songé que dans le trésor des Archives du Pas-de-Calais, il aurait trouvé, mis à sa disposition avec autant de compé- tence que de bonne grâce, plus d’un détail utile.

J'en ai glané, dans une étude sommaire, une précieuse collection, sans prétendre être complet. L'auteur du Mémoire aurait pu grossir la liste des curés et abbëés de Doudeau- ville (3), étudier de près, avec les pouillés et les registres des archidiacres, l’état spirituel et temporel de la paroisse

(1) Un tertre assez considérable, de destination inconnue, se trouve dans les champs à peu de distance de l'agglomération principale; il mériterait d'être exploré. Au point de vue archéologique, nous signalons la chapelle gothique de St-Nicolas (au transept de l'église paroissiale, côté de l'épitre), qui a conservé un caractère artistique, dans la clef et les nervures de la vorte, les culs-de-lampe, les orne- ments et l'appareil des murailles. Devant le presbrtére, se dresse un tilleul gigantesque, dont certaine tradition fait l'arbre de la liberté planté en 1793; le témoignage des vieillards de Doudeauville le croit encore plus ancien,

(2) Plan de notice historique d'une commune rurale, par H. Loriquet, Arras, 1888.

(3) Arch. départ. du P.-d.-C., G. 13. pouillé du diocése de Hou- logne, district d'Alette, f 9, liste des titulaires de la cure de Dou- deauville : 1562, Devienne :.... 1656, Pasquier ; 1660, Mavoul ; 1661, Grisbodart, diacre; 1706, Fourdin ; 13523, de Sillv ; 1728, Dellov ; 1745, Verdure; 1777. Vasseur. (Cf Archives communalrs de Bouloyne-s.-Mer, publiées par M. Haigneré : 2010, le 8 <eptem- bre 1730, J.-B. Fourdinier de Remortier, d' en Sorbonne, abbé de S. Jean l'Evangéliste de Doudeauville, baptise Nicolas Fourdinier à l'église St-Nicolas de Boulogne ; 1739, l'abbé de Doudeauville, en 1789, est compté à Boulogne parmi les votants pour les députés du clersé,

06

au XVIII siècle (1), rechercher le sort des biens nationaux vendus pendant ]a Révolution (2).

Le Mémoire s’arrèle malheureusement à celle dernière époque : tout ce qui concerne l'instruction, l'agriculture, l'as- sistance publique, la statistique fait complètement défaut

L 4

(1) Arch. départ. du P.-d.-C. G. 36, visite, en 1715, sous Mgr P. de Langle ; au fe 23 du registre, l'archidiacre Fr. Abot note l'existence de deux beiles cloches, la ruine de l'abbaye, et la belle voix du clerc, J. Osimond ; G. 31, visite sous Mer Henriau (1725), fos 170-172 du registre : le patron est S. Bertulphe; on compte dans la paroisse 350 communiants répartis entre cent feux ; 1l y a une école, pour garçons et filles, tenue de 7 h, du matin à 5 h. du soir, par P. L. Laurette ; point de casuel ni de messes, 23! d'obits; le presbytère est en ruines ; les registres paroissiaux sont conservés à partir de 1698 ; les autres ont disparu dans les guerres ; on compte

7 à 48 Churitubles ; G. 33, pas de renseignements positifs sur la visite sous Mgr de Pressy (1749-1757): le rapport est perdu pour la paroisse de Doudeauville et huit autres; C. 62, correspondance entre M. de Courset, l'Intendant et M. du Chastelet, sur l'ouverture d'un chemin de communication entre Desvres, Courset et Doudeau- ville (1762); C. 78, observations sur l'état des récoltes éprouvées par la grêle (17336), sur le dessèchement et le defrichement des terres incultes (1769-1770) ; C, 18, travaux concernant le presbytere (14 août 1777), l'église {11 juin 1782) et l'école de Doudeauville (septembre 1789).

(2) Arch. départ. du P.-de-C. (période révolutionnaire). Ventes de biens nationaux sur soumission; 1782 vente des presbytère, jardin et terrain {60 verger), le 2 brumaire, an V, à Pierre Carlu, cultivateur à Lacres, pour 432 1. ; no 2663, vente d'école et jar- din (30 verges), occupés en 1790 par le citoyen Régnier, achetés 4221., le 7 nivôse an V, par Léon Gomez, cultivateur à Recques, pour Jean Francqueville, homme de lettres, à Bourthes ; cf. déclara- tion de command, no 98; 3202, vente de 8 mesures 1/2, à l'émigré Gosson, achetées pour 1,148 1, 8 s. par J. Louis Hembert, le 13 ventôse an Y.

= 96 pour la période moderne; c’est une lacune réelle, mais une lacune facile à combler. L'Académie serait heureuse d’y exciter l’auteur par la

médaille d'argent qu'elle lui décerne, à titre de récompense pour lui et de stimulant pour ses émules.

RSR ER TN ERTÉESS

RAPPORT

SUR LF

CONCOURS DES BEAUX-ARTS

PAR M. Léonce VILTART

Alembre résidant.

Dev plusieurs années, l'Académie met au concours, 2 entr'autres sujets, la biographie de César-Auguste Lepage et celle de Louis Delaville, deux sculpteurs artésiens du commencement du siècle qui finit. Or, en 1894, pas plus qu'antérieurement, Delaville, cet original et curieux artiste qui a modelé avec la terre de Lens une infinité de portraits en pied ou en buste, tant de statuettes de genres divers, sans compter beaucoup de bons et de mauvais ménages qui ont popularisé son nom, Delaville, élève distingué de maitres célèbres et grand prix de Rome, en 1798, n'a pas rencontré son biographe ; mais l'Académie a reçu deux reconstitutions de la figure plus lointaine et moins considérable de Lepage. La première de ces reconstitutions est une notice en prose de 31 pages, appendice compris ; la seconde, coulée en plâtre, se présente sous la forme d'un portrait médaillon de quarante-cinq centimètres de haut sur vingt de large. Toutes deux sont de la même main et s'abritent sous la même devise.

= 08.

De ces deux envois, quel est le principal, quel est l’acces- soire ? D'accord avec l'écrivain qui ne présente son œuvre plastique que comme un complément, je donne le pas à la notice.

Dans un préambule fort bien tourné et des plus flatteurs pour notre corps, l'auleur apparait revètu des grâces tou- chantes de la modestie. Il n’a, dit-il, d'autre ambilion que d’éveiller chez quelque érudit plus riche que lui en docu- ments intéressants, le désir fort légitime de le compléter. Agréable facon de dire sans aucun doute : (Je reviens pres- que bredouille de ma chasse aux documents sur Lepage, mais mettez-vous en campagne à volre tour et vous ne trou- verez pas davantage. »

Cette affirmation est presque exacte. À la partie biogra- phique, il n’y a rien à joindre et, si vous voulez bien, nous ne retrancherons rien non plus, bien qu’il y ait matière à objections, afin de conserver quelque chose.

César-Auguste LEPAGE, à Arras, Je 16 mars 1755, était fils de Adrien-Joseph Lepage, marchand, et de dame Jac- queline Robbe. Son enfance n'offre rien de bien saillant, dit le mémoire, par cette raison fort simple, faut-il ajouter, qu'elle est inconnue.

Lepage présenta son chef-d'œuvre à la confrérie de St-Luc et fut reçu mailre en 1781. De qui avait-il été élève ou apprenti ?

De Posteau, probablement, qui devint"plus tard archi- tecte de la ville.

En la même année 1781, le jeune confrère de St-Luc unis- sait ses vingt-six ans aux vingt-cinq ans bien sonnés, de dame Obline-Joseph Bouttemv, orpheline non sans fortune,

00e

qui mourut en 1788; en 1789, le 28 avril, il épousait Mile Haudouart, fille d’un bourgeois aisé et considéré.

Lepage habitait rue de l'Abbaye, G0, aujourd’hui rue Méaulens 79, il décéda le 8 mars 1826, dans la soixante- el-onzième année de son âge.

Le mémoire porte encore que Lepage fut l’ami de Doncre, son contemporain, dont notre savant collègue, M. le Gentil, a, d’une façon complète et définitive, fixé la physionomie et étudié le talent ; que le sculpteur fit le buste du peintre et le peintre le portrait du sculpteur; enfin que, si le buste a disparu, le portrait nous est parvenu et qu'il figure au Musée sous le 55 du catalogue, dans le Salon dit Italien.

Ces renseignements biographiques sont brefs, mais pres- que tous certains et appuyés sur des documents authen- tiques dont la découverte appartient en propre à l’auteur du mémoire ; ils lui ont coûté de longues et patientes recher- ches ; aussi les met-il complaisamment en valeur et il passe, sans s'arrêter, devant le portrait de Lepage, le document capital, mais celui qu’il a trouvé le plus facilement. Ce qui coûte le plus cher n’est pas toujours le plus précieux, tou- jours cependant on l'estime davantage encore.

Il importait, sans doute, de fixer en quelle année naquit Lepage, en quelle année il mourut; maïs la belle toile de Doncre dit plus et mieux ; elle dit l’homme tout entier et le fait connaitre dans l’âme. Corneille a bien pu dire en un vers si altendri et si spirituel, qu'on s'étonne qu'il soit du dix-septième siècle et du grandiloquent poète :

Les visages souvent sont de doux imposteurs,

l'étude, l'interprétation du vivant portrait de notre Musée s’imposaient et il est regrettable que l'auteur ne les ait pas tentées. :

Le travail qui vous est soumis, Messieurs, contient une deuxième et dernière partie consacrée aux œuvres de Lepage.

L'auteur pense que Lepage produisit beaucoup ; ille pense parce que, selon lui, Posteau, devenu architecte de la ville, dut confier à son élève favori, et de préférence à tous autres, les travaux qu'il avait à exécuter,

La raison est-elle péremptoire ? Je ne le chicanerai pas sur ce point, s’il veut bien me permettre de lui demander pourquoi il n’a pas indiqué la nature et le genre de la pro- duction la plus courante de Lepage. Ful-il ce que nous appelons un sculpteur, c’est-à-dire, un artiste qui fait de l'art pour l'art et dédaigneux du métier ? Fut-il un Louis Delaville, un modeleur de petite envolée mais qui témoigne du prix qu’il attache à ses œuvres en les signant et en les datant ? Ni l’un ni l’autre, à mon sens. Il fut d’abord et resta un tailleur d'images, travaillant surtout le bois et la pierre pour l’ornementation intérieure ou extérieure des maisons. Il fit des statues, des bustes, des médaïllons, mais il s’adonna particuliérement à ces travaux qui ne relèvent de l'Art que par le mérite de leur exécution, tels que corni- ches, plafonds, cheminées, attributs et encadrements. Or, aujourd'hui, les images ont disparu et si nous apprécions tel ou tel ensemble, tel ou tel morceau de sculpture ancienne, nous ne pouvons, sans lémérilé, les attribuer à Lepage. L'auteur s'est, avec raison, gardé de toute hypothèse et son examen critique ne porte que sur un dessin et une statue d’une authenticité incontestable.

Le dessin, qui représente un maître-autel genre Louis XV, est assurément une fort belle chose, car il est décrit avec beaucoup de chaleur. Ajouterai-je qu'il est la propriété de l'auteur du mémoire ”?

La statue, dont il est parlé avec un enthousiasme que nous pouvons, celte fois, partager, est celle du Christ au Calvaire de la Cathédrale d'Arras. C’est un chef-d'œuvre et c’est le chef-d'œuvre de son auteur, est-il assuré. L'opinion ne paraît pas hasardée.

Ce Christ n’est pas souvent remarqué (qui s'approche

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d'une croix pour y chercher une sensation d'art ?)} maisil est remarquable par son exécution, remarquable encore de caractère et d'expression ; lui seul et c'est assez pour attester que Lepage ne fut pas seulement l'ami, mais le pair de Doncre et que, à côté de lui, il mérite de vivre dans la mémoire des Artésiens.

Telle est, Messieurs, la pensée qui vous a fait metlre et maintenir au Concours, pendant plusieurs années, cetle biographie. Le travail qui vous est soumis ne comble peut- être pas tous vos vœux ; il constitue néanmoins une contri- bution fort louable à l'étude que vous avez sollicitée. En conséquence, votre Commission vous proposerait de récom- penser cet essai, même s’il n'était pas accompagné d'un essai dans un autre genre.

L'auteur a voulu, dit-il in fine, faire revivre d’une seconde manière, plus à sa portée, la fine et poétique figure de Lepage. Certes, le médaillon en plâtre qui vous est présenté et offert ne déparera pas la salle de vos séances, cet écrin dont le portrait de notre cher et vénéré Président est le joyau ; ses qualités techniques, le métier dont il témoigne, seront toujours appréciés ; il serait parfait si le modeleur avait rendu, aussi heureusement que l'écrivain, le caractère de la physionomie tracée par Doncre ; mais, il faut bien le dire, l’ébauchoir à la main, il n’a pas trouvé l’expression topique de son modèle.

En résumé, Messieurs, votre Commission, prenant en considération, d’une part, la somme de travail que la bio- graphie et le médaillon représentent, d'autre part, les sérieuses etréelles qualités qui les distinguent,vous proposede féliciter leur auteur qui a pris cette belle devise : « Gardons toujours une pieuse pensée aux artistes oubliés », et de lui décerner une médaille de vermeil.

2e Ÿe—

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RAPPORT

sur Île

CONCOURS DE SCIENCES M. l'Abbé ROHART

Membre résident,

———.

Mesbanes, Messieu RS,

Sioes seriez vraiment par trop heureux, si vous n’aviez à qu’à vous laisser aller des douceurs de la diction et de l'élégie aux émotions du drame, aux charmes des beaux-arts, e aux délices, sinon de la poésie, au moins de son spirituel rapporteur. Mais le bonheur parfait n’est point de ce monde el ma mission est de vous rappeler qu’il n’est pas de joie sans mélange. Car je vous arrive avec un rapport aus- tère sur une question de sciences, remontant au-delà du déluge, à l'origine mème des choses, à la formation des mondes.

Le fait d’un Mémoire de ce genre et de cette valeur est chose assez rare pour qu'ilfasse époque dans nos concours : aussi, sans chercher dans cet envoi des intentions perfides, sans supposer chez l’auteur le désir malin de nous mettre à la torture et de nous obliger à plaider l’incompétence, je préfère le remercier de s’être souvenu du titre de notre

société, « Académie des Sciences, Leltres et Arts d'Arras, » et d'avoir reconnu qu'il pouvait être ici jugé par ses pairs. J'en parle tout à mon aise ; car n'ayant jamais eu avec les sciences que des rapports strictement officiels et de haute con- venance, je ne puis me faire que le modeste interprète de ceux de mes collègues dont vous appréciez la renommée scien- üfique et dont vous applaudiriez aujourd’hui la parole, si les plages de la Manche ou les montagnes de la Suisse ne les retenaient loin de nous.

J'ai donc à vous parler, d'abord en leur nom,et tout à l'heure un peu au mien, d’un Précis de Cosmogonie, composé de deux parties : la premiere, l'Univers et le système solaire ; la seconde, La terre et les ètres vicants. Quelque dialecticien rigide reprocherait peut-être à cette division de n'être pas distincte. Mais,

Quoi qu'en dise Aristote et sa docte cabale,

la trame de cette étude, qui procéde du général au particulier, de la matière et de l'univers à la terre et à l'homme, n'en est pas moins très claire el très facile à suivre.

L'auteur, dans son introduction, pose donc l’état de la question. Il s’agit de résoudre le problème de la cosmogonie générale, Rassurez-vous : comme M. Jourdan, qui faisait de la prose sans s’en douter, vous avez sûrement fait de la cosmogonie, à votre insu, ne füt-ce qu'avec Ambroise Thomas dans le Songe d'une nuit d'été, Alors, sous la voûte céleste, qui scintille toute criblée d'étoiles, vous avez inter- rogé les astres pour leur demander d'où ils viennent, ce qu'ils sont, ils vont ; et ce faisant, vous avez agilé Îles plus graves questions de la cosmogonie. Si, par hasard, elles étaient restées pour vous sans solution, prenez patience ; notre auteur se charge de répondre à votre légitime curio- sité et vous goûterez, je l’espère, un peu de la satisfaction qu’il a éprouvée dans ces études et surtout, nous dit-il, à la

3

ai

vue de l'accord parfait qui règne entre les doctrines révélées de la religion catholique, et les déductions les plus logiques de la raison, appuyée sur la science.

Vous voyez de suite dans quel esprit a été rédigé ce travail. Il doit donc être, selon l'expression de l’un de mes collégues, « l'œuvre, non-seulement d’un croyant, mais d’un apôtre, » et moi j'ajouterai, d’un savant ; car ma foi ne s’effraie pas plus des découvertes de la critique que des progrès de la science, dont l'Eglise ne saurait être l’ennemie. La Raison et la Foi sont deux sœurs, qui marchent la main dans la main, portant chacune un flambeau allumé au même foyer, au foyer de la vérité divine, et projetant deux lumiëres, dont les rayons ne sauraient ni se contrarier, ni se détruire. Aussi volontiers appliquerai-je à notre candidat, les paroles qu'Augustin Cauchy disait de lui-même : «.... Mes con- victions sont le résultat non de préjugés de naissance, mais d’un examen approfondi. »

Cet examen sera donc celui de l’origine de la matière ; de la constitution de l’univers; de la composition du monde solaire ; de la formation du système solaire quatre chapitres puissamment agencés et d'ailleurs bril- lamment éclairés.

La matière, c’est-à-dire l’élément constitutif des corps, parait assez rebelle à une analyse approfondie : c'est vraiment peu de complaisance de sa part. J’augure qu'il en serait de même de son origine, si nous n’avions, pour l’expli- quer, que le Panthéisme, qui voit Dieu partout, et le Posi- tivisme, qui ne l’admet nulle part. Mais la doctrine de la création originelle par un être supérieur et divin supprime la difficulté. L’auteur, embarrassé sans doute par la multi- plicité des preuves, en choisit seulement deux, tirées, l’une des mathématiques pures; l’autre, de la physique. La première, à la condition de ne pas confondre l'infini de l'espace et l'infini mathématique avec le véritable infini, que ne sauraient établir les successions infiniment multi-

2

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pliées, est aujourd’hui fort de mise. D’ailleurs, je comprends qu’il faille être de son siècle ; et la mode peut en*imposer partout, en toilette comme en argumentation.

Le chapitre second est vaste comme l'univers, dont il précise le sens et prétend étudier la constitution, en s’atta- chant surtout aux mondes stellaires, c’est-à-dire aux étoiles, à leur nombre. leur distance, leur grandeur, leur mouve- ment, poussant l’indiscrétion jusqu’à pénétrer dans l'intimité de leur nature. L'auteur, sûrement artiste amateur, pour qui la photographie du ciel n’a plus de secrets, doit être aussi, pour y voir si clair, un des gros actionnaires de Ja « société des jumelles de théâtres. » Ses lentilles, toutefois, pourraient être rectifiées. Car, si l'analyse spectrale révèle dans tous les astres la présence des éléments terrestres à proportions variées, elle ne montre pas chez tous une constitution uniforme.

Mais c’est sur le monde solaire, c'est à dire sur l’ensemble des corps célestes, dont le soleil forme le centre de gravité, qu’il va braquer son objectif. Et comme dit La Fontaine, dans la fable de l’Astrologue :

J'aperçois le soleil : quelle en est la figure ?

Ici-bas, ce grand corps n'a que trois pieds de tour. Mais, si je le voyais là-haut dans son séjour,

Que serait-ce à mes veux que l'œil de la nature ? »

Ce serait, nous répond l’auteur, une véritable étoile mouvante, enveloppée de trois couches gazeuses, ornée de quelques taches ou grains de beauté, formée des mêmes éléments que ceux déterminés par la chimie à la surface de notre globe. Oui, cette dernière affirmation se comprend ici, à 70 mètres d'altitude ; mais, les raies d'absorption du spectre solaire diminuant à mesure que l’on monte dans l'atmosphère, cette théorie ne serait plus soutenable au sommet d'une montagne, et la présence de l'oxygène dans le soleil ne serait sans doute plus indiscutable. J'en suis

so

vraiment navré ; mais la faute en est à un alpiniste enragé, M. Jansen, qui fit tout exprès l’ascension du Mont-Blanc, pour en constater l'expérience.

Puis, c’est toute une armée rangée en bataille de planètes, d’astéroïdes, de comètes, douées d’un mouvement, pour certaines un peu trop accéléré, car les satellites d'Uranus pourraient bien, fatigués de sa monotonie, ne pas avoir de rotation directe ; el je doute fort que le mouvement rotatoire de Mercure en vingt-quatre heures trouve grâce devant l’Académie des Sciences, qui, il y a trois ans, décernait un prix à M. Schiaparelli, pour avoir démontré le contraire.

Et maintenant, nous voici en plein chaos ; mais deux mains bienfaisantes s'offrent pour vous en tirer. Jetez-vous donc dans les bras de l’astronome Laplace, admettant pour origine du monde une nébuleuse à condensation centrale, formant et abandonnant dans sa course vertigineuse, une série d’anneaux, qui bientôt, se rompant en plusieurs masses sphéroïdiques, ont constitué les planèles, comme celles-ci, à leur tour, vont constituer leurs satellites,

Toutefois, dans votre promenade à travers les espaces, évitez avec soin la rencontre fâcheuse d'une comète, car vous ne pourriez en sortir avantageusement qu'en vous précipitant sur l’hypothèsede M. Faye, marquée, à l'encontre de celle de Laplace, par deux caractères fondamentaux, la formation des anneaux à l'intérieur de la nébuleuse et non pas à.la surface limite, puis par le commencement de la constitution des planètes à rotation directe, avant celle du soleil.

Il y a là, vous le sentez, des pages palpitantes d'intérêt. Aussi, tout plein du sujet, et, sur le conseil de l’auteur qui ne saurait « trop recommander la lecture à la fois facile et attrayante pour tous » de l'ouvrage de M. Faye, j'ai dévoré le volume sur l’Origine du monde. Est-ce l'effet de l'empressement ou de l'émotion, qui m'aurait troublé la vue ? Je ne saurais le dire. Toujours est-il que je n’y ai plus

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retrouvé complètement le résumé de notre Mémoire, et que son exposé du système Fave m'a paru, après cette lecture, manquer un peu de clarté et d’exactitude.

Patience, Messieurs. Des astres nous descendons sur la terre avec la seconde partie du Mémoire, dont le but est encore tout à la fois scientifique et apologétique. En effet, décrire « l’état actuel de nos connaissances relativement à la composition de la terre etles conclusions auxquelles ont abouti les études géologiques et paléontologiques.....,» com- parer ensuite «ces résultats scientifiques avec les révélations de la Genèse mosaïque, » enfin, terminer « par l'examen des théories récentes relatives à l’origine des êtres vivants et de l'homme, » tel est l’objet de la dernière section de notre manuscrit. |

Ici, sur le terrain biblique, je me trouve bien plus chez moi. Je vous ferai donc les honneurs de mon domaine ; mais je les ferai avec une grâce que vous goûterez tout particulièrement, la grâce de la brièveté.

Ainsi, je vous signalerai simplement le chapitre premier, qui résume d’une façon remarquable l’histoire géologique et paléontologique de notre globe. L'auteur d’ailleurs, en pre- pant pour guides des maitres tels que MM. Lapparent et Gaudry, devait nous donner une étude aussi claire que süre et documentée. |

Le chapitre second n’est pas moins intéressant : c’est la Bible qui en forme et en remplit le cadre par l'exposé de la Genèse mosaïque, précédé de quelques observations préli- minaires sur le caractère des écrits de Moïse, sur le fait de la révélation divine et sur l'étendue que l’on doit accorder. à l'inspiration ; questions vitales, questions brülantes, sur lesquelles l’auteur ne transige pas. Car tout son commen- taire sur le premier chapitre de la Genèse, se présente sous le couvert d’une exégèse sage, réservée, traditionnelle que ne sauraient atteindre ni la Censure, ni l’Index.

L'œuvre des six jours est minutieusement rapportée d'a-

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près le texte hébreu, expliquée verset par verset, commentée mot par mot, agrémentée de remarques philologiques et patriotiques : rien n’y manque. Il n’y a donc plus qu’à rap- procher les conclusions scientifiques des données bibliques sur la création et à en établir la parfaite concordance.

Que nous disent en effet les sciences naturelles ? Elles distinguent six étapes dansla formation de la terre,la période cosmique, les ères azoïque, primaire, secondaire et ter- tiaire, enfin l’époque quaternaire.

Que nous enseigne la Bible ? « Elle nous déroule égale- ment en six tableaux, l’ordre des créations divines et la succession des évènements accomplis sur la terre. »

Or, c’est à établir, sinon une concordance parfaite entre les divisions, du moins un accord très exact entre les faits caractéristiques de chacune des périodes distinguées, qu’est consacré le chapitre troisième.

Pour notre auteur, la Nature et la Bible chantent à l’unis- son, en l'honneur de la création, un cantique dans le même rythme, avec la même notation. Pour ma part je souhaite que nulle note d'agrément, que nulledissonnance ne se fasse entendre, me demandant toutefois si les deux parties vont toujours strictement en mesure, si l’une n’empiète parfois un peu sur l’autre et si l'on doit exiger de toutes deux un accord absolument parfait dans les détails. Je serais peut-être sur ce point plus modeste que l’auteur ; mais ma timidité ne saurait m'empêcher d'admirer sa bravoure et d’applaudir à son succès.

Aussi, bien qu'ils aient pu différer de sentiment sur la valeur réelle de telle ou telle doctrine, de tel ou tel argu- ment, les membres de la Commission se sont-ils réunis dans une complète unanimité pour proclamer que l’auteur con- naît à fond son sujet, qu'il expose sa thèse d'une façon remarquable, qu'il la développe avec conviction et méthode, la renforce de nombreux documents, la soutient dans une langue sobre, claire et châtiée.

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Toutes ces qualités nous ont paru mériter une très haute récompense, pour laquelle une médaille d’or de deux cents francs, tout en atteignant le maximum de nos ressources, reste bien au-dessous de la valeur du travail et de la satis- faction du jury.

RAPPORT

sur le

CONCOURS DE POÉSIE

PAR M. Victor BARBIER

Secrétaire Adjoint.

xs”

se en est des séances académiques comme des jours et À des saisons, elles se suivent sans se ressembler. Vous souvient-il encore de notre dernière réunion, de celte triste et froide journée de pluviose, stérile en fleurons poétiques, mais féconde en coryzas irrespectueux, mème à l'égard des Immortels ! La pénurie des envois adressés à nos jeux floraux était telle alors, que je n'eus pas honte d'accorder mes pipeaux et de vous dire des vers de ma façon, peu faits sans doute pour échauffer l'atmosphère ou, du moins, bien impuissants à vous faire oublier la glaciale abstention des chouberski communaux. |

Aujourd'hui, tout est changé; Phébus en personne s'est chargé de chauffer la salle, le thermomètre officiel de M. D'Hinnin marque à l'ombre 25 degrés centigrades, et les fils et filles d’Apollon se sont multipliés pour répondre à l’envi à votre bienveillant appel.

Toute la lvre a donné, depuis le classique, fidèle à Despréaux ,entèlé conservateur de son art poétique, jusqu’au révolutionnaire de lettres, faisant table rase du passé el

A e

voulant rénover la poésie par la préciosité de l'épithète et l'obscurité des images, en passant par les honnêtes rimeurs des centres, éclectiques indulgents, refusant de souscrire aveuglément aux intransigeances outranciéres des diver- gentes écoles.

Treize cents vers, bien comptés, présentés par six concur- rents, voilà le bilan de l’année ! Disons bien vite que si la quantité est respectable, la qualité ne l’est pas moins et que

tous les envois, sans aucune exception, sollicitent, cette fois, une courte analyse.

Guirlande funèbre. Sous ce sombre titre, assombri encore par cette épigraphe : Douleur, j'étreins ! vous est présenté un ensemble de dix-huit sonnets, inspirés par un ardent patriotisme, et l’idée de revanche éclate constam- ment comme un obsédant et fatidique refrain.

L'auteur, en vers d’une valeur inégale, mais d’une cons- tante correction, salueles martyrs dela débâcle, et stigmatise, un peu trop souvent peut-être, leurs farouches vainqueurs.

Ecoutez-le chanter la charge de Morsbronn.

Nés comme leur simoun en des confins torrides, Les Turcos, ardemment, bondissent, noirs démons, Sur les canons tonnants, féroces, intrépides, Crachant à l'ennemi, la flamme des poumons.

Et d'atroces clameurs montent, folles, rapides, Glacent les Allemands sur les revers des monts, Lorsque les cuirassiers, abandonnant les brides, Volent, trombe infernale, au camp des rodomonts.

Ainsi que des Titans escaladant l’Ol; mpe,

Le tourbillon d'acier charge, s’élance, grimpe,

Et s'abat par trois fois sur les gueules d'airain.

Les casques maculés de paquets de cervelles

Roulent sur les chemins dans les moissons nouvelles. O Muse de l'Histoire, aiguise ton burin !

= 10

Les vers de ce sonnet, le meilleur, selon nous, du recueil, sont savamment martelés, les rimes soignées, la facture solide ; mais le sonnet est-il vraiment fait pour célébrer les luttes épiques ? Ce n'est pas le sentiment de l’Académie ; aussi, tout en reconnaissant le mérite de l’auteur, n’a-t-elle pas cru devoir l’encourager à persévérer dans la voie il s’est, un peu témérairement, engagé. Le succès lui sera facile quand il consentira à choisir un thème moins sanglant et mieux approprié au rhythme difficile et charmant qui lui est cher.

Les Poèmes personnels, précédés de ce vers de Lamartine : « Aimer, prier, chanter, voilà toute ma vie », sont d’une allure plus juvénile et plus primesautière. L'auteur doit être un jeune, un flâneur de la côte boulon- naise; ses piécettes sont bien courtes pour donner la mesure de son talent, mais ciles sont naïves et gentiment observées.

Ecoutez ses

PAROLES DE MARIN.

Vous qui ne savez pas ce que c'est qu’une grève

vient mourir le flot avec des chants câlins,

Vous qui ne savez pas le rivage l’on rêve, Je vous plains !

Vous qui ne savez pas errer sur la falaise, Et boire à pleins poumons l'air pur, les vents salins, Et par delà les flots rire à la côte anglaise,

Je vous plains !

Si vous ne savez pas jouir d’une tourmente,

Admirer les rochers dans leur robe écumante.….

Si vous préférez voir de l'herbe et des moulins. Je vous plains !

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Après cette dédaigneuse apostrophe aux pauvres terriens, voyezla brève pensée par laquelle l’auteur termine son envoi:

Blé vert promet : le vert est couleur d'espérance. Hélas ! espoirs, blés verts souvent n'ont pas mûri Point d’or dans Je sillon quand les blés ont péri. Mais quand l'espoir est mort, céleste différence ! Dieu garde à ses amis l’or pur de la souffrance.

Courage, jeune homme ! la désespérance n’est pas de votre âge. À vos vers, qui donnent déjà plus que des promesses, l'Académie décerne, bien volontiers, à titre d’encourage- ment, une honorable mention.

Nous voici maintenant arrivés aux pièces de longue haleine. Les Lierres n'ont pas encore, tant s’en faut, les deux cents vers exigés par notre programme ; mais cette infraction au règlement n'aurait peut-être pas suffi à les priver d'une récompense, si l’Académie ne leur avait soupçonné un défaut plus sérieux.

L'auteur s’est trop rappelé les vers du Maître ; ses idées, sa coupe hantaient son cerveau quand il composait son poëme, et, bien malgré lui sans doute, en cueillant ses lierres, il semble avoir détaché quelques fleurons au Vieux Manoir d'Hugo. Ce n'est que dans la seconde partie du morceau qu'il s’est repris tout entier et a dégagé nettement sa personnalité.

Ecoutez ces strophes faciles et bien inspirées :

Le Temps brise les cœurs comme il brise les mondes, A chaque jour qui luit comme en toute saison,

La Mort à nos côtés fait sa noire moisson,

Frappant les cheveux blancs comme les têtes blondes, Faisant des trous béants et des rides profondes

Dans nos affections et dans notre raison |

ii

Comme le Maitre ancien devant sa fille morte, Donnant à son génie un libre et nouveau cours,

Fit un chef-d'œuvre et puis s'arrêta pour toujours, Vers ce qui ne meurt pas que ce qui meurt nous porte. Comme des naufragés que la tourmente emporte,

En haut, cherchons l’étoile et demandons secours.

Hommes, par nos douleurs, nous touchons à l’argile Et le bonheur pour nous n’est qu'un hochet fragile Qui se brise souvent sous nos doigts soucieux,

Mais notre amour, pareil au lierre fort, agile,

Se détachant du sol, léger, victorieux,

Doit grandir chaque jour, plus vivant vers les cieux !

L'obsession prêlée au poète est-elle réelle ou imaginaire ? je n’oserais me prononcer, mais ce qui me semble certain, c’est qu’il est un penseur délicat, dont le verre est assez grand pour qu’il ne soit pas tenté de porter ses lèvres à la coupe d'or des dieux.

Le travail et les grèves, poésie dédiée à la classe ouvrière, avec cette épigraphe d’un sieur Tricot : « Quitte l'orgie, Fire tes vœux. Range ta vie, Pour être heureux. » est une pièce bourrée de bonnes intentions et de généreuses pensées. On y trouve un assortiment complet de distiques d’une adorable prud’hommie et d'une incontesta- ble moralité. Voyez plutôt :

Sur une terre ardue, a dit le créateur, Tu gagneras ton pain au prix de ta sueur.

Commercons la semaine au matin, le lundi, Pour la finir gaiment le soir du samedi.

Quoi qu’on dise et qu'on fasse, on comptera toujours Pour chacun des humains, de bons, de mauvais jours.

Ne regardons jamais trop au dessus de nous, Mais abaissons plutôt nos regards au dessous.

Vivre de son travail, voila le plus beau sort, Le seul qui rende un homme heureux et vraiment fort.

Sois toujours économe, ainsi que prévoyant, L’épargne est nécessaire au travailleur vaillant.

Le maitre a du travail le plus mauvais côté Et lui jeter la pierre est une iniquité.

Je pourrais ainsi continuer longtemps encore, car il y en a comme cela au moins douze douzaines. L'Académie d'Arras n'ayant jamais participé aux libéralités faites par M. de Montyon pour décerner des prix de vertu, ne saurait les couronner ; mais elle serait heureuse de voir un indus- triel courageux et bien pensant les glisser à sa clientèle, avec ses produits alimentaires.

Ce serait un moyen comme un autre de calmer l’exaltation de certains Calaisiens et de ramener à des sentiments plus équitables la noire et trop crédule population de notre bassin houiller.

Le Mauvais don, scène en vers, avec cette épigraphe suggestive : « Qu'importe l'échange de quelques vagues senlimentalités, sile vers est beau ! » est incontestablement le morceau capilal du Concours.

L'auteur, en l’émaillant à plaisir de latinismes et de galli- cismes archaïques agréablement mélés à des néologismes téméraires, et en osant y élever l’hiatus à la hauteur d’un principe, a bien rire dans sa barbe noire d’esthèle, en lançant sa pièce, comme une bombe, ou un défi, dans les jambes de notre provinciale Académie.

Il s’est dit sans doute que les vénérables perruques, char- gées de le juger, jelteraient sans la lire jusqu’au bout sa machine au panier ; il sera bien surpris quand il apprendra qu’à travers les verres brouillés de nos lunettes nous avons fini par y découvrir de réelles beautés.

= A6 =

Comme la peinture de Manet et la musique de Wagner, la poésie décadante a besoin, pour être comprise, d’une initia- tion préalable et graduée : Aussi n'est-ce pas sans une légère inquiétude que je me risque à vous présenter un genre qui est loin de m'être familier, de vous introduire à tâtons dans un temple dont je ne connais que bien imparfaitement les ténébreuses et savantes arcanes.

Sur une scène complètement obscure se dessinent deux formes vaguement estompées, aux voix amollies en des lenteurs : Æ{le et Lu.

Elle, va mourir ; l’auteur ne nous dit pas pourquoi, se contentant de nous faire entendre sa conversation in extremis avec le bien aimé.

Ecoutez cet étrange duo d'amour.

ELLE. Je vais mourir ! LUI.

Mourir! Oh non! Quitter ce globe Enténébré de deuils pour t’'évader dans l'aube chantera ton âme en les éblouissants Dictames : Fleurs d'azur! Soleils ! Gloires d’encens Et des hymnes de pourpre en des fraicheurs de rose !

ELLE. O l'horreur de la tombe en ma chair est enclose : J'ai froid ! J'ai froid ! J'ai froid !

LUI.

Trop obscur et morose Est le parvis du Temple vaguent les défunts, Mais c’est la Lumière et des chœurs de parfums Et l'orange douceur de musiques si fréles !

ELLE. Dans mon cœur { dansmon cœur pleurent des tourterelles!

ns À LUI.

Je veux sceller ton âme alanguie aux effrois Comme un page éploré chantant près de sa Reine.

ELLE.

Les chants ne cachent pas la crypte souterraine

Ni les parcs de cyprès se dressent les croix. Ton baiser n’éteint pas mes visions funèbres,

Ni tes mots embaumés les sanglots lourds des glas, Et l'espoir des Edens en mon être trop las

Ne peut anéantir la terreur des ténèbres.

LUI.

Te souvient-il du soir si paisible tu vins Vers l'offre de mon cœur, en l’effroi des chemins, Baignée en les baisers des brises, las ! si bléme ?

ELLE. Oh ! je souffre ! LUI. Je t'aime. ELLE. Oh! je souffre | LUI.

Je t'aime. Te souvient-il du soir si paisible je vins Vers l'offre de ta chair, en l’odeur des jusmins ?

ELLE. Mes lèvres butinaient le miel de tes paroles ! LUI.

Les grands lis érigeaient l’orgueil de leurs corolles Ea les jardins enclos aux profanes aveux ;

Et sur le réginal mantel de tes cheveux

Flottant aux vents légars des tendres crépuscules, J'ai semé parmi l'or subtil des renoncules

Le A0

Des nymphœæas de nacre en l'ombre pâlissant ; Et les pavots pleuraient leurs péta:ies de sang Sur mes longs doigts lassés en si lentes caresses...

ELLE.

Tous les jardins en fête approuvaient nos tendresses !

LUI.

Nous voguions sur le bord de prés peuplés de sphinx. Sur le dormir des eaux et fraiches et si douces, Pendant que susurraient faiblement les syrinx

Des pâtres demi-nus assoupis sur les mousses.

Des arômes chantaient près des bosquets amis : Parfums de flancs meurtris aux rondeurs de beau vase, Parfums de couples las sous les ifs endormis

Dans des rêves de spasme ennuagés d’extase,

ELLE.

Le cinname de ton haiïeine sur mon front !

LUI.

Oui! des baisers sans fin neigeaient du ciel profond ! Tous deux abandonnés aux paresseuses poses |

La candeur de tes seins illuminait la nuit,

Et pour ne point troubler le sommeil des fleurs closes Mes lèvres descendaient vers tes lèvres sans bruit,

ELLE.

Des brises ravissaient l'arôme de nos rêves

Et tu disais : « Ce sont les soupirs des amants

Qui portent dans leur âme et dans leur corps déments La morsure infidèle et suave des Eves.

Oh ! redis-moi ces mots d’une ivresse infinie,

Si languides, ayant la douceur des velours

Pour chasser de mon être en proie à l’agonie

La noirceur des demains et les regrets trop lourds.

=: 49; =

Oh 1 redis ! redis-moi ce chant qui me cajole Comme un air nostalgique et lointain de viole.

LUI.

sont les gemmes de mon cœur ? Où? ? Où? dans la svlve orange Dans la sylve riait mon ange

En un rêve tout de douceur ?

Oisel ! Oisel trop ravisseur

Qui chantait dans ses yeux, mésange, sont les gemmes de mon cœur ? ? ? ? dans la sylve orange ?

Hélas ! un silence moqueur

Répond à mon appel étrange,

Et je pleure, l’âme en la fange :

« Petite sœur ! Petite sæur !

sont les gemmes de mon cœur? »

ELLE.

Petite sœur ! Potite sœur ! sont les gemmes de mon cœur ?

Le poëte berce ainsi longuement l’agonie de son amante, l'éblouit de sa palette, la grise de ses arômes, puis quand arrive la minute suprème, il lui fait, pour justifier son titre, un dernier cadeau.

LUL.

Mais avant que dès l'aube abandonnant ton corps Comme un palais royal à la splendeur impure Encore incendié du feu de ma luxure,

Ton âme ne radie aux célestes décors.

Mais avant que ton cœur soit clos aux désirs vils, Avant que les souris ne désertent ta bouche,

Que ton regard s'éteigne à l'ombre de tes cils Ainsi qu'un chant d'oisel penreux du soir farouche,

6j

Je veux te faire un don mon amour s’inscrive, Ainsi que l’on devine aux traits des camaieux La beauté de l’épouse et le cœur des aïeux,

Et qui te conduira sur l'édénique rive.

Un don superbe, un don magnifique et calin,

Qui fasse évanouir tes plus âpres tortures,

Et donne comme un ciel d’automne aux pêches mûres Une roseur d’aurore à ta pâleur da lin.

ELLE.

Serait-ce un svuvenir des jours nous errâmes Etreints, qui soit pour moi qui s'éveille et qui meurs Imbibé du subtil arôme de nos âmes ?

LUI.

Pourquoi ce vain regret des sylvestres rumeurs ?

ELLE,

Serait-ce un annel d'or pour ma main tant aimée, Un cercle d'argent fin trop pesant pour mes bras, Un collier d’ambre noir pris au cou d'une almée, Ou des joyaux ravis aux soirs des alhambras,

Oh ! je sais : la caresse à mes seins d’un camée Où, les yeux d’une tristesse emplis, tu souriras ?

LUI.

Qu'importe les bijoux sur le seuil du tombeau Au pèlerin lassé qui voit comme Moïse Prosternant son orgueil aux cimes du Nebo Les merveilles sans fin de la Terre promise ?

ELLE.

Serait-ce pour calmer mon douloureux émoi

Des plantes dont l’oäeur endormeuse me frôle,

Ou plutôt pour qu'un peu de toi reste avec moi Des cheveux pris en boucle à ton front Ÿ

ee

LUI

Ma parole Pour apaiser le mal trop aigu de ta chair Est un précieux baume à la vertu plus sure, Mais, las ! elle ne peut étancher la blessure Que ta fait l’abandon prochain de l'être cher.

ELLE.

Le soir descend, sablé d'étoiles! mes paupières Se closent ! mais mon corps craint les affres dernières.

LUI.

J'ai voulu, pour l'essor vers le réveil vaiuqueur T'offrir un pur coffret j'ai célé mon cœur Pour que dorme ton cœur avec mon cœur. ELLE. Je t'aime! LUI.

Vois! Cela te plait-il pour le sommeil suprême !

Cette scène, anonnée par un profane à la voix pâteuse et sourde, a vous produire une bien médiocre impression ; mais, figurez-vous la, interprétée, comme l’a rèvée l’auteur, par deux sociétaires de la Maison Poquelin, Clarelie suc- cesseur, avec accompagnement obligé de harpes célestement pincées par les chérubins ordinaires des orchestres Colonne ou Lamoureux : le succès, auprès d’un public spécial, bien moderne et bien parisien, ne ine parait pas douteux.

L'auteur, qu’il le veuille ou non, est un véritable poète, son œuvre a du souffle, de la couleur, de la vie. Aussi l’Aca- démie, sans amnistier pleinement ses défauts voulus par la première de ses récompenses, lui inflige libéralement une mention honorable ; ce qui nous permettra de connaîitre le nom d'un précieux troubadour, doublé peut-être d’un génial farceur.

La pièce qu’il nous reste à examiner est précédée de

po

cette devise : « Les infiniment petits ont aussi leur valeur » avec ce titre, piquant s’il en fut: L’Aiguille. Elle n'a pas le parfum subtil, la facture éthérée, la troublante musique du Maucais don, mais elle se déroule sürement, avec une régularité absolue, un respect profond de la prosodie et de la langue, qui ont bien aussi leur charme et leur mérite.

Bien qu’en tous les temps, sans vouloir remonter au bouil- lant Achille, l'histoire nous montre l'aiguille maniée dextre- ment par plus d’un capitaine, et que le fait doit être moins rare depuis qu’on en a doté les fusils de leurs hommes, l’ai- guille, que la machine à coudre voudrait vainement détrôner, n’en reste pas moins un des attributs les plus essentiellement féminins. Le choix d’un pareil sujet, sa conception, son exécution, tout nous révèle donc la femme dans l’œuvre délicate qui nous est présentée.

Si nous osions nous risquer plus avant dans le champ toujours libre des hypothèses, la tournure classique du poème, qui commence par une évocation à la Muse, comme l'Odyssée et le Lutrin, l’étalage de saine érudition déployé pour nous décrire le rôle continu de l'aiguille à travers les âges, nous amèneraient insensiblement à poser celte conclu- sion : Nous sommes en présence, non d’une femme savante, Molière a tué les dernières sous le ridicule, mais d’une leltrée n'ayant pas à dissimuler l’azur de ses bas sous les plis soyeux d’une jupe traînante.

L’étendue de cet interminable rapport ne me permet pas de vous donner l’œuvre in exlenso, écoutez d'abord son

début.

Si j'invoque la Muse à l’auréole blonde, Ce n’est point pour chanter quelque vainqueur du monde, Et pour ressusciter les guerres d'autrefois : Il faut, pour que résoune en l'hymne de victoire Le clairon de la gloire, Une puissante voix.

PR ee

Un plus humble sujet à ma lyre s'impose. Ce que je veux chanter est une fréle chose Qui se brise parfois dans la plus faible main. De la jeune ouvrière aux doigts de fée agile, C’est l’instrument fragile, La simple aiguille enfin.

« Eh quoi ! me direz-vous, la fière poésie » Peut-elle avoir jamais l'étrange fantaisie » De toucher de son aile un objet si petit?..... » Sondez, railleurs, sondez l’immensité profonde. Cherchez d'où vient le monde Et d’où l'homms sortit.

Qui donc voit dans la nuit ? Qui sait le fond des choses ? Du sauvage églantier l’on voit naître des roses... L'étre le plus obscur ne peut-il, ici-bas, Refléter, même au sein d’une pauvre chaumière, La divine lumière ? Ne le méprisons pas. Oui, l'aiguille, en dépit de son humble origine, D'un poème attachant peut être l'héroïne : Son rôle est noble encor ; son passé, glorieux. Elle fut pour la femme à la vie effacée, Au sein du gynécée, Un sceptre impérieux.

Elle resta longtemps le plus vivant symbole De celle qu'illustra plus tard cette parole : « Elle a filé la laine et gardé la maison, » Cummune, chez les Grecs, fut toujours leur histoire Et commune, leur gloire, Dans l'antique prison.

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Sonmise au joug brutal d'une loi souveraine, Grâce à l'aiguille ainsi, la femme devint reine Dans ce royaume étroit, mais par tous respecté, travaillait en paix un peuple de servantes, Actives, vigilantes, Sous son autorité.

L'auteur alors, sans jamais rompre le fil de son canevas, fait passer l'aiguille des doigts d’Arachné dans ceux de Pénélope, de la main fuselée des nobles chatelaines en celle plus robuste de Jenny l'ouvriére el termine enfin par cette remarquable péroraison:

Qu'on te proclame, aiguille, et sainte et vénérable Dans les mains d’une femme honnête et misérable, Arme contre la honte, arme contre la faim, Tu conquiers bien des fois, dans l'épreuve cruelle, La dignité pour elle, Pour ses enfants, le pain

Vous qu'anime le soir le quadrille folâtre, Rappelez-vous qu'une autre a päli près de l'âtre Sur le travail exquis qui vous aide à charmer. Où! l'aiguille qui tremble aux doigts de cette femme, Ce serait presque infâme Que de ne point l’aimer !

Pour contenter sans trêve une frivole envie,

Ne jouez pas avec le repos et la vie

De celle qui pour vous a veillé jusqu'au jour.

Pour l'aiguille, respect ; pitié pour l'ouvrière : Travail, comme prière, À droit à notre amour.

ER,

Pour vous-mêmes enfin, jeunes femmes du monde Qui n’avez point connu la détresse profonde, L’aiguille est bien souvent, durant les longs hivers, Une distraction utile, reposante,

Qui toujours se présente

Sous tant d'aspects divers.

Travailler pour le pauvre est chose consolante,

Quand, pleurant au dehors, la bise violente

Semble avoir recueilli, dans son vaste parcours,

Les cris de désespoir, les douloureuses plaintes De ceux qui dans leurs craintes Appellent au secours.

De la pitié céleste, aimables messagères, Que vos heures, alors passent douces, légères, Quand vous les consacrez à l’œuvre de bonté Que là-haut Dieu bénit, à l’œuvre impérissable Non faite de ce sable Par les flots emporté ! .….

Si vous avez su rendre aux souffrants moins amères Les saisons des frimas, vous avez, jeunes mères, Traduit bien noblement, en travaux de vos mains, Pour l'enfant attendu, pour ce cher petit être,

Le plus doux à connaître

Des sentiments humains...

L’aiguille, de la femme est bien toujours l’emblème : Qu'on soit dans la misère ou duns le luxe, on l'aime Car elle représente, ensemble ou tour à tour,

Trois choses d’ici-bas dont la divine essence Assure la puissance :

Vertu, travail, amour.

?

=

Canonisons l'aiguille, assemblons un concile De ses admirateurs; c’est un succès facile,

De tous côtés bientôt on entendra crier, Dans un sublirae élan, mille fois digre d'elle : « Que la sainte nouvelle » Soit au calendrier ! »

Ces vers travaillés, corrects, délicatement tournés, ont rallié tous les suffrages. Malgré quelques strophes faisant un peu longueur, quelques propositions plus originales qu’heureuses, comme celle de poser son héroïne en rivale de celle de l’abbé Debout, et de vouloir aussi la cataloguer dans la légende dorée, à côté sans doute de la Sainte- Mousseline de Victorien Sardou ; l'Académie, trouvant que l’auteur de L’Aiquille mérite mieux qu’un d'argent, lui décerne unanimement une médaille d’or.

CXS

LAURÉATS DES CONCOURS

de 1894.

2 —+ De 4 ——— - LITTÉRATURE

MÉDAILLE D'OR

M. L'ABBÉ JeNRi Pesour

HISTOIRE

MÉDAILLE D'ARGENT

M. L'ABBE fasron fouLon

Curé de Doudeauville.

4 se 6 BEAUX-ARTS MÉDAILLE DE VERMEIL

M. AUGUSTE Morez

Sculpteur à Arras.

SCIENCES MÉDAILLE DOR DE 200 FRANCS

M. François pronper

Ingénieur civil à Arras.

POËSIE MÉDAILLE D'OR M'° PCHNEIDER Professeur de lettres aux Cours secondaires d'Arras. MENTIONS HONORABLES

M: ALBERT ANTOINE, à Arras

M. L'ABBE JOSEPH MERLENT

SUJETS MIS AU CONCOURS

POUR 1895

HISTOIRE ET ARCHÉOLOGIE.

Histoire d'une Ville, d’une Localité importante ou d’une Abbaye du département du Pas-de-Calais.

Monographie d'une Eglise cathédrale ou paroissiale, d'une Maison conventuelle, d'une Maison hospitalière, d’une Insti- tution civile ou religieuse de la Ville ou de la Cité d'Arras.

Notice détaillée, précise: et circonstanciée, aux points de vue topographique, archéologique, historique et stratégique, sur le démantèlement d'Arras.

Indiquer soigneusement toutes les anciennes constructions ou substructions d’époques diverses, successivement mises au jour par les travaux, ainsi que les objets de toute nature qu'ils ont fait découvrir.

Insister particulièrement et avec le développement que comportent les sujets :

Sur ce qui a été constaté aux portes-forteresses Maitre- Adam, Hagerue, Ronrville ont élé retrouvées parties des défenses construites par Philippe d'Alsace, et Saint-Nicolas subsistaient et subsistent encore parties de celles de Philippe-Auguste ;

Sur les différentes enceintes retrouvées entre les portes Hagerue et Ronville, et plus spécialement sur celles dont

#0

l'existence a été révélée entre cette dernière porte et la porte Saint-Michel, ainsi que sur les nombreuses excavations régnant sous presque toutes les parties du sol compris entre les deux portes ;

Sur les traces et débris parfaitement reconnaissables laissés dans le bastion Saint-Nicolas par l’antique église du même nom, détruite en 1557. d

L'Académie serait heureuse que cette étude, non moins importante qu'éminemment arrageoise, fût trailée aussi sérieusement qu'elle le mérite.

—— LITTÉRATURE.

Une pièce ou un ensemble de poésie de deux cents vers au moins. Le sujet est laissé au choix des concurrents.

Une étude littéraire sur quelque personnage célèbre de l'Artois, tel que : historien, orateur, philosophe, poète.

BEAUX-ARTS.

Histoire de l’art ou de l’une de ses parties dans l’Artois.

Biographies d'artistes artésiens.

Notice biographique sur le comte Hippolyte de Trame- court. Son caractère, sa générosilé, son talent, ses goûts, son atelier à Paris, rendez-vous des artistes, des critiques et des amateurs d'élite, ses principales œu- vres, son chäteau de Givenchy, ses collections.

Etude sur Delaville, statuaire à Lens, grand prix de Rome en 1798.

= 2 MC -

SCIENCES. Une question de science pure ou appliquée. Statistique industrielle du Pas-de-Calais, avec carte à l'appui. Etudes anthropologiques sur les races que l'on rencontre

dans le Pas-de-Calais. ana 2 0

= 60 =

En dehors du Concours, l’Académie recevra tous les ouvra- ges inédits( Lettres, Sciences et Arts) qui lui seront adressés, pourvu qu’ils intéressent le département du Pas-de-Calais.

Des médailles, dont la valeur pourra atteindre 300 fr., seront décernées aux lauréats de chaque Concours.

ee

CONDITIONS GÉNÉRALES.

Les ouvrages envoyés à ces Concours devront être adressés (francs de port) au Secrétaire-général de l’Académie, et lui parvenir avant le {er juin 1895. Ils porteront, en tête, une épigraphe ou devise qui sera reproduite sur ün billet cacheté, contenant le nom et l’adresse de l’auteur, et l'attestation que le travail n’a pas été présenté à un autre Concours. Ces bil- lets ne seront ouverts que s’ils appartiennent à des ouvrages mérilant un prix, une mention honorable ou un encourage- ment ; les autres seront brûlés.

Les concurrents ne doivent se faire connaître ni directe- ment, ni indirectement.

Les ouvrages imprimés ne sont pas admis. |

Les Membres de l’Académie, résidants et honoraires, ne peuvent concourir.

L'Académie ne rendra aucun des ouvrages qui lui auront été adressés.

Fait et arrèté, en séance, le 3 août 1894.

Le Secrétaire-général, Le Président,

Baron CAVROIÏS. DE MALLORTIE.

II

ÉLOGES FUNÈBRES

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CA DOI AUD LOa DOS CRU NES UMTS AU UN UAE4 HU LA NUUAUUCCs LACLEs

ÉLOGE

DE

M. L'Assé EN VENT

PAR

M. H. de MALLORTIE

Président.

Mes cHErS FoLrEGueEs,

2e croirais trahir vos désirs et nos sentiments unanimes eh si je ne vous entretenais d’abord du Collègue éminent qui nous a été enlevé pendant nos vacances, et dont la perte répand sur notre réunion, sur le plaisir de nous retrouver, un voile de tristesse et de deuil.

Président de votre Compagnie, j'avais le devoir d'exprimer devant le cercueil de M. l’archiprêtre Envent, avec votre douleur, la haute estime, le tendre respect, la profonde vénération dont nous aimions à entourer notre bien aimé Confrère ; mais M. Envent, dans un testament qu’on nous fit connaitre, avait exprimé la volonté formelle qu’il ne füt prononcé aucune allocution sur sa tombe. Nous dûmes nous incliner devant cet acte d'humilité qui ajoutait à notre admi- ration et à nos regrets, mais qui ne pouvait toutefois nous interdire d'accompagner de nos prières et de nos vœux,

dans son passage à l'éternité, celui que nous ne pourrions plus voir ici-bas.

Aussi, une nombreuse députation, ou plutôt, à vrai dire, tous les membres de l’Académie, présents à Arras, se firent un devoir d'assister aux funérailles de l’homme de bien, de l’académicien et du prêtre dont la vie a été si pleine et dont la mort est un deuil public.

Nous espérons que M. Envent obtiendra sans retard, le plus tôt possible, en séance solennelle, l'hommage qui lui est dù, et que nos Mémoires s’enrichiront d’une notice qui nous rendra sa chère et vivante image.

M. l'archiprètre Envent était, avant tout, un caractère, chose assez rare de nos jours. Il avait la conscience de son autorité, de ses droits ; mais il avait bien plus encore le sen- timent, l’amour,la passion, j'oserais presque dire, la jalousie de ses devoirs qu’il voulut toujours remplir dans toute leur élendue, dans toutes leurs exigences, en maladie comme en santé, à quatre-vingts ans comme à quarante, sans consentir jamais à se décharger d’une partie de son lourd fardeau sur ses vicaires, qu’il aimait à appeler ses enfants, et qui avaient toute sa confiance.

M. l'abbé Envent fut pendant vingt-et-un ans l’un desnôlires, à l’Académie. Il assistait régulièrement 8 nos séances, sauf quand, à l'heure de nos réunions, les obligations saintes du prêtre l’appelaient et le retenaient au chevet des malades, ou quand, vers la fin de sa vie, la maladie, plus forte que la volonté, le condamna plusieurs mois, qu’il dut trouver bien longs, à l'éloignement, à la souffrance.

Esprit supérieur et véritablement distingué, également instruit dans les lettres sacrées et les lettres profanes, M. l’abbé Envent avait, non pas cette petite érudition qui parfois embarrasse et fatigue, mais la haute érudition qui, commela mer, soutient presque sans effort ceux mêmes qui ne savent pas nager. Et cependant, il étudiait toujours, et chaque fois que j’eus l'honneur d’être reçu par lui, je trou-

pe

vais toujours ouvert sur sa table un grand Saint Augustin, qui ne servait pas, je vous assure, à mettre ses rabats, mais dont la lecture faisait ses plus chères délices.

M. Envent avait un grand nombre des qualités de l’ora- teur : l'abondance, la richesse des idées, une raison fine- ment analytique, une élocution facile, la netteté, la clarté parfaite, le goût de la beauté harmonieuse et sobre, souvent la chaleur, toujours l’onction. J'ai eu le bonheur de l’en- tendre, quand nous étions jeunes encore tous deux, dans la petite église de St-Nicolas hors des murs. Sa voix, bien que faible et déjà un peu voilée, parvenait sur tous les points, jusqu'aux auditeurs les plus éloignés. Sa réputa- tion franchit bientôt les remparts de la ville d'Arras, et un jour le jeune prètre reçut de son évêque une lettre qui lui disait, à peu près en ces termes :

« M. le Curé, on me dit le plus grand bien de vos sermons, et je serais bien aise de vous entendre. Je vous prie donc de venir prêcher dans ma cathédrale dans quinze jours. »

Le Curé de St-Nicolas obéit, précha avec succés, el le len- demain il recevait quelques bouteilles de vin qu’accompa- gnail ce petit mot très gracieux :

« M. le Curé, je vous ai entendu hier avec le plus grand plaisir, et je vous fais mes bien sincères félicitations. Mais votre poitrine ne me parait pas bien solide ; ménagez-vous ; je vous envoie quelques bouteilles d’un vin généreux, en vous invitant à en prendre un ou deux verres chaque jour.

» Recevez, Monsieur le Curé, la bénédiction de votre Evèque, en N. S. J.-C... »

M. le Curé ne se ménagea pas assez, malgré le conseil du prélat, malgré aussi les recommandations, les repro- ches, les gronderies affectueuses et dévouées de son plus vieil et plus cher ami, le docteur Trannoy. M. Envent, dont la voix faiblissait un peu chaque année, savait bien encore se faire entendre, mais c'était à force de se faire écouter.

Bref, j'ose affirmer que si M. le curé Envent avait été

ù

=

doué d'une poitrine plus robuste, d'une voix plus puissante et plus sonore, il aurait pris place parmi nos grands orateurs sacrés.

La mort de M. l'abbé Envent a de plus renouvelé en nous de bien douloureux souvenirs. Hélas ! il était le dernier fleuron de cette admirable couronne de vieillards, frères en sacerdoce et en vertu, dont nous étions si heureux et si fiers et qui s’est effeuillée comme sous un âpre vent d'hiver. Ainsi que tombent les coupes des forêts, l'une plus Lôt, l’autre plus tard, chacune à son rang, ainsi, les rangs de nos ainés s'éclaircissent chaque fois qu'un vide se fail ; ceux qui partent avertissent ceux qui restent et ceux-ci se pressent de recueillir les souvenirs des collègues disparus.

L'Académie conservera fidèlement le souvenir de M. le

chanoine Envent.

2e Èe—

ER SES ESE ET ETTETÉET:

DISCOURS

prononcé sur la tombe

DE

M. EDMOND LECESNE

PAR M. l'Abbé DERAMECOURT

Chancelier.

CXS

Messieurs,

VTOTRE famille académique devait donc payer, elle aussi, SX son tribut à l'hiver que nous subissons. Nous avons été

frappés du même coup, à la tête et au cœur : car la mort de M Edmond Lecesne nous enlève, tout à la fois, l’un des plus anciens et des meilleurs de nos collègues. Pourquoi faut-il encore que la seule voix capable de lui rendre hommage soit elle-mème glacée par le froid ? Dieu veuille, au moins, nous la rendre avec les beaux jours !

S'il s'agissait, cependant, pour louer comme il faut M. Lecesne. d'aimer sa lovale nature, d'estimer son aimable commerce, d'admirer ses connaissances étendues et sa belle intelligence, je vous demanderais gräce en faveur d’un Arra- geois d'adoption qui, depuis quarante ans, entend prononcer el prononce son nom comme un des plus honorés de notre ville.

Il était, lui, Arrageois d'origine, de goùt, de caractère,

=

L'art militaire, l’industrie, les meilleures traditions de famille le rattachaient à Arras. Par son berceau comme par sa tombe, il nous appartient tout entier, et l’on peut dire qu’il était bien désigné pour écrire l'histoire d’Arras, puis- qu'il lui a consacré toute sa vie.

D'autres retraceront les détails de sa carrière judiciaire, administrative et municipale : l’Académie doit surtôut rete- nir de lui ce que fut l’homme, le collègue, l'écrivain qu’elle a perdu.

Au foyer domestique, les joies de l’époux lui furent trop tôt ravies, quelles ne furent pas les compensations qu'il sut trouver dans la piété filiale, le dévouement paternel, la solli- cilude tendre, éclairée, constante du grand-père.

Un poëte illustre a écrit tout un livre sur l’Aré d'être grand père. M. Edmond Lecesne a mieux fait que d'écrire ce livre : il l’a pratiqué. Avec quelle tendresse, quelle persé- vérance, avec quelle admirable entente du charme qu'il procure et du devoir qu’il impose: nul Arrageois ne l'ignore, et tous y applaudissent depuis vingt ans. N'a-t:il pas dit comme Victor Hugo, et, comme lui, réalisé ce grâcieux programme :

. En patriarche, Que mènent les enfants, je règlerai ma marche Sur ie temps que prendront leurs jeux et leurs repas, Et sur la petitesse aimable de leurs pas.

Et quand l’âge eut affermi et développé les forces avec les facultés de ses petites-filles, on le vit se faire maître d'école, catéchiste, répétiteur, toujours tendre et bon, guide sùr et conseiller écouté, jusqu’au dernier jour, jusqu’au seuil de cette vie du monde, il se faisait une fête de les introduire, Ja veille même de sa mort.

Ne puis-je point ajouter que, dès son arrivée à l’Académie, en 1853, il eut, pour sa famille littéraire, la même tendresse,

= 69 =

Ja même sollicitude que pour sa famille naturelle, et qu'il lui rendit les mêmes services. Elu six fois président de notre compagnie, il y introduisait les candidats avec une bienvei- lance, une finesse, et une autorité qui n'ont jamais été dé- passées. Fidèle, plus que personne, aux derniers rendez- vous, comme celui qui nous rassemble autour de sa dé- pouille, il y disait, lui aussi, les derniers adieux à ceux que nous perdions, en de brèves et saines allocutions, son espritet son cœur ont laissé une égale empreinte.

Entre ces berceaux et ces tombes académiques, dans le labeur quotidien de nos séances, combien il se montrait accueillant pour les nouveaux, déférant pour les anciens, intéressant et aimable pour tous, et le modéle des travail- leurs : c’est ce que nos Comptes-rendus et nos Mémoires proclament depuis quarante-deux ans.

Presque toutes les questions lui étaient familières : Île Droit ancien et le Droit moderne, la Poésie et la Philologie, l'Histoire générale et l'Histoire locale, il a mené de front les études les plus diverses avec une facilité, et une persévé- rance qui ravissaient tous les suffrages, dans nos séances privées, aussi bien que dans nos séances publiques.

Mais, son œuvre de prédilection, son livre principal, son meilleur titre à la reconnaissance publique, c'est cette belle Histoire d'Arras qui remonte à la plus lointaine origine, s’appuie sur les meilleurs documents, pénètre jusqu'aux plus intimes profondeurs, et se développe avec une largeur et une mesure remarquables.

Est-ce à dire qu'aucun de ses jugements n'est à réformer °? Il eût été le premier à se refuser ce brevet d’infaillibitité. Le plus conciliant pour accepter des éclaircissements, il était aussi le moins ombrageux devant la contradiction, le plus loyal à se déjuger, quand sa nouvelle conviction était faite.

Et cette belle et noble intelligence, ce calme et persévérant amour du travail, cet ordre et cette économie de toute sa vie, il les conserva, pour ainsi dire, jusqu’à sa dernière heure.

70 =

Comme il l’a dit lui-mème du président Gardin, une de nos gloires aussi :

La vieillesse Jui fut, non pas morose et dure,

Mais calme et dénotant une âme sans détour :

On croyait en voyant une lueur si pure,

Assister au soir d’un beau jour.

Puis vint l'instant suprême! Avec humble assurance

Sur sa tête, il sentit le doigt de Dieu porter :

C'est que. pour ses vertus, sur une récompense, Dans le ciel il osait compter.

L’espérance chrétienne que M. Edmond Lecesne prêtait si bien à son collègue, il l'avait lui-même au fond du cœur. . Cette espérance n’a pas été trompée : il a voulu que l'Eglise Ja lui garantit.

Aussi a-t-il envisagé la mort avec la fermeté d’un sage et la foi d’un chrétien. Son œil calme s’est reposé,une dernière fois, sur les siens, et s’est ensuite dirigé vers le ciel ; le ciel, que la piété filiale lui avait montré et que la charité lui avait ouvert. Sa main tenait la main de son fils.

Ce fils nous reste, Messieurs, êt c’est la suprême consola- tion de l’Académie, après le départ d’un tel père.

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DISCOURS

prononcé au nom de l’Académie d’Arras

par M. PAGNOUL

AUX

FUNÉRAILLES DE M. DE MALLORTIE

le 25 Février 1895.

nr Er

Messieurs,

SN EST au nom de l'Académie d'Arras que je viens adresser È un dernier adieu à l’homme qui fut pendant de si lon- gues années son Président, son honneur et son guide. Mais c’est aussi en mon nom personnel que j'ai voulu rendre un suprême hommage au vieil ami auquel m'ont lié pendant plus d’un demi-siécle non seulement mes relations profes- siocnelles, maïs aussi les plus vifs sentiments d'estime et de sympathie.

Lorsque je le retrouvai hier étendu sur son lit de mort, de lointains souvenirs de jeunesse me revinrent à la pensée, je le revis avec sa douce figure de la vingtième année, alors qu'il me confiait, dans une petite mansarde du vieux lycée de Douai, ses premiers essais de poésie, ses premières impressions en face de l’avenir qui s’ouvrait alors pour nous ; je me rappelai cette parole émue, jeune et ardente et ce pur sentiment de l'idéal qu’il exprimait el comprenait si

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bien, qu'il a toujours religieusement conservé au fond de l’âme el que n’ont jamais pu altérer en lui les luttes brutales et matérielles de la vie.

Cette hauteur de pensée, ce sentiment du beau rejaillit sur son enseignement, tant que la chaire de rhétorique lui fut confiée, et plus tard, lorsqu’en acceptant l’administration du collège, il dut se soumettre à l'accomplissement d’autres devoirs, ses qualités premières se retrouvèrent encore dans la direction de ses élèves qu’il sut rendre toujours paternelle et encourageante, dans ses relations constamment bienveil- lantes et affectueuses avec ses collaborateurs, dans la sédui- sante urbanité et dans l’exquise courtoisie de son accueil.

Mais c'est surtout au sein de notre Académie qu'il se plaisait à revenir. Il retrouvait l'atmosphère dans laquelle il aimait à vivre et des auditeurs toujours avides de l’enten- dre. Aussi ne pouvait-on se résoudre, malgré les termes du règlement, à lui donner un successeur comme Président de notre Compagnie et il fut contraint, par nos unanimes el pressantes sollicitations, de conserver ses fonctions pendant plusieurs années successives, malgré les fatigues qu’elles lui imposaient. C'est donc par lui que furent accueillis pres- que tous nos nouveaux collègues et on peut dire qu'ils for- maient autour de lui une famille littéraire toujours heureuse de profiter de ses conseils, de l’étendue de son savoir et de ses précieuses qualités de cœur.

Ses discours étaient des événements parmi nous et c’est surtout daus les douloureuses circonstances, comme celle qui nous rassemble aujourd’hui, qu'il savait atteindre aux hauteurs d'une véritable éloquence en faisant pénétrer dans toutes les âmes ces pensées qui fortifient, consolent et relèvent. Le sentiment religieux était en effet nécessaire à cette âme d'élite et la foi chrétienne devait être à l’abri de toute atteinte dans une intelligence large et élevée comme la sienne. Nous pouvons dire en effet que sa mort pieuse el consolée fut le digne couronnement de sa vie.

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Un langage comme celui qu’il savait nous faire entendre, eût seul été digne de saluer aujourd’hui sa mémoire, aussi ne puis-je mieux lerminer qu'en citant ses propres paroles prononcées il y a quelques années sur la tombe d’un de nos collègues, paroles touchantes qui s'appliquent si bien à lui-même aujourd'hui :

« I] aimait à habiter cette sphère se forment les croyances claires et sereines sur les destinées éternelles. Le sentiment religieux était chez lui une forme de la recon- naissance. Il croyait à la providence pour s'être regardé vivre ; il avait toujours senti le voisinage de Dieu. À l'heure tant d'intelligences vacillent avant de s’éteindre, la sienne était restée tout entière, active et vivante et pressentait la pleine lumière. Aussi la tombe que ce sage et noble vieil- lard entrevoyait au bout de son allée si bien sablée et si fleurie, cette tombe ne l'effrayait pas. Il v marcha douce- ment en se distrayant sur sa route avec ses souvenirs, ses livres et ses fleurs , en s'appuyant sur l'amitié, en semant à pleine main l'indulgence sur tout le monde, la tendresse sur les objets chéris de son cœur. »

Ne songeait-il pas à lui-même en écrivant ces lignes et n'est-ce pas bien le paisible tableau de ses dernières années. 1] nous a semblé voir dans ces paroles comme un dernier adieu de cette âme sereine, dégagée des soucis de la vie et s'élevant de son tombeau pour nous sourire encore en nous disant : Consolez-vous, voilà ce que je fus et je puis aujourd'hui tranquillement remonter à Dieu, dans ce monde immatériel nous nous retrouverons un jour. Ces derniers échos de sa voix, nous paraissent la meilleure consolation que nous puissions offrir aujourd’hui à sa Famille éplorée.

Adieu donc mon vieil ami, et au revoir.

DK

III.

LECTURES

FAITES DANS LES SÉANCES HEBDOMADAIRES

—#ÿ 2 ——

LE PAS-DE-CALAIS

SOUS L'ADMINISTRATION PRÉFECTORALE DU

BARON DE LA CHAISE (4803 - 4845)

(SUITE) par M. Gustave de HAUTECLOCQUE

Membre résidant.

CHAPITRE VIII (1814-1815;

XX

Nul, de nos jours, ne saurait se rendre compte de l’im- pression produite en France à l’effondrement du régime qui, aprés l’avoir épuisée pendant tant d'années, lui atti- rait de justes représailles, la mettant à la veille de perdre Sa place et de voir rayer son nom parmi les nations. Si les soldats survivants à nos désasilres devaient conserver de l'attachement au chef qui les avait conduits à la vic- toire et constituer autour de son nom une légende que les siècles ne réussiraient pas à lui enlever, il n'en était pas de même de la plupart des Français à qui cette gloire avait coûté tant de sacrifices et de larmes, plus particulie- rement de ceux qui s'étaient vu imposer la pénible mis- Sion d'exécuter des ordres auxquels répugnaient leur

(") Voir Mémoires de l’Académie, t. xxut1, p. 111 à 190, t. xx1v, p. 434 à 319, et t. xxv, p. 166 à 297.

ES, ee

conscience et leur honnéteté ; ils éprouvèrent un profond soulagement à se voir déliés d’un serment de fidelite depuis longtemps transformé pour eux en une véritable chaine de servitude. De ce nombre étaient le baron de la Chaise et son ami le comte de Villemanzy. Attaches par leurs traditions de famille et leurs souvenirs d’en- fance à la vieille monarchie, ils n'eurent pas de peine à saluer en elle la restauratrice de la patrie. Au premier bruit des évènements qui s'étaient passés à Paris, de la déchéance de l'Empereur et de sa dynastie, de l'entrée des souverains alliés, de la constitution d’un gouverne- ment provisoire, il s’était fait entre eux un échange de correspondance nous retrouvons, unie à la sollicitude dont ils avaient toujours fait preuve pour épargner à leurs administrés les horreurs de la guerre civile, l’ex- pression des vœux les plus ardents pour voir se pro- duire une adhésion prompte, franche et sincère à la cause des Bourbons (1).

À Arras l'inquiétude fut grande pendant huit jours. Toute communication avec la capitale était interrom-

(4) Voici ce qu'écrivait le baron de la Chaise au comte Beugnot : « Monseigneur, nous sortons de l'enfer. V. E connaît avec quelles chaînes nous étions retenus : je n'ai pas même trouvé un seul jour pendant votre mission pour aller vous demander consolation et sécurité. Jose aujourd'huy invoquer la protection de V. E. en la suppliant de mettre sous les veux du gouvernement, puis aux pieds de notre roi Louis XViII ce que vous daignez penser d'un vieux soldat qui a tenu tous ses grades, depuis celui de sous-lieutenant jusqu à celui de colonel du beau régiment de Royal-Normandie, de nos augustes monarques Louis XV et Louis XVI qu'il a servis fidèle- ment jusque vers 1793, et qui a rempli pendant près de douze ans des fonctions administratives de manière à se les faire oublier par Sa Majesté. Mon ambition, Monseigneur, sera toujours de mériter votre estime, d'obtenir vos bontés et de pouvoir convaincre V. E. de mon dévouement et de mon respect, »

0

pue (1). Ce fut seulement le 5 avril (2) qu’on apprit la

(1) Le commissaire de police de la ville d'Arras faisait au Maire, le 2 avril, le rapport suivant : « Un avis que l'on croit certain nous intorme qu'une lettre reçue aujourd'huy par Mme Delacourt, épouse du colonel de gendarmerie, lui apprend que le duc de Tarente a battu complètement l'ennemi à Montmartre, près Paris, qu'il a pris 15,000 hommes, beaucoup de pièces de canon et équipages, que ce succès a eu lieu avant l'arrivée de S. M. qui arrive sur les derrières de l'armée ennemie avec des forces imposantes.

» Une voiture venant de Lille confirme l'arrivée dans cette ville, la pénultième nuit, d'un grand nombre de prisonniers faits par le général Maison près de Gand, Le nombre en serait de 1,000 à 1,500. »

On voit les tausses nouvelles qu'on faisait courir.

(2) Ce jour-là le comte de Villemanzy écrivait au baron de la Chaise qu'après une interruption de communication qui durait depuis huit jours, il venait d'apprendre par le Moniteur et le Journal des Débats ce qui s'était passé à Paris. Il ajoutait : « Bien que les jour- naux n'en parlassent pas encore, deux faits paraissaient résulter de l'influence des évènements et des adhésions qui arrivaient au nou- veau gouvernement. En attendant qu'on fût d'accord sur la délicate limite des pouvoirs entre le gouvernement et le Sénat, on regardait comme certain l'éloignement de ceux qui avaient attiré sur nous tous les malheurs et le rappel de ceux qui ont fait prospérer la France pendant 800 ans. C'est le désir de tous les corps et de tous les particuliers. L'armée s'ébranle sous les yeux même de Napoléon, non plus en masse mais par parties pour rentrer au sein de la patrie et refuser de combattre contre ses frères et ses compatriotes, et chaque jour on ramêne un grand nombre de soldats à Paris pour aller de dans leurs foyers. Les chefs eux-mêmes paraissent avoir conçu le projet de ne pas porter les armes contre la patrie. [ls ont voulu, avant de les poser, faire des efforts pour assurer un sort à celui qui, avec de grands talents, a produit de si funestes résultats, et ce vœu qu'on n'a pas adopté d'après sa première émission parce qu'il ne faisait que déplacer un titre sans changer le pouvoir et que d'ailleurs la déchéance de toute la famille est prononcée sans retour, ce Yœu a donné lieu à queiques autres propositions qui ne tendent

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déchéance de l'Empereur proclamée le 2 par le Sénat. Le choix fait pour mettre à la tète du gouvernement provi- soire de Talleyrand, l’un des plus serviles adorateurs de Napoleon, n’était pas rassurant. Mais à défaut de fidélité, le prince de Bénévent etait doué d'une grande habilete.Il prit pour commissaire par interim, au Ministere de l'In- térieur et des Cultes, le comte Beugnot, l’ancien Préfet

qu'à améliorer une position à peu près privée. C'est à ce sort seule- ment qu'est inévitablement réduit toute cette famille.

» Dans quelle position se trouvent à présent nos amis du Pas-de- Calais ? C'est une sollicitude qui me travaille à chaque moment. Des vœux à former je n'en suis pas à hésiter, à exaucer c'est autre chose ; il est des points sur lesquels on ne peut parler que par son exemple et je ne donnerai jamais le mien pour règle à personne. Une adhésion prompte, franche et sincère adressée au gouverne- ment me comblerait de joie, mais je ne suis à portée de juger si en supposant identité de sentiments, il y aurait sagesse et mesure dans l'émission du moment. »

Le baron de la Chaise lui répondit : « Oui, mon ami, c'est toi qui nous délivres des plus infernales inquiétudes qui aient jamais torturé ma famille, je dirai presque mon département A demain une pro- clamation et vive Louis XVIIT ! »

Le jeudi saint, 7 avril, nouvelle lettre du baron de la Chaise : « Tu nous retires des limbes, je dirai même du fond des enfers. Ni le sénateur, ni ton ami, ni nos familles n'avaient encore reçu le moindre signe d'intelligence et nous nagions dans l'encre quand le jeune de Bellaing m'a remis tes très bienheureuses dépèches. Je ne conçois pas un supplice plus insupportable que l'incertitude! Nous en voilà délivrés. J'adopte absolument et je ne crains pas de te répondre que je vais faire adopter tes couleurs, mais dis-moi com- ment il se peut que je ne reçoive pas mème le Moniteur. Tandis que mon imagination se fatigue à rechercher les causes d'une pareille omission ! Juges dans quelle inquiétude devait nous jeter un silence aussi universel. Ton plus intime confident, devenu ton chef, doit en savoir et t'en réveler la cause. »

Pur. en

du Nord (1). Un jeune légitimiste de ce département, Moreau de Bellaing, qui avait été son secretaire, s'étant offert pour transmettre dans notre région les actes offi- ciels, il lui remit une lettre pour le comte de Brigode, maire de Lille, lui annonçant la déchéance de l’Empe- reur et l'engageant à user de tous les moyens pour maintenir les magistrats et les militaires à leur poste et veiller à la tranquillité publique au nom de la patrie en attendant la décision du gouvernement (2). Des le 6 avril le Sénat appelait au trône, sous le nom de Louis XVII, le comte de Provence, frère puiné de Louis XVI. Aussi- tôt, de tous côtés, partirent des émissaires chargés d’en porter la nouvelle aux départements et de donner l’ordre aux Préfets de réunir les fonctionnaires pour leur demander d’adhérer au nouveau gouvernement. Le

(1) Le comte Beugnat notifia sa nomination au Préfet du Pas-de- Calais le 4 avril, elle ne parvint à Arras que le 7, à dix heures du soir. Les Préfets de la Somme et de l'Oise écrivirent au Préfet du Pas-de-Calais, les 6 et 7 avril, pour l'engager à s'unir à eux pour un ralliement général aux Bourbons.

(2) Voici cette lettre datée du 5 avril : « Nous recevons, Monsieur, avec satisfaction l'assurance de vos sentiments ; l'influence que vous avez et que vous devez avoir dans le département du Nord ne peut être que fort utile à la bonne cause. Buonaparte ne règne plus, déchu du throne par les actes du Sénat, du Corps législatif et par le vœu unanime de la nation. Son gouvernement ne doit plus être reconnu. Les magistrats, les militaires doivent rester à leur poste, la tranquillité publique ne doit pas être troublée, mais tout doit se faire au nom de la patrie et du gouvernement provisoire en atten- dant qu'un monarque chéri aux Français se rende à leurs vœux et à leur attachement qui n'est plus comprimé par une tyrannie étran- gère. Servez-vous, Monsieur, de tous vos moyens pour propager vos sentiments dans la ville de Lille et dans les autres cités du départe- ment du Nord. Recevez, etc. Signé : le prince de Bénévent ; pour le gouvernement provisoire: Dupont de Nemours, secrétaire genéral, »

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comte Beugnot écrivit dans ce sens au comte de Ville- manzv (1). Moreau de Bellaing apporta les mèmes ordres à Arras. L'adhesion du baron de la Chaise fut des pre- mières à se produire(2). Des le lendemain il fit une procla-

(1) Le 7 avril le comte de Villemanzv écrivait au baron de la Chaise une lettre officielle pour lui dire que le 5 le prince de Béné- vent avait remis à M. de Bellaing des pièces qui ne laissaient aucun doute sur les évènements qui s'étaient passés à Paris, il ajoutait : « Je pense que vous ne devez pas hésiter un moment à faire connaître dans le département du Pas-de-Calais, dont l'administration vous est confiée, le gouvernement provisoire qui vient d'être établi et à user de toute votre influence pour seconder le mouvement que le peuple français vient de manifester. Je pense encore qu'en agissant ainsi vous ferez une chose utile au gouvernement qui ne manquera pas de vous en témoigner sa bienveillance, En vous exprimant ce senti- ment, je dois vous dire que j'ai adhéré aux délibérations prises par le Sénat. »

(2) Voici cette adhésion : « Nous, général baron de la Chaise, Préfet du département du Pas-de-Calais, recevant par le courrier de ce jour les actes du Sénat conservateur des 1°+°, 2 et 3 de ce mois, ainsi que l'adresse du Sénat au peuple français, après nous être concerté avec MM les Conseillers de Préfecture, M. le Secrétaire- Général, M. le Sous-Préfet de l'arrondissement et M. le Maire de la ville, tous également pénétrés de respect pour les décisions du pre- mier corps de l'Etat dont un de ses membres, M le comte de Ville- manzy, venait de nous faire la notification, en manifestant le vœu de les rendre publiques, nous nous empressons d'y adhérer avec la plus intime confiance et de faire connaître ces dispositions tant au gouvernement provisoire qu'à tous les habitants du Pas-de-Calais. Cette adhésion franche et lovale sera en conséquence inscrite «sur le registre de la préfecture, publiée avec le plus grand apparat, affichée et consignée dans tous les papiers publics du département Quelque pénétrés que nous sovons de l'assentiment de tous les fonctionnaires, de tous les citoyens des arrondissements de Béthune. St-Omer, Bou- logne, Montreuil et St-Pol, nous crovons devoir nous abstenir de les comprendre dans la présente déclaration pour ne pas affaiblir le

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mation aux maires de son département pour annoncer l'avénement du roi (1). Le 11 avril il envoyait au prince de Beuévent une lettre, l’uue des plus curieuses que nous ayons retrouvées dans sa correspondance. Le vieux serviteur de la monarchie s'y retrouve tout entier. A l'expansion de sa joie de se voir délivré d’un régime qu'il qualifie d'enfer, il joint l’enumération des services qu'il a rendus dans les divers grades du régiment de Royal-Normandie avant 1793. En méme temps il envoyait a Hartwell, par l'entremise du comte de Castéja, sous- prèfet de Boulogne, l'expression de son dévouement personnel au roi. Quelques jours apres, le 14 avril, il recevait, par la plume du duc d’'Havré, la réponse toute paternelle et bienveillante de Sa Majesté (2). À ce mo-

mérite de celles qu'ils s'empresserout sûrement de faire en unissant leurs actions de grâce et leurs hommages à ceux que le gouverne- ment provisoire est supplié d'agréer au nom des soussignés. Le comte de Villemanzy, sénateur ; général baron de la Chaise, préfet ; Gayant, Cornille, Corne, de Gantées, conseillers de préfecture; Ber- gaigne, seerétaire-génoral ; baron de Montigny, sous-préfet ; baron d'Herlincourt, maire d'Arras. »

(1) Voici cette proclamation: « Je m'empresse de vous faire connaitre et notre adhésion aux actes du Sénat conservateur et nos vœux pour l'auguste dynastie des Bourbons. Jamais le chef de ce département ne fit éclater plus de joie, jamiais plus douces espérances ne pénétrèrent dans tous les cœurs. Ceux de tous les bons habitants du Pas-de-Calais éprouvent sans doute même allégresse et même reconnaissance ! J'aurai donc le bonheur de vous entendre tous répéter avec nous: Vive Louis XVIIL! C'est aujourd huÿ que nous devons eflectivement ne former qu'une seule famille sous le gou- vernement paternel du petit-fils de saint Louis. »

(2 Voici cette réponse : « Le roi me charge, Monsieur le baron, de vous marquer toute la satisfaction qu'il ressent de votre adhésion qui lui a été remise par M. de Castéja. Ce dernier ne lui a pas laissé ignorer le bon esprit qui régnait dans votre départeunent et tous les

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ment faisaient explosion les manifestations de la joie la plus vive sur tous les points du département. Comme il arrive toujours dans les mouvements d'émotion popu- laire, les contrastes les plus bizarres se produisirent par suite d’étranges coïncidences. Ce fut à St-Omer ({) que la nouvelle parvint tout d’abord, puis à Arras, le 9 atril une adresse au Sénat fut votée par le Conseil municipal (2). A Boulogne une réunion extraordinaire

soins que vous avez apportés à l'y faire naître et à l’y maintenir. Je m'estime heureux d'être en ce moment l'organe de Sa Majesté et de vous en exprimer les sentiments. Rendez-moi la justice de ne pas douter de ceux remplis de sincérité avec lesquels j'ai l'honneur, etc »

(1) Des le 5 avril on apprit le changement de gouvernement. Un vieux légitimiste, M. Dessaux-Lebrethon arbora le premier la cocarde blanche. Il fut arrêté et conduit à Arras par la gendarmerie; à son arrivée en cette ville la déchéance de Napoléon était devenue officielle, et on le relâcha par ordre du général Castella.À son retour à St-Omer il trouva le commandant de place, M. Barbier, qui l'avait fait arrêter, ayant arboré lui-même la cucarde blanche. M. Dessaux publia une brochure intitulée : Nos angoisses de trente heures (De- rheims, Histoire de St-Omer),.

(2) Une députation composée de MM. des Troismarquets, prési- dent du tribunal, du maire, etc , à laquelle s'adjoignit M. de Lejosne- Contay, ancien officier, fut chargée de présenter cette adresse ainsi conçue : « Sire, nous nous félicitons d'être les organes d'une ville dont l'attachement au sang de ses rois vient de se manifester d'une manière aussi éclatante qu'unanime. Quelle autre ville aurait autant de sujets de se réjouir des heureux évènements qui ont changé la face de la France. Mais nous ne voulons pas affliger le cœur de V. M. en rappelant les maux que notre cité a soufferts; nous n'aspirons qu'à peindre la joie de tous ses habitants, leur enthousiasme pour l'auguste maison de Bourbon, leur amour et leur fidélité au roi. » La députation fit visite à la duchesse d'Angoulème, au comte d'Ar- tois, qui « toujours protégea cette province qui s'enorgueillit de lui avoir donné son nom », puis elle se présenta chez le duc de Berry et lui remit l'adresse ; le roi y répondit ainsi: « Je suis sensible

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eut lieu à l’hôtel de ville. Le Sous-Préfet, le Maire, le Conseil municipal et les principaux fonctionnaires y assistérent, firent acte d’adhésion et rédigèrent une adresse au Roi (1). Les administrations des villes de

aux sentiments que vous m'exprimez et je sais gré à votre délica- tesse de m'avoir épargné le souvenir de vos malheurs, je les ai connus tous et je tâcherai de les réparer, »

Voici comment la Feuille d'annonces du Pas-de-Calais raconte ce qui s'est passé à Arras: « Depuis quelques jours on était dans l'impatience de voir annoncer avec appareil l'heureuse nouvelle qui répand aujourd'huy la joie dans tous les cœurs français et met un terme aux malheurs de la patrie. Hier dès le matin nos jeunes gens paraissaient dans les rues avec la cocarde blanche et vers trois beures la proclamation suivante fut faite au milieu d'un concours unanime de peuple et aux cris mille fois répétés de: Vive le roi! Vivent les Bourbons! Les canonniers de la garde nationale et les pompiers volontaires, précédés de la musique, formaient un nom- breux cortège aux magistrats qui faisaient la proclamation et tous portaient la cocarde blanche Les cloches et le canon ne cessaient d'annoncer au loin la joie qui régnait dans la ville. Le soir une illumination générale et brillante a terminé ce jour de réjouissance. Tout s’est passé dans le meilleur ordre possible. »

Voici la proclamation du Maire: « 8 avril 1814. Citoyens, vous entendrez avec le calme de la sagesse cette adhésion aux actes du gouvernement réparateur et en conservant l'obéissance aux autorités vous vous abstiendrez de toute rixe dans un moment nous ne devons être qu'un peuple de frères et montrer que nous n'avons tous qu'un même sentiment. Baron d'Herlincourt,. »

(1) « Après qu'on eut fait lecture des actes du Sénat, l'assemblée, considérant qu'ils étaient commundés par le vœu général de la nation, le besoin et la nécessité de sauver la France ; que l’acte rappelait l'amour de tous les cœurs, nous promet une succession de rois qui, à l'exemnle de ce monarque que la nation pleure encore, se montreront les pères du peuple et les dignes héritiers de ses vertus et de scs brillantes qualités, que cet acte, par une sage et heureuse combinaison des pouvoirs, assure à la France, sous l'égide

op

Béthune, St-Pol (1), etc., en firent autant. On ne s’éton- nera pas de trouver, dès le 8 avril, l’Evéque d'Arras à la tète de ces manifestations. Elles prirent les formes les plus diverses et tous les genres de l’éloquence et de la littérature furent mis à contribution pour donner jour à l’ivresse qui débordait de tous les cœurs, depuis le discours fastueux et classique jusqu’à la chanson vive, alerte et gouailleuse qui de tout temps fut l’incarnation la plus populaire de l’esprit français et artésien. Cette fois ce n’était plus laRévolution avec ses hideuses orgies, ni le despotisme avec ses dures exigences à qui l’on avait affaire. C'était un père qui retrouvait ses enfants et leur tendait les bras. Nul mieux que la famille de Bour- bon n’était apte à remplir ce rôle. L’un de ses principaux membres, le comte d'Artois, empruntait son nom préci- sément à notre province. Il sut le rappeler avec le plus . gracieux àâ-propos, et de bouche en bouche volérent bientôt les mots heureux et charmants par lesquels il semblait prendre à tâche de faire revivre aux yeux des Français éblouis les brillantes qualités du Béarnais, son aïeul (?).

Sur ce tableau séduisant et plein d’espérances ne

des rois, des siècles de prospérité et de bonheur; déclare adhérer de cœur et de volonté à ce qui vient de se faire et vote des remercie- ments au Sénat et au gouvernement provisoire. » La population accueillit cette adresse avec enthousiasme ; réunie sur la place, elle cria: Vive le roi! Vive Louis XVII! la musique joua, on arbora le drapeau blanc sur le beffroi et le soir il y eut un banquet de cent cinquante couverts dans l'ancien évêché (Histoire de Boulogne-sur- Mer, par d'Hautefeuille et Besnard).

(1) Le Sous-Préfet de St-Pol envoya également, le 8 avril, son adhésion aux actes du Sénat.

(2) On composa un grand nombre de pièces de poésie et de chan: sons à l'occasion du retour des Bourbons ; nous n’en citerons que quatre : l'une parce qu'elle fut la plus populaire, deux autres parce

= 07e

devait pas, hélas! tarder à se projeter une ombre que les années n'ont point effacée, et de nos jours encore on

qu'elles sont écrites sur l'air de la fôte d'Arras ; la quatrième est l'œuvre d'un Artésien :

Histoire de la campagne de Moscou, en vaudeville.

Il était un p'tit homme Qui s'appelait le grand

En partant, Mais vous allez voir comme Il est rentré petit

A Paris.

Gai, gai, mes amis,

Chantons le renom

Du grand Napoléon, C'estlehéros (bis) des petites maisons

Courant à perdre haleine,

Il croit prendre à Moscou Le Pérou,

Mais ce grand capitaine

N'y voit de ses deux yeux Que du feu.

Gai, gai, etc.

Que faire en cette ville Qui n'a plus de maisons Qu'en charbons,

Il serait difficile D'y passer un hyver En plein air.

Gai, gai, etc.

Allons faisons retraite

Dit le guerrier penaud, Mais il faut

Mettre dans la gazette

Que nous faisons un grand Mouvement.

Gai, gai, etc.

Le voilà donc en route

Aussitét l'aquilon Furibond

Souffle et met en déroute

Soldats, chevaux, canons Et caissons.

Gal, gai, etc.

À bon droit l'on s'étonne Qu'alors il n'ait pas fait Un décret Pour prolonger l'automne Et supprimer frimats Et verglas.

Gai, gai, etc.

Dans cet état funeste, Brave comme un César De hasard, Sans demander son reste Napoléon le grand F... le camp.

Gai, gai, etc.

Il laisse son armée

Sans pain, sans général, C'est égal,

Elle est accoutumée

A manger du cheval Pour régal.

Gai, gai, etc.

S'esquivant de Russie Auss rapidement Que le vent, Sa Majesté transie Arrive incognito En traineau.

Gai, gai, etc.

O campagne admirable, Les destins sont remplis, Accomplis, Son armée est au diable, Que n'en est-il autant Du brigand ! Gai, gai, mes amis, Chantons le renom Du grand Napoléon C'estlehéros (bis) des petites maisons

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impute avec la plus grande injustice à la Restauration les conséquences des fautes de l’Empire.

Voici la seconde chanson écrite en patois artésien :

Chanson pour la St-Louis, jour de la fête de S. M. Louis XVIII et celui de la fête communale d'Arras (1814).

Dialogue entre Hélène et Pierrot, conscrit der81s,

et arrivé la veille avec son congé.

HÉLÈNE

March’ donc pus rad’, allong” el paus : Acoutt’ comm’ ech” carillon vau, Acoutt’ Joyeuse, queu brouhahau ! Jarni, tu t’ dodaines Tout comm’ eun poul’ daine ; Si tu vaus pon eun meilleu train Tu n'arriv'raus mi queu |’ derain.

PIERROT

Morziu, j sus cor tout écrampi D'avoir trimé d’ Calais 1chi. Sans compter d’puis q' j'étos conscrit, Toudi des misères, Couquer din ch' z'ornières, Toudi s' batt’ et n'avoir pon d’ pain, Ein gagn’ des romatiq' à moins.

HÉLÈNE

Pour mi jeu m'inmajaine pon q'ment Chés fierabraus, chés conquérents

Trouv' du plaisi à tuer tant d' gens.

Y pill't, y ravaugent,

Y brull't, y saccaugent, Quant y z'ont dépeuplé d’ z'étauts, Ein sont-y donc gramment pus craus ?

PIERROT

N'est-jou pon eun équipée d' fou D'avoir couru tout d’ qu'à Moscou, Dein l' neige el verglaus jusqu'au cou: Voyant farc’ parcille, J’ sentos à merveille, Sans savoir ni l' grec ni l' latin, Q' tout chau tourn'rot en iau d’ boudin.

HÉLÈNE

Arraus s'rau ploin ch'est inoui! Car pour v'nir fiéter no Louis Chacuntrait s’vauq et freum' ess n'hurs,

Cont' qui vorau } gauge

Q' den pus d'un villauge Pour toutt’ défense et pour gardiens Ein au laiché mer ment q’ chés quiens

< LL 3 L} L} LL . L) . , LA LL]

PIERROT

Top Héloenn’, ch'est eun marqué foait: Fiétons no Ro, cantons la pais. Nous vivrons tranquill” désormoais : Comm’ sous Henry quate Assis à no âte, Les dimench' nous beuvrons eun lot Tandis qu’ tu mettraus |” poul' au pot.

ENSEMBLE

Amis, ginglons, fringuons, danchons, Epagnotons-nous, fertillons, Rions, versons, trinquons. beuvons ; Q°’ den eun si biell' fiète No joie seuch' complète. Et à gorg déployte crions : Viv' no bun Ro! Viv' les Bour8on:! .

Par Hocquer.

Imprimerie de Leclercq-Cammiez.

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A l’extérieur l’œuvre de réparation était facile et le gouvernement l’entreprit aussitôt. Le roi Ferdinand II

La troisième chanson fut composée après le second retour du roi et imprimée chez Bocquet, à Arras :

Ne vlà ty pas qu' Napoléon

Vient de faire encore abdication

In faveur ed sin p'tit garchon, Et pi tous chès ânes Rassemblés insannes

Tertous au nom d' chelle nation

Ont crié: Viv’ Napoléon !

ET nuit passée, tout in révant,

J” sus el'vé in pan volant,

V'là qu’; vois in grand houlan Entrant dans m’ plache, Faigeant belle grimache,

Tout in m’ ravisant, y ma dit :

Nous ramenons le bon roi Louis.

Aussitôt ech chu resté Tout in béant comm’ in Cola; J'étaus saisi par chi par là,

Je pouvaus rien dire,

[ s" met d’ suite à rire, Digeant: mon père vous étes surpris, Je rapporte une fleur de lys

Ce que je vous dis est aussi vrai

Que le roi couche dans Cambray,

Croyez-en votre fils, René, Vovez-le sans peine, Reprenez haleine,

Regardez bien à min sacko

Vous n'y verrez plus Je coco.

Aoui min fieux, va je l’ vois bien,

Ta toudi été bon chrétien,

Quand on a quer sin souverain, Sin roi légitime,

Enne commet point d' crime,

Surtout quand chet in si bon Roi

Aveuque grand cœur in suit sa loi.

Allons assiez-vous min garchon, Beuvons la goutte sans fachon À la santé du bon Bourbou, Qu'à jamais il régne Sur l' peuple qui l'aime, Répétons aveuque nous amis Vive, vive à jamais Louis.

Au diable ech° p'tit matin d'imp'reur Qui a longtemps fait nous malheur, * Louis va faire notre bonheur, Nos femmes et nos filles Seront plus gentilles, Au diable ech’ faut Napoléon Avec tout sin biau carillon.

Pour chel faut chi il est escoué, Nous sommestertousd'bonn’volonté Un bon Louis le dsiré, J' sins au fond d’'em n'âme Comme min cœur s'inflame Cantons, crions à haute voix : Vive, vive à jamais le roi!

Un sieur Demarquet, du Pas-de-Calais, composa aussi une poésie, sur le retour des Bourbons : en voici un extrait:

Dieu protecteur de la patrie,

La France te doit son bonheur :

La paix, les Bourbons, l'honneur

Nous +ont assurés pour la vie.

Exauces-nous, fais de nos cœurs

Accroitre l'antique énergie,

Fais-nous oublier l'anarchie,

Ecoutes nos accents, partout un chante en chœur : Vive, vive Louis ! qui fait notre bonheur (bis).

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fut rendu à l’Espagne, le pape à l'Italie (1). Le 9 avril, le cardinal Malthie, doyen du sacré collège. et d'autres cardinaux détenus en France, retrouvèrent la liberté. De même en fut-il du Chapitre de Tournai qui avait été interné à Cambrai à cause de son dévouement au Saint- Siège. 226 séminaristes de Gand qui, pour le même motif, avaient été incorporés à Wesel, dans l'artillerie, en août 1813, furent renvoyés chez eux.

Mais bien autres étaient les difficultés avec lesquelles on allait se trouver aux prises à l’intérieur. Les caisses publiques étaient vides, le service militaire avait enlevé un grand nombre d'hommes. La réaction s'était faite aux cris de: À bas la conscription et les droits réunis, encourages par les promesses imprudentes de quelques agents trop zélés des Bourbons. Il fallait bien cependant conserver une armée et une source de revenus indis- pensables à l'Etat. Enfin se dressait la question de l'occupation étrangère. Attirés sur le sol français par le désir de tirer vengeance de Napoléon, les souverains européens s'étaient arrêtés avec respect devant le représentant de la race antique de nos rois; ils avaient reconnu en principe l’intégrite de notre territoire, mais ils ne prétendaient pas pour cela étre frustrés de leurs légitimes revendications, et la France était considérée par eux comme Ja caution de la dette que l’ambition de Napoléon lui avait fait contracter. Cette caution, ils étaient décidés à ne pas s’en dessaisir avant qu'un congres européen réglant les droits respectifs des puissances ne les eùt mises à l’abri du retour de sem- blables catastrophes. Charge plus lourde et plus humi- liante que toutes les autres, c'était sur nos malheureuses populations du Nord que cette occupation étrangère

(1) Le 24 mai 1814, l’évêque d'Arras fit chanter un Te Deum pour la rentree de Pie VII.

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devait peser tout d'abord. On conçoit quel souci ce fut pour leurs administrateurs de la leur faire accepter. Et c'est dans les papiers mêmes du baron de la Chaise que nous avons trouvé les nombreux et intéressants détails qu’on va lire sur la manière dont il s’en acquitta.

Le 12 avril 1814, le baron de la Chaise était à table avec le général commandant le département, le colonel commandant d'armes et plusieurs membres du Conseil général, quand on lui annonça l’arrivée d’un officier étranger, accompagné d’un interprète parlant assez bien le français. Il venait annoncer l’arrivée des troupes alliées dans le département. Après qu'on eût pris quel- ques dispositions avec lui, il partit pour Hazebrouck, par Lens. À peine avait-il quitté Arras que le poste des gardes nationaux, faisant le service de la place, amena un autre officier n’ayant ni passeport ni papiers et se disant appartenir à l’état-major du général York qui allait prendre ses cantonnements dans le Pas-de-Calais. Il annonçait aussi que le corps du général Kliest devait occuper la Somme (1). A cette nouvelle inopinée, le général Castella envoya de suite une estafette à Lille pour avoir des instructions, etle baron de la Chaise pré- vint le Sous-Préfet de Béthune et le Maire de Bapaume de l’arrivée du général Bulow qui devait traverser le département, stationnant à Bapaume et à Lens. Le lréfet était tres agité; il alla le lendemain s'entendre avec le général et ils convinrent d’aller ensemble à Bapaume pour veiller à l'exécution de leurs ordres. Ils firent partir le major du 46° de ligne, en garnison à Arras, pour

(1) Le Préfet de la Somme n'avait pas été plus prévenu que celui du Pas-de-Calais, si ce n'est par un ordre apporté par un colonel prussien. Il avisa de suite le Sous-Préfet de Péronne qui, le 13 avril, donna des renseignements au major du 46°, que le baron de la Chaise avait envoyé dans cette ville.

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Roye, en passant par Péronne, à effet de vérifier si la Somme était déjà occupée par le corps du général Kliest et de s’informer de l’importance de l’armée du général Bulow. Le Préfet trouvait étrange et contraire aux usages militaires qu’une force armée aussi considérable marchat en une seule colonne dans un pays devenu son allié, et cela sans que le gouvernement provisoire eût prévenu les autorités ni donné des ordres au général commandant la division militaire, en un mot sans aucun avis officiel. Effrayé de voir cet esprit d’invasion se pro- duire dans un pays tout le monde reconnaissait Louis XVII pour monarque légitime, l’on avait arboré le drapeau blanc, l’on attendait l’arrivée du roi avec la plus vive impatience, il s'étonnait de ce que deux corps d'armée aussi considérables vinssent occuper une province dont Monsieur portait le nom. Enfin il écrivait: « Peut-on recevoir ces troupes sans ordres et sans danger, ou doit-on leur refuser l’entrée des postes quand on a si peu de forces pour les défendre? Et cepen- dant, ajoutait-il, le commandant répond sur sa téte de la conservation d'une place en état de siège quand elle lui est confiée. » Il ne savait donc que faire, mais les choses ne tardérent pas à se régulariser. Le lendemain on apprit de source officielle que les puissances alliees avaient ordonné, le {2 avril, que le corps de l’armée prussienne prendrait ses cantonnements dans le depar- tement du Nord. On invitait toutes les autorités du roi de France à s'entendre avec le capitaine de Kriele chargé des subsistances, apres avair prévenu le Préfet du Nord et le Sous-Prefet de Douai. L’état-major prussien annonça que le général Bulow arriverait avec son état-major à Bapaume le 15 avril, et à Lens le 16,que son corps com- prenait environ ?8 à 30,000 fantassins et 8 à 10,000 cava- liers. On engageait le Préfet du Pas-de-Calais à envoyer d'avance à Roye un commissaire des guerres pour avoir

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les renseignements nécessaires sur leur subsistance et sur leur logement ({).

Sans perdre un instant le baron de la Chaise écrivit aux maires des arrondissements intéressés pour leur donner les instructions nécessaires à la juste répartition de ces lourds cantonnements. Mais aussitôt de nouvelles charges vinrent s'ajouter à celles-14. On apprit que le général York et son corps d'armée, formant un total de 15,545 hommes, était parti d'Amiens le 16 avril pour Doullens et devait arriver le 19 dans le Pas-de-Calais. Son petit état-major, composé de 187 officiers et de 250 hommes, devait résider à Arras. Cette ville était donc exposée à recevoir plus de 50,000 hommes le même jour de deux armées différentes marchant probablement sans se concerter. Placé en perspective de ce conflit, le Préfet du Pas-de-Calais adressa aussitôt une réclamation au Ministre de la Guerre et au Ministre de l'Intérieur, demandant qu’un des deux corps d'armée apportat du moins un retard de 24 heures dans sa marche, pour laisser à l’autre le temps de lui céder la place. Il s'éton-

(1) Le général en chef Bulow, se rendant dans le département du Nord, établit son quartier général à Lens. La division du général Kraft, forte de 5,000 hommes et 800 chevaux, fut logée à Wingles, Hulluch, Bénifontaine, Vendin-le-Vieil, Annay, Loos, Harnes et Loison. La division du général Ziebinski, à peu près de la même force, fut cantonnée à Lens, Noyelles-sous-Lens, Liévin, Avion, Eleu et Sallau. La division du général Thurner, d'un effectif analo- gue, fut dirigée sur Grenav, Bully, Aix-en-Gohelle, Bouvigny, Angres, Souchez, Ablain-St-Nazaire, Carency, Villers-au-Bois. L'ar- tillerie de réserve, forte de 700 hommes et 1,000 chevaux, fut placée à Vimy, Petit-Vimy, Givenchy-en-Gohelle, Neuville-St-Vaast, Thé- lus, Farbus et Willerval. Enfin la division d'avant-garde, forte de 3,000 hommes et 1,000 chevaux, fut cantonnée à Fouquières, Mon- tigny, Hénin-Liétard, Billy, Beaumont, Drocourt, Rouvroy et Bois- Bernard.

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nait, disait-il, de ce qu’aucun ordre préalable n'eùt été adressé à l'administration militaire relativement à l’entree des allies dans une place de guerre munie d'une citadelle et soumise à l’état de siége. Les ordres et les instructions demandés arrivérent enfin, mais ce ne fut pas pour donner droit à ses réclamations. Il n'y eut qu’à se soumettre et à accepter les cantonnements tels que les alliés les imposaient (1). C’est ce que fit le

(4) Voici comment furent réparties les troupes étrangères : Arras et son arrondissement reçut une division d'infanterie de 5,418 hors- mes et 500 chevaux ; l'arrondissement de Béthune avait 1,788 hommes de cavalerie et autant de chevaux ; l’arrondissement de Boulogne, 1,447 hommes d'artillerie et 2,666 chevaux ; l'arrondissement de Montreuil, une division d'infanterie forte de 2,401 hommes et 500 chevaux ; l'arrondissement de St-Omer avait 3,783 hommes et 300 chevaux ; l'arrondissement de St-Pol avait le reste do la divi- sion, c'est-à-dire 1,746 hommes et 500 chevaux. Les Sous-Préfets firent la répartition entre les communes en prenant pour base la population. Mais ces dispositions furent inutiles car les généraux prussiens placèrent leurs régiments d'après leur formation ; il y avait des villages de 3 à 400 âmes qui avaient 3 à 400 soldats à loger avec leurs officiers. C'était une lourde charge pour les paysans obligés de les nourrir tant qu'on n'avait pas établi à grands frais des magasins d'approvisionnements C'était l'état-major établi à Arras qui réglait toute cette organisation. Voici ce que le général écrivait au préfet le 23 avril : « D'après votre intention les six divisions de mon corps sont distribuées dans les six arrondissements du Pas-de- Calais, si la distribution particulière des troupes dans les communes n'a encore pu s'exécuter partout, on doit l'attribuer aux ditficultés qu'on fait contiuuellement en voulant établir les troupes d'après les principes militaires tandis que j étais disposé à former des canton- nements paisibles. Aussitôt que toutes ces difficultés auront cessé, objet sur lequel j'attends la décision du gouvernement, tout s’srran- gera pour le soulagement des cantonnements et autant que les choses pourront se concilier avec notre situation. J'ai déjà donné des ordres au général dans l'arrondissement de Montreuil, en lui recommandant

0 =

Préfet (1). Ce fut une charge onereuse sans doute, et le peuple, toujours injuste quand il est malheureux, n’eut peut-être pas la clairvoyance d’en faire remonter la cause à celui qui la lui avait attirée, bien que le Préfet ne

de se concerter avec le sous-préfet pour leur exécution. A l'égard du tarif des rations, celui du prince Schwarzenberg est aussi établi pour mon corps, et je dois regarder MM. les ordonnateurs français comme obligés, de leur côté, d'agir d’après ce tarif, Recevez, mon cher général préfet, etc. »

Ce même général se plaignait au baron de la Chaise de ce que tous les prisonniers faits par les Français n'avaient pas été mis en liberté. Le Préfet, le 23 avril, lui répondit que l'autorité militaire était dis- posée à vérifier sa plainte et qu'il écrivait pour cela au général Brenier, à Lille. |

(14) Voici sa circulaire : « Vous êtes sans doute déjà informé que le 1+r corps de l'armée prussienne, sous les ordres du général comte York, vient prendre ses cantonnements dans le Pas-de-Calais. D'après les arrangements prescrits par le général en chef, une divi- sion d'infanterie de 5,418 hommes et d'environ 500 chevaux sera cantonnée dans l’arrondissement d'Arras et disséminée dans toutes les communes pour y être logée et nourrie par les habitants jusqu'à ce qu'il ait été établi des magasins dans les chefs-lieux d'arrondis- sement. Si la répartition peut se faire également, le nombre d'hommes qui sera envoyé dans chaque commune sera à peu près de 4 à 5 par 100 âmes de population, de sorte qu'une commune de 500 habitants en recevra 20 à 25, mais il arrivera peut-être que faute de pouvoir diviser une escouade ou peloton, quelques communes recevront, par les ordres du général en chef, un contingent un peu plus fort, s'il en est ainsi je solliciterai les moyens de soulager les communes qui seraient surchargées et d'établir des compeasations. Je vous prie de faire vos dispositions pour la réception, le logement et la nourriture de ces militaires qui vous arriveront le 17 ou le 18 de ce mois et que vous devez traiter en amis parce qu'ils appartiennent à une puissance actuellement en paix avec la France. Les vivres qui devront être fournis aux soldats se composeront de deux livres de pain, une demi-livre de viande, une demi-livre de légumes secs ou une livre de pommes de terre, quatre cinquièmes de litre de

06 négligeât rien pour lui faire entrevoir les bienfaits du nouveau régime. Des le 8 avril, en effet, ilavait pris un arrété pour annoncer le licenciement de la légion de police devenue inutile, le renvoi des gardes-champètres daus leurs communes respectives, la suppression de la levee en masse, le retour des gardes nationaux mobilisés dans leurs foyers. Pour les remplacer il ne restait cons- tituée qu'une garde nationale sédentaire chargée de maintenir l’ordre et composée des gens qui avaient, par leur position et leurs qualités, le plus d'intérêt à le de- fendre. On les engageait à se mettre en uniforme, sans les y obliger toutefois, et la nécessité de faire faire des économies à l’Etat se faisant sentir, on les autorisait à se servir de leurs armes personnelles. Le Préfet se char- gea de leur tracer leurs devoirs par une proclamation. Quant à l’armée régulière elle restait aux mains de ses chefs militaires. Le général Maison, qui avait pris le commandement de la 16° division militaire et du corps d'armée, se montrait justement jaloux d'y maintenir la discipline et d'empécher la désertion. (1). Ge fut mème

bière et un décilitre d'eau-de-vie J'aurai l'honneur de vous envover prochainement le tarif pour la table de MM. les officiers de tout grade et pour la ration des chevaux arrêté par le général en chef prince de Schwarzenberg, etc, »

Le Conseil municipal d'Arrus vota les fonds nécessaires pour la nourriture du général prussien et de sa suite.

(1) Dans un ordre du jour il disait: « Soldats, on vous égare en vous portant à la désertion ; il n'y a que des lâches qui quittent leurs postes et abandonnent des chefs qui les ont toujours conduits au che- min de l'honneur. Tuez-nous plutôt que de ne pas rester dans le devoir Plusieurs habitants de Lille ont provoqué à la désertion, qu'ils tremblent ; ils seront considérés comme embaucheurs et fusillés. Le 45 avril des lâches sont sortis de la ville aux cris de: Vive l'Empe- reur ! S'ils désertent, malheur à leurs parents! Le temps de l'indul- gence est passé, etc. »

Ce général fit aussi braquer des canons sur des soldats mutinés.

Ce tut le 18 avril que le drapeau blanc fut arboré à Lille, la gar- nison et la garde nationale prirent la co“arde blanche.

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l’objet d’une proclamation qu’il adressa, le 16 avril, aux officiers, sous-officiers et soldats qu'il avait sous ses ordres (1). |

Le pays n’était donc point livré à la désorganisation, conséquence ordinaire des changements de gouverne- ment. Il semblait, au contraire, que dans nos régions du moins, les depositaires et les représentants de l’auto- rite eussent repris courage à se voir delivres des embarras les avaient jetes les demandes incessantes d'hommes et d'argent des dernières années. Le 7 avril, nous voyons le Préfet du Pas-de-Calais, justement soucieux de faire rentrer dans les caisses publiques:les fonds dont elles etaient complètement dépourvues, adresser à ses admi- nistrés une proclamation pour inviter les contribuables a payer de suite les quatre cinquiemes de leurs imposi- tions (2).

(1) La voici: + Les grands événements qui ont eu lieu vous sont connus, nos serments nous liaient à l'Empereur, l'abdication qu'il a proposée, les vœux de la nation vous en ont relevés, nos devoirs sont remplis, notre honneur est satisfait. Rappelez-vous que nous sommes Français, reunissons-nous à nos concitoyens, présentons tous une réunion imposante qui prouve que la nation française peut essuyer de graves revers, mais ne saurait être détruite Officiers et soldats, nous avons servi fidclement notre ancien souverain, nous servirons celui que la nation vient de choisir. Nous avons conservé cette belle armee à la France; notre tâche est de la maintenir toujours intacte. Des braves et des gens d'honneur comme nous ne sauraient manquer à leurs devoirs les plus sacrés. »

(2) Nous lisons dans cette proclamation: « Vous - venez de voir avec quelle allégresse, avec quelle reconnaissance nous venons d'adhérer à tous les actes du Sénat conservateur. Vous éprouvez comme nous toutes les espérances que fait naïître, tout le bonheur que nous promet le rétablissement de l'antique dynastie des Bour- bons et le gouvernement de Louis XVIII. Montrons-nous dignes de notre monarque en lui offrant le même jour et nos hommages et notre tribut ; car il est urgent que chacun de nous acquitte ses con-

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Mais ces préoccupations, quelle qu’en fût l'importance au point de vue pratique, s’effaçaient alors devant le grand évènement qui se préparait, le retour du Roi, évènement auquel notre département était appelé, tant par sa position géographique que par ses vieux instincts monarchiques, à prendre la première part. Des le début, le comte de Castéja, sous-préfet de Boulogne, et le baron d’Ordre, chef de la cohorte urbaine, s'étaient joints à la députation envoyée par le Senat à Hartwell, pour notifier au royal exile son rappel au trône de ses pères. C'étaient les premiers Français qui le saluaient du titre de Roi. On juge de l’accueil qu'ils reçurent et de l’intérét qu'on prit à s'informer d’eux et de l’état des esprits en France. De retour à Boulogne, le 16 avril, le comte de Castéja rapporta tous les détails de son entrevue avec le Roi, les paroles de paix et de conciliation qu’il en avait reçues, l'intention formellement exprimée de respecter toutes les gloires, d'effacer le souvenir des luttes passées, de faire refleurir le commerce au régime de la liberté. Tous les cœurs s’ouvraient à l'espérance. Un grand nombre de voyageurs traversaient le détroit et répandaient au retour les récits et les nouvelles propres à exciter l'en- thousiasme des populations. Le capitaine Roff, écrivant au sieur Lecoat de St-Haoven, commandant des forces militaires de Boulogne, lui annonçait que le Roi avait obtenu la délivrance des prisonniers français internés en Angleterre et lui faisait entrevoir le trés prochain débarquement de Sa Majesté. Mais un retard survint, et ce fut seulement le 20 avril que Louis XVIIT fit son entree à Londres. Là, il se trouvait à quelques heures de la France. Cherbourg, Dunkerque et Calais se disputaient

tributions pour les besoins de l'Etat. Jamais souverain ne montra plus de confiance dans son peuple, jamais peuple ne se montra plus digne de celle de son Roi. »

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l'honneur de le recevoir tout d’abord. M. Chubourg, chef de la maison royale, allait se rendre à Hartwell pour étre fixe sur ce point, quand une lettre de Londres, écrite par St-Haoven, fit savoir au Prefet que le débar- quement aurait lieu à Calais (1). C'était prévu, et depuis plusieurs jours déjà, le baron Brenier, commandant la 16° division militaire à Lille, averti par le Ministre de la Guerre, s'était concertée avec le baron de la Chaise pour qu'à Calais, Boulogne et Montreuil le Roi trouvât sur son passage des forces militaires imposantes. La chose ne laissait pas d'offrir quelques difficultés. D'une part, on se défiait des sentiments des régiments de ligne demeurés attachés au régime disparu, et le baron Brenier fut d'avis de ne leur emprunter que quelques détachements d’elite pour former des escortes; de l’autre, on sentait l'importance d’écarter les troupes alliées dont la présence sur le sol français à pareil jour ne pouvait qu’assombrir la joie publique. Ge général dut méme

(1) Voici cette lettre : « Londres, 21 avril Mon général, je viens de voir Sa Majesté dont l'accueil paternel m'a attendri jusqu'aux larmes. Le roi partira de Londres samedi ou dimanche pour débar- quer à Calais et viendra coucher à Boulogne, à l'hôtel de la préfec- ture maritime. En citant à S. M. l'impatience avec laquelle on l'attendait, je ne lui ai pas laissé ignorer l'empressement qu'on avait mis à disposer des logements sur son passage. Je lui ai annoncé que l'allégresse dont il serait témoin le convaincrait mieux encore que moi de l'ivresse de tous ses peuples. M. le duc de Blacas doit me remettre demain la liste des personnes à loger, et il m'a chargé de vous dire qu'au lieu de 80 chevaux il en faut 120 sur toute la route. En passant à Rochester j'ai demaudé officiellement au com- mandant de la marine la liberté des prisonniers français détenus dans les pontons en représailles de la liberté que j ai fait donner aux prisonniers anglais à Boulogne, Calais et Dunkerque. Je vous prie d’en informer vos administrés. Demain soir, en passant à Rochester, je m'y arrêterai eneore pour cet objet. »

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écrire à ce sujet au général York pour qu’il donnût des ordres en conséquence. Et ce fut sur la présence de la garde nationale qu'on compta pour former au Roi une marche triomphale ; on lui adjuignit pour l'escorte des gardes d'honneur organisées par les Sous-Préfets de Boulogne, Montreuil et St-Pol (1).

Le débarquement du Roi s’effectua donc à Calais le 23 avril (2). Il était accompagne de la duchesse d’Angou-

(1) M. Morel, licencié en droit, inspecteur des contributions et du cadastre à Avignon, écrivit au Préfet, le 18 avril, pour « obtenir l'insigne faveur d'aller au-devant du Roi. » Il disait qu'il était le neveu et le compagnon de l'abbé Proyart et l'enfant moral de l'au- teur de la Vie du Dauphin et du Punégyriste de la maison de Bour- bon, mort en rappelant les vertus du meilleur des rois. Le baron de la Chaise lui répondit que si cela dépendait de lui, 1l pouvait consi- dérer sa demande comme accueillie.

(2) Voici comment le Moniteur raconte l'arrivée de Louis XVII]: « Depuis avant-hier la ville de Calais est la plus heureuse des cités. Elle possède le meilleur, le plus vertueux, le plus respectable des Rois. Nous n'essayerons pas de peindre les transports de ses habi- tants. Qui pourrait donner une juste idée de ce que les cœurs ont éprouvé d'émotion, d'attendrissement et d'allégresse ? Longtemps avant que le vaisseau chargé de l'auguste dépôt sortit du port de Douvres, la ville entière était attentive au signal qui devait annoncer le départ. Les rivages de la mer, les remparts, tous les points élevés étaient déjà couverts d'une foule d'habitants auxquels s'étaient joints ceux des villes et des campagnes voisines. Enfin le canon se fait entendre, il était une heure, et à l'instant, comme s'il eût été possi- ble que les sept lieues qui séparent Douvres de Calais fussent tra- versées aussi promptement que la Seine, vous auriez vu se précipiter vers le port le reste de la population, tant elle craignait d'arriver trop tard, Bientôt après on découvre à l'horizon huit vaisseaux de ligne et un grand nombre d'autres bâtiments. Toutes les voiles étaient déployées et cette escadre s'avançait avec rapidité, c'est alors que les diverses autorités gagnèrent la grande jetée de pierres, lieu désigné pour le débarquement, Le cortège se trouvait embelli

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lème, du duc de Bourbon et du prince de Condé. Le duc de Clarence, qui l’avait amené, le quitta aussitôt en vue de la rade. Les feuilles publiques et les écrits du temps

par quarante demoiselles vêtues uniformément et chargées d'offrir à Mae la duchesse d'Angoulême les hommages et les vœux de toutes les dames de Calais Une musique nombreuse ouvrait la marche et faisait surtout retentir l'air chéri des Français: Vive Henry 1V! Les fonctionnaires arrivèrent sur la jetée s'étaient également rendus plusieurs officiers de la garnison ainsi que l'état-major de la place. Cependant les vaisseaux approchaient de la rade, ceux d'entre eux qui composaient l'escorte s'arrôtèérent en faisant un salut de toutes leurs batteries. Un bâtiment léger est en avant; un autre, plus considérable et magnifiquement orné, le suit de près... Il porte les destinées de la France, et bien qu'aucun danger ne le menace, une agitation involontaire se manifeste parmi tous les spectateurs. Enfin il double la jetée et entre dans le port et deux heures seulement s'étaient écoulées depuis son départ. Que les témoins de cette arrivée redisent l'émotion dont on fut saisi en voyant cet immense vaisseau s’avancer avec une vitesse presque inquiétante. Il s'arrête comme retenu tout à coup par une force invincible et nous nous écrions tous: Le voilà! C'est lui! Le voilà, le Roi! Vive le Roi! Vive Madame! Vivent à jamais les Bourbons ! Le canon de tous les forts, le son de tous les instruments répondaient à ces cris poussés jus- qu'aux cieux. Le Roi s'était fait reconnaitre, il avait ôté son cha- peau, et levant les veux vers le ciel et portant la main droite sur son cœur, il remerciait ardemment Celui qui règle les destinées des peuples et des rois. !l porte ensuite les regards vers nous et nous tend les bras. Nos cris, nos gestes répondent À ce cri de tendresse d'un père qui retrouve ses enfants après de longues souffrances, Tous les yeux répandent des larmes, des sanglots se font entendre, l'attendrissement est à son comble, on se trouble, on se mêle, et ce désordre ajoute encore à ce que cette scène a de touchant. À ses traits pleins de grâce, on reconnaît la duchesse d'Angoulême. On reconnait le prince de Condé et le duc de Bourbon. On espérait que le duc de Clarence aurait accompagné le Roi, on voulait remercier en lui le gouvernement qui, pendant nos orages, a recueilli en son sein la tige sarrée des Bourbons pour nous la rendre quand la

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nous ont conservé, trace dans le stvle emphatique de cette époque, le tableau du délire enthousiaste de la foule. Le programme des fétes était à peu pres le mème

France serait digne de la posséder. Mais le duc, parvenu à la rade, fait ses adieux au Roi et nous ne pouvons lui témoigner nos senti- ments envers cette généreuse nation devenue pour toujours notre amie Notre monarque, comme un ange de paix, rapproche tout à coup deux nations en guerre depuis tant d'années sans qu'aucun traité ne consacre leur réconciliation. Le Préfet, le Sous-Préfet, le Maire et le Corps municipal montent sur le vaisseau et adressent des discours auxquels le Roi répond. la duchesse d'Angoulème reçoit ensuite les dames avec une grâce infinie. Klle place sur son cœur des lys qui lui sont présentés. Louis XVIII met pied à terre, Français et Anglais crient: Vive le Roi! Le Roi. la duchesse, le prince de Condé et le duc de Bourbon montent dans une calèche. Seize Calaisiens élégamment habillés se présentent et traînent la voiture. Non loin de se trouve un nombreux clergé, Le curé. longtemps expatrié pour la plus sainte des causes, les yeux mouillés de larmes, prononce un patriotique discours. Le Roi lui répond: « Après plus de vingt ans d'absence le Ciel me rend mes enfants, allons le remercier dans son temple. » Le cortège s'avance entre deux haves de la garde nationale et de troupes de ligne. Il remonte les quais, tous les vaisseaux sont pavoisés, les rues sont sablées et jonchées de feuillages, mille drapeaux blancs, la plupart ornés de fleurs de lys, sont suspendus aux maisons revêtues de tentures. Les fenêtres Gtaient garnies de femmes, toutes en blanc, agitant leurs mouchoirs et laissant tomber des fleurs. Ce n'était pas une marche triomphale mais une fête de famille. Arrivé à l'église, on chante un Te Deumn, le Roi est conduit au chœur sous un dais. Le recueil- lement du Roi, de la duchesse et des princes impose le silence le plus religieux. Le Roi rentre chez lui, recoit les autorités. I} dit que depuis Philippe de Valois, les habitants de Calais n'ont jamais cessé de donner à leurs souverains des preuves de leur amour et de leur fidélité, qu'il comptait sur leur attachement comme ils pouvaient compter sur sa protection. À une autre personne 1l dit: « Je nou- blierai jamais j'ai versé mes premières larmes de joie » ; à une autre encore il dit que s'il a débarqué à Calais plutôt qu à Dunkerque

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que celui dont nous avons vu, quelques pages plus haut, saluer la marche de Napoléon: Te Deum, banquets, illu- minations, réception des autorités. À Calais, le souvenir des six bourgeois qui, sous le régne de Philippe de Valois, s'étaient sacrifiés pour conserver cette ville à la France prèta à d'heureuses allusions de la part du Roi. Un tonnerre d’applaudissements les accueillit. Parfois la forme des louanges pourrait paraitre exagérée. Telle, la proposition que fitun Calaisien de placer à l’endroit le Roi était descendu une plaque de bronze avec l’em- preinte d’un pied (1). Le Préfet, le 26 avril, rendit compte au Ministre de l'Intérieur de l’arrivée du Roi (2). Ce

c'est pour être plus tôt en France. Aux frères, il dit: « Faites de bons chrétiens et vous aurez fait de bons Français. » Il reçoit et accueille les demandes. La garde nationale fait le service intérieur. Un Calaisien propose de placer, à l'endroit le Roi est descendu, une plaque de bronze avec l'empreinte d'un pied, vis-à-vis un monu- ment simple, avec une inscription rappelant l'arrivée du Roi. Ce monument perpétuera moins le souvenir de ce séjour que le récit que d'âge en âge les pères en transmettront à leurs enfants. Le Roi y consent, Le duc d'Havré, dont la maison a toujours protégé Calais, souscrit des premiers. »

(1) On décida, en souvenir du débarquement du Roi, d'élever à Calais une colonne en marbre d'ordre dorique de 30 pieds de haut ; on devait placer sur une face les armes de France, sur les trois autres des inscriptions rappelant les circonstances du retour de Louis XVHE Elle devait ètre surmontée d'un globe avec une fleur de lvs. M. Hobaque, architecte à Calais, en fit les plans.

(2, Voici sa lettre: « V. E. est déjà sûrement informée de la bienheureuse arrivée de notre auguste monarque Louis XVIII. J'aime à lui répéter qu'elle a été reçue avec une allégresse qu'il est impossible d'exprimer. Nous n'avions tous pour interprètes de nos sentiments que des larmes d'atendrissement qui coulaient de tous les veux, ceux mêmes de S. M. en laissaient échapper, et des paroles entrecoupées lui laissérent facilement deviner ce qui se passait dans tous les cœurs. Ces harangues presque mucettes ont paru lui être

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même jour, à une heure de l’apres-midi, le Roï partit pour Boulogne, il arriva vers quatre heures et demie (1). Le comte de Ste-Aldegonde y commandait la

plus agréables que tous les discours que nous nous proposions de lui adresser. C'est à bord du yacht du roi d'Angleterre que S M. a daigné recevoir les autorités civiles et militaires avec l'extreme bonté qui le caractérise. Nous admirions à ses côtés la fille de Louis XVI, Madame, nos princes de Condé et de Bourbon et leurs plus fidèles serviteurs. En quittant son bord, S. M. a été conduite au temole pour unir ses actions de grâce à celles que nous offrions tous à Dieu qui rendait son roi à la France et la France à son roi. La ville de Calais, fière de recevoir Louis XVIII, s'est montrée digne d'un pareil bonheur, et toutes les villes de ce département que S. M. doit honorer de sa présence s’efforceront de lui prouver également et leur amour et leur reconnaissance. » :

(1) Nous copions dans l'Histoire de Boulogne, de MM. d'Haute- feuille et Besnard, le récit de cette réception : « Dès le matin la ville était parée comme aux grands jours. Le drapeau blanc flottait à toutes les fenêtres comme au-dessus des édifices publics Les rues étaient tendues de blanc, le sol était jonché de fleurs et de verdure. Des légendes, d'ingénieux emblèmes alternant çà et là; la foule se portant en hâte au-devant du cortège royal. Deux tentes magnifique- ment ornées avaient été dispostes à quelques pas de la Porte-Neuve. Ce fut que se réunirent les autorités, les chefs militaires, le clergé, les dames et les demoiselles chargées de complimenter la duchesse d'Angoulême, les matelottes et les divers corps de métiers portant leurs bannières professionnelles.

» Vers quatre heures de l'après-midi la garde d'honneur, com- mandée par le comte de Ste-Aldegonde qui s’était porté à la ren- contre du souverain et au retour précédait le cortège, annonça l'approche du Roi. Presqu'aussitôt les voitures parurent au sommet de la butte des moulins. Le canon se fit entendre de toutes parts au- tour de la ville, chacun prit place au-devant des tentes et la voiture du Roi s'arrêta. Près de Louis XVIII était la princesse royale, l’or- pheline du Temple, dans les autres voitures se trouvaient le prince de Condé, le duc de Bourbon, plusieurs hauts personnages et une suite assez nombreuse, Le Roi fut harangué d'abord par le Sous-

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garde d’honneur. L'Evèque d’Arras y attendait depuis deux jours avec le comte de Montmorency. Revêtu de ses ornements pontificaux et entouré de son clergé, il se porta au devant du cortège, à cent pas de la ville, et se

Préfet, puis par le Maire qui lui remit les clés de la ville. En les recevant de la main de M. Menneville, Louis XVIII lui dit: « Ces clés sont vierges, vous les présentez au souverain qui seul ait le droit de les recevoir, je les accepte. » Le colonel Ramand, comman- dant d'armes, présenta également au Roi les clés de la place. De leur côté, les dames boulonnaises complimentérent la duchesse d'Angou- lème et lui offrirent des fleurs. Quand les présentations eurent été terminées, il se trouva que les chevaux de la voiture royale avaient été dételés spontanément par des citoyens jaloux de conduire eux- mêmes le souverain à son entrée dans la ville de Boulogne. On se rendit directement à l'église Saint-Joseph, on chanta le Te Deum, puis le cortège se remit en marche jusqu'à la préfecture maritime, située, 8, rue des Vieillards, descendit le Roi. La duchesse d'Angoulême alla loger chez le maire, au palais impérial. Elle remercia la garde d'honneur placée pour veiller la nuit, disant: « Je suis au milieu des bons Boulonnais, leur amour est ma meilleure garde » La réception des autorités locales et des députations des vilies et communes voisines eut lieu immédiatement ; le Roi répon- dant à chacun avec bienveillance et avec cet art difficile de l'à-propos qu'il possédait à un si haut degré : le souverain se doublait d’un homme d'esprit. Le Roi, voyant la cocarde blanche que le maréchal Moncey avait à son chapeau, lui dit : « Monsieur le Maréchal, cette cocarde met le comble à vos lauriers. » Le maréchal, touché, s'étant baissé pour baiser la main du Roi, celui-ci, ouvrit les bras et lui dit: « C'est dans mes bras que je veux vous recevoir, embrassons-nous. »

» Le soir il v eut fête à la sous-préfecture et à l'ancien évêché, illuminations partout. Le lendemain matin, après avoir reçu une seconde fois les principaux tonctionnaires de la cité et les avoir remerciés de l'accueil enthousiaste dont il avait été l'objet, le Roi tut escorté par la garde nationale et la population jusqu'à la limite de la ville de Boulogne, l'on avait élevé un arc de triomphe. La garde d'honneur l'accompagna jusqu'à Montreuil.

» À l'arrivée et au départ il y eut des salves d'artillerie, et de

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présentant à la portière du carrosse, il lui présenta dans les termes les plus chaleureux ses félicitations et ses vœux. De on devait se rendre processionnellement à l’église. La duchesse d’Angoulème et les princes mirent pied à terre. Quant au Roi, comme ses infirmités lui ôtaient l’usage de ses jambes, il resta dans son carrosse, et le dais sous lequel il eût prendre place suivit immédiatement, précédant l’Evêque qui fermait la pro- ‘cession. Arrivé à l’église au chant des psaumes, le Roi fut transporté sur le trône qui lui avait été préparé. Les chants liturgiques les plus appropriés à la circonstance, tels que l’antienne de Pâques: ZZæc dies, le psaume Exaudiat avec son verset final Dosmnine salrumm fac Regein furent exécutés en grande symphonie. L'évéque, aprés avoir donné la benédiction pontificale, se trans- portant aupres du trône, attira l’attention du Roi sur la chapelle de la Vierge miraculeuse de Boulogne à laquelle ses prédécesseurs étaient maintes fois venus rendre hommage. L'emotion était à son comble. Quand, au sortir, le cortège se reforma pour se rendre au château, les chevaux du carrosse royal etaient dételés et des jeunes gens de familles notables de la ville les remplaçaient. Le soir méme l’Evéque fut invité à s'asseoir à la table du Roi, à côté de Mr la duchesse d'Angoulême, qui tenait, avec le duc de Bourbon, la droite de Sa Majeste.

grand matin la foule attendait le départ du Roi qui se montra plu- sieurs fois à la fenêtre. »

Le Conseil municipal fit publier le récit du passage de Louis XVIII à Boulogne, et quelque temps après une députation de cette ville s'étant présentée aux Tuileries, le Roi lui dit: « Je reçois avec grand plaisir l'expression de vos sentiments, je sais que la ville de Boulogne est une des premières qui se soit déclarée pour moi. Je n'ai point oublié qu'elle est venue me chercher en Angleterre ct surtout la honne réception qu'elle m'a faite, elle peut compter sur mes SuINns. »

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Aprés le diner, le Prélat demanda à l’Archevèque de Reims la permission de remettre au Roi sa décoration de la Légion d'Honneur. Le lendemain il lui présenta son clergé, et il est permis de croire que les protesta- tions d'amour et de fidélité furent cette fois plus sincères que celles qu'on avait prodiguées précédemment à celui en qui on s'était trop hâte de reconnaitre le restaurateur de la religion et de la patrie. En prenant congé du Roi, Mgr de la Tour lui demanda la faveur d'assister à son sacre. Louis XVIII répondit évasivement qu'il aurait toujours grand plaisir à le voir (1).

(1) L'Evêque d’Arras fit imprimer la partie religieuse de la récep- tion de Louis XVIII à Boulogne; en voici un extrait: Le comte de Montmorencÿ fit célébrer dans l'église de la haute ville, Le 24 avril, une messe d'actions de grâces pour l'heureux débarquement du sou- verain à Calais; le lendemain il fit dire une seconde messe pour obtenir au Roi et à la famille rovale un heureux voyage. L'Evéque et les autorités assistèérent à ces deux cérémonies. Le 26, à 3 heures de l’après-midi, Mgr de la Tour-d'Auvergne, revêtu d'ornements pontificaux blancs, assisté de M. Mathon, vicaire-général à Boulo- gne, et de M. Roche, doyen de St-Nicolas, précédé de ses acolytes portant la mitre, la crosse, le bougeoïir et le livre, et d'un clergé nombreux, tous revêtus de surplis à la parisienne, de deux chantres et des enfants de chœur, sortit de l'église St-Joseph et se rendit processionnellement au-devant du Roi, à cent pas de la ville, en chantant le psaume : Misericordiam Domini in œternum cantabo

A l'arrivée de S. M , l'Evêque se présenta à la portière du carrosse et adressa le compliment suivant: « Sire, le retour de S. M. dans l'héritage de ses pères est pour nous véritablement le jour des misé- ricordes divines, le jour que le Seigneur a fait : il sera le sujet conti- nuel de notre joie et de nos actions de grâce ; avec lui commencera un nouvel äge et cette brillante et heureuse époque de notre histoire, monument sensible de nos malheurs, prouvera à nos derniers neveux qu'au milieu du renversement de tous les principes les Français savent conserver des cœurs fidèles et dignes de Ÿ. M. Nous vous supplions, M., de daigner agréer avec bonté l'hommage res-

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De Boulogne, la marche du Roi se continua sur Abbe- ville, le 27, puis sur Amiens, le 28, et de là, le 29, sur Compiègne l’attendaient tous les souverains de l'Eu- rope, heureux de lui voir venir reprendre sa place au

pectueux et sincère des sentiments délicieux qui nous animent et de ne voir en nous comme en nos diocésains que des enfants qui sen- tent tout le prix d'avoir enfin retrouvé leur père. Sire, en voyant V. M.. l'Eglise de France jette ses longs habits de deuil pour se parer des vêtements de son ancienne gloire et je dirai presque: Nunc dimittis servum tuum quia viderunt oculi mei salutare tuum.»

S. M., qui avait à ses cotés la duchesse d'Angoulême, fut touchée jusqu'aux larmes et répondit en joignant les mains et en élevant les yeux au ciel : « J'admire et je bénis la divine Providence. je compte sur son secours comme sur les prières du clergé, j'en ai grandement besoin dans ma situation. »

Le Prélat, après avoir pris les ordres du Roi, le conduisit proces-

sionnellement à l'église; le dais fut placé entre le carrosse du Roi et le Prélat qui terminait la procession. Louis XVIII ne put se rendre à pied à l'église parce qu'il souftrait de la goutte. On chanta pen- dant le trajet les psaumes: In convertendo dominus captivitatem suam facti sumus sicul consolati et Benedictus dominus qui visitavit et fecit redemptionem plebi suæ. Arrivée à l'église, S. M. descendit et le Prélat lui présenta le goupillon, donna l’eau bénite par asper- sion aux autres personnes et encensa S. M. Puis il entonna l'antienne de Pâques : Hæc dies quam fecit Dominus. S. M , accompagnée de la duchesse d'Angoulême, des princes et suivie des gentilshommes de sa maison, fut conduite par le Prélat au throne qu'on lui avait préparé, l'Evèque lui fit une profonde salutation et se rendit à l'au- tel, sur la plus haute marche du côté de l'épitre et, ayant tourné la face devant le Roi, il chanta les prières prescrites par le pontifical. S. M. resta à genoux, priant avec ferveur. On chanta ensuite le psaume Eraudiat et le verset Domine salvum fuc suivi du vivat in æternum ! en grande symphonie. Pendant ces prières, Louis XVIII s'assit, la princesse resta à genoux, les princes se tinrent debout. La duchesse d'Angoulême fondait en larmes, le Roi et toute sa cour étaient profondément émus. Mgr de la Tour d'Auvergne termina

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milieu d’eux. Mais, si le cadre de cette étude ne nous permet pas de le suivre au-delà des limites de notre departement, il n’est pas sans intérêt de jeter un coup d'œil sur la trace brillante qu'y laissa son passage et

cette cérémonie vraiment auguste par la bénédiction pontificale qu'il donna la tête découverte, en commençant par le Roi. Après quoi il se transporta au throne de S. M. et, lui montrant la chapelle de la Vierge de Boulogne, il lui dit: « Sire, c'est à cette vierge miraculeuse que les rois, vos prédécesseurs, vinrent toujours faire hommage de leur couronne à leur avènement au throne. » Le Roi se recueillit un instant et fit sa prière à la reine du ciel. Le Prélat, après avoir pris les ordres du Roi, entonna le Te Deum, puis on conduisit processionnellement S. M. jusqu'au château qui lui avait été préparé. Le Roi remonta dans sa voiture qui fut trainée par des jeunes gens très bien mis et des plus honnêtes familles de la ville. La princesse et les princes suivirent à pied derrière l'Evêque et en avant du dais qui précédait le carosse de S M. Quand on fut arrivé au château, le Prélat salua profondément et se retira processionnel- lement à son église de la haute ville en continuant le Te Deum.

Le lendemain, 27 avril, à 9 heures du matin, l'Evêque présenta au souverain les ecrlésiastiques qui avaient assisté à la cérémonie de la veille et dit à Louis XVIIT: « Sire, mon clergé n'oubliera jamais la faveur que S. M. daigne lui accorder en lui permettant de déposer à ses pieds l'hommage respectueux de sa fidélité et de son dévouement. Il n'est aucun des membres du clergé de mon diocèse qui ne s'estime heureux de vous faire le sacrifice de sa vie s'il le fallait. » S. M. répondit : « Je reçois avec plaisir vos témoignages de dévouement ; je me recommande à vos prières. » Le Prélat pré- senta ensuite les religieuses hospitalières et parla de leur zèle et de leur immense charité. Le Roi leur dit: « Mes sœurs, à l'exemple de notre divin maitre vous avez souvent l'occasion d'exercer votre charité envers les malheureux, tâächez par votre bonne vie et par vos prières d'appliquer sur toutes les plaies le baume du Samaritain. » L'Evêque ayant présenté les frères des écoles chrétiennes, le Roi répliqua à la harangue du frère directeur en disant qu'ils s'appli- quassent à former de bons chrétiens et qu'il les assurait de sa pro- tection.

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dont le baron de la Chaise rendit compte au Ministre de l'Intérieur le 26 avril 1814. Passons rapidement sur les solennités populaires et bruyantes, salves d'artillerie dans toutes les places fortes, Te Deuin dans toutes les églises, demandés par le Roi et organisés le dimanche suivant par le concours des autorités religieuse, civile (1) et militaire qui ordonnèrent de tirer 100 coups de canon pendant la cérémonie. Ces cérémonies se renouvelerent le mois suivant, sur la demande du Roi (?).

(1) Le Préfet écrivit à l'Evêque, le 30 avril: « Monseigneur, vous avez sûrement l'intention de remercier le ciel, qui nous a rendu notre bon roi, par an Te Deum solennel, je vous prie instarmment de me dire si vous avez reçu des ordres pour cette cérémonie religieuse ou si vous céderez à vos aspirations comme à celles de tous les Français, en nous réunissant le plus tôt passible aux pieds des au- tels ! Veuillez alors me faire connaître quel jour et à quelle heure afin que je prévienne toutes les autorités qui s'empresseront de sy rendre, etc. »

(2) Il disait dans sa lettre aux évêques : « La divine Providence a permis notre retour dans la capitale de nos Etats elle nous avait ménagé les plus douces consolations. Nous y avons trouvé nos sujets disposés à rentrer dans les principes de respect à la religion, d'obéissance aux lois et de fidélité au Roi, qui ont pendant tant de siècles signalé leurs pères. Nous rapportons un tel et si beureux changement à celui qui tient en ses mains les destinées des rois et des peuples et nous voulons qu'il lui en soit rendu de solennelles actions de grâces. »

Mgr de la Tour d'Auvergne ordonna ces prières par un mande- ment du 17 mai 181%, qui commence par ces paroles que prononça Bossuet dans l’oraison funèbre de Marie-Thérèse d'Autriche, reine de France : « C'est Dieu qui donne les grandes naissances, c'est lui qui dit à Abraham: les rois sortiront de vous, et qui fait dire par son prophète David : le Seigneur vous fera une maison. Dieu a préparé dans son conseil éternel les premières familles qui sont la source des nations ; il a aussi ordonné dans les nations les familles parti- culières dont elles sont composées, mais principalement celles qui

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Nous anticiperons de quelques années pour trouver au concours de poësie de 1822, le Retour de Louis le Desiré, proposé comme sujet par la Société royale pour l’encouragement des sciences, des lettres et des arts d'Arras. Les termes dans lesquels s’exprime l’abbé Herbet, rapporteur du concours, sont un curieux et véri- dique témoignage de l’état de l'opinion qui régnait alors dans le département : « De tous les sujets, dit-il, qui peuvent ouvrir un vaste champ à l’émulation des muses françaises, je n'en vois guëre de plus inspirateur que celui-là. Qu'on se figure, en effet, notre belle patrie, veuve de ses rois, échappée avec peine et toute sanglante des mains de l'anarchie pour retomber sous le glaive d’un despote. En vain la liberté et la gloire, fuyant nos

devront gouverner ces nations. C'est par la suite de ces conseils que Dieu a fait naître la puissante et très chrétienne Maison de France qui seule dans l'univers, après 800 ans d'une royauté établie, est en possession du royaume le plus illustre qui fut jamais sous le soleil. » L'Evèque dit ensuite que la France va retrouver la tendresse de Louis XII et les qualités du bon Henri, étouffant la voix du res- sentiment. Après avoir rappelé les malheurs de notre pays, il ajoute : « Il ne faut pas être trop impatient de voir cicatriser toutes les plaies, la France s'est lassée dans les voics de l'iniquité et, dégoûtce par une cruelle épreuve de la manie des révolutions et des principes irréligieux, elle sent le besoin du repos. Qu'ils cessent donc d'agiter la France ces hommes inquiets et sans consistance, frondeurs par habitude, qui ne révent que conjuration. Rallions- nous autour du prince, assez de sang a coulé sur la France. Le Roi ne vengera pas les injures faites au duc d'Orléans. » 1l vante ensuite la noblesse et la grâce de son accueil, la bonté qui se peint sur sa personne; « méditez les paroles qu'il fait transmettre par son mi- nistre... 11 faut que la chaire évangélique reprenne son ancienne liberté. » [l peint la joie de l'Eglise romaine qui va quitter ses habits de deuil et de l'Eglise de France qui va se consoler de ses sbaissements, Il termine en demandant à Dieu de convertir les dé- tracteurs de la puisssance du Roi.

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cités désolées, s'étaient réfugiées au milieu des camps. Puissante, redoutée, invincible au dehors, la France était reine du monde, elle n’était pas heureuse car elle était épuisée de sang et de trésors... Le vaisseau de l’Etat fut à deux doigts d'un naufrage, Louis se montre et la France est sauvée. Sous l'égide d’un bon roi nos plaies se cica- trisent, la joie, l’industrie, les beaux-arts reparaissent avec lui. Le laboureur cultive en paix son champ et voit sans crainte les volcans fumer au loin. »

Puis, parlant du grand nombre de concurrents qui se sont présentés dans l'arène, il ajoute: « Plusieurs sont devenus poëtes par cela seul qu'il s'agissait de chanter les Bourbons. Mais il ne suffisait pas d’une inspiration ordinaire, c'est ce qui devint pour plusieurs l'écueil de leur succes. » Il termine en disant: « Déjà, pour perpe- tuer le souvenir de cette époque chérie, la patrie recon- naissante a élevé à Calais un monument glorieux qui périra un jour, l'airain et le bronze s’en vont en poudre, les beaux vers restent seuls et feront passer à l’immor- talité, avec le nom des Auguste qu'ils célébrent, celui des Virgile et des Horace qui les ont chante.» Le profes- seur de philosophie du collège d'Arras avait raison de dire que le monument de Calais périrait, mais était-il également prophète en promettant l’imimortalite aux poèmes du concours ? c’est plus douteux. Les concurrents furent au nombre de quatorze. Une médaille d'or fut décernée à M. Hyacinthe Corne, âgé de 20 ans, étudiant en droit (1), et son poeme fut imprimé dans les Memotres

(1) Il avait pris pour devise de son poème : Pirdeunt salurnia rrqna (Virgile). Il commence ainsi :

O muses de l'Artois nos chants patriotiques

Ont redit les hauts faits de nos héros antiques,

Ont célébré ces temps, fier de ses remparts, Bouclier de la France et écueil des Césars,

L'Artois a vu souvent des légions lointaines

Du Danube et du Tage arriver vers ses plaines, Trop faibles ennemis, présomptueux rivaux

Qui, nous portant des fers, ont trouvé un tombeau.

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de l’Acadernie (1). MM. Cartelier de Macon (2), Beauvoi- sin, professeur en Normandie (3), Lepelletier de Clary,

t uis il décrit l'arrivée de Louis XVII :

Un point sur l'horizon, une voile, un drapeau, C'est le drapeau du lvs. à fortuné vaisseau ! Que ne puis-je pour toi courber l'onde docile Et häter vers le port ta course plus agile.

Après avoir parlé de

L'échafaud promenant sur la France Des tyrans plébéyens la féroce insolence, De ses temples détruits, Dieu lui-même chassé.

Il ajoute :

Reviens, noble Bourbon, bienfaiteur désiré, Reviens cicatriser notre sein déchiré.

Il termine ainsi :

D'où partit le rayon de la nouvelle aurore

Qui, pour nos yeux charmés aujourd'huy, brille encore ? Le vicillard à ces mots nommera l'Artois.

Îl chérissait ce nom et sans doute quelques fois

De Culais immortel visitant le rivage,

Ils diront c'est ici que descendit le sage.

(1) M. Corne devint conseiller à la Cour royale de Douai, puis, après 1830, président du tribunal civil de cette ville, député et pro- cureur général en 188 Il est l'auteur d'ouvrages d'histoire et de littérature.

(2) M. Cartelier est sévère pour Napoléon :

Ainsi lorsqu'un soldat, fier de quelques exploits, Siégrait insolemment au throne de ses rois,

Ou, lorsqu'au prix du sang. achetant la victoire, Sur le nombre des morts il calculait sa gloire, Ou, qu'enlevant aux lys leur espoir le plus beau, Il donnait à d'Enghien, Vincennes pour tumbeau. O France, tes enfants, dans un morne silence, Laissaient de leur douleur s'aigrir la violence...

.(3) Voici comment M Beauvoisin parle de la duchesse d'Angou-

leme :

Heureuse au milieu d'eux, une auguste princesse Captivant tous les cœurs près d'elle réunis, Briile comme une rosz dans un bouquet de lys. Fille du roi martyr, ton âme mugnanime

Offrant dans l'infortune un modele sublime, Invoquant le Seigneur au pied des saints autels Et charmant de Louis les soucis paternels….,

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conseiller à la Cour royale de la Martinique (1), et un anonyme obtinrent des mentions honorables. D’autres

n’eurent pas de succès. La cause en fut sans doute dans leur médiocrité (2).

(1) M. Lepelletier de Clary trace de riants tableaux :

Au seuil de son palais, les jeux, les ris, l'amour Vont du roi bien aimé céiébrer le retuur.

se meut sous l'archet dont le doux son le presse Des quadrilles légers la folätre allégresse

(2) Quelques citations prouveront que leur talent poétique n'égalait pas leur enthousiasme royaliste :

Allez, volez, nos vers l'honneur vous appelle ; Quel que soit le succès, quel que soit le vainqueur, Faites connaître à tous les peines de mon cœur

Et répétez sans fin, pleins d’une ardeur extrême,

A ces Français si tiers : Vive le roi quand mème !.…

Un autre :

O vous, chefs de l'Eglise, âmes dévotes et pures, C'est à vous qu'appartient de faire aussi des cures Et de faire germer dans le cœur des enfants

Cette noble vertu seule garde des sens.

Un autre :

Tous ces soldats français, si fiers enfants de Mars, Accoutumés à vaincre, à braver les hasards,

Dont les cœurs généreux sont toujours véridiques, Font éclater partout ces accents héroïques..

Un autre :

Aux humains, je dirai : Dieu soutient son Eglise ; Elle était aux abois. La porte des enfers, L'ennemi prévalait, son chef était aux fers,

On voyait ce héros que l'univers contemple, Dans Savone, à genoux sur les débris du temple. O promesse! O prodige ! une invisible main

Fait agir les frimas ; surpris dans son dessein, L'ennemi confondu, sans verser une larme,

Voit son sceptre brisé, c'est Dieu qui le désarme.

Un autre, parlunt du Roi :

Son nom seul est pour nous une puissante égide Qui fait tomber la hache et le glaive homicide.

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Mais il est temps de revenir au baron de la Chaise et à son administration. Depuis plusieurs mois, la néces- site de defendre le pays contre l'invasion avait absorbé tous ses soins, et les affaires avaient été négligées. Désormais il s'agissait de faire oublier les maux passés et de faire goûter aux populations les douceurs d’un regime qui leur apparaissait les mains pleines de pro- messes et d’espérances. Mais, nous l'avons dit, la gran- deur même de ces espérances en rendait difficile la réalisation immédiate. À commencer par le service militaire, si l'abus de la conscription l'avait rendue jus- tement odieuse, on ne pouvait la supprimer complète- ment. Dés le premier moment, on renvoya les gardes nationaux mobilisés, les divers corps crées dans laffole- ment de la défense furent licenciés, mais l’armée régu- litre dut rester constituée, singulièrement diminuée qu'elle était déjà par le départ des contingents fournis par les provinces annexées que nous venions de rendre à leurs souverains dépouillés par Napoléon. Sur ces entrefaites, une autorisation imprudemment accordée, le 4 avril, aux militaires de rester sous les drapeaux ou de retourner à leur gré dans leurs foyers, fut mal inter-

Un autre fait intervenir les Calaisiens :

Attiré par l'amour, plein d'un heureux présage, Déjà le peuple en foule occupe le rivage.

Un autre croit devoir se servir de l'allégorie :

Cependant la discorde au fond des noirs abimes Tenant à ce moment registre de ces crimes,

A l'aspect des horreurs et des maux qu'elle a faits, Les yeux affreux brillants de fureur, satisfaits.

Un autre annonce ainsi la fin de la guerre :

Entre l'Europe et nous un envoyé divin S'élevait. À sa voix une vierge sacrée,

Quittant pour mon pays le céleste Empirée,

Sa main fermant aux preux la lice des combats Et joignant sur leurs fronts le rameau de Pallas..,

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prétée. Elle ne s’appliquait qu'aux conscrits qui n’avaient pas encore rejoint leurs corps et aux nouvelles recrues. Tous trouvérent mauvais de n'y pas prendre part, et comine les congés ne purent être obtenus qu’en nombre limitée (1), de fréquentes désertions se produisirent (2). Il fallut prendre des mesures rigoureuses pour les empé- cher. Le baron de la Chaise adressa à cet effet, le 29 avril, une circulaire aux municipalités, leur ordonnant en même temps de recueillir et de faire rentrer dans les dépôts et les magasins de l'Etat les chevaux, armes et habillements abandonnés (3).

De même en fut-il de la rentrée des impôts. Le Roi, à son arrivée en France, avait été recu aux cris de : A bas les droits réunis. Et, comme cette contribution était tres impopulaire, on avait cru pouvoir donner quelques espérances de la voir supprimer; mais bientôt les néces- sités du budget s’imposèérent, et ces droits réunis, qui en constituaient la principale ressource, durent être mainte- nus. Le baron Louis écrivit, le 6 mai, dans ce sens aux Préfets et le Roi lui-même confirma la déclaration le 10 mai. En vain chercha-t-on à adoucir le mécontente- ment en supprimant le décime de guerre et en apportant

(4) On accorda des congés dans la proportion de 10 1/2 p. 4 dans l'infanterie et de 15 p. */ dans la cavalerie, l'artillerie et le génie, pour rendre, disait le décret, à l'agriculture, au commerce et aux arts une foule de braves depuis longtemps sous les drapeaux.

(2) À Arras, 66 hommmes du 11° régiment de hussards quittèrent leur régiment pour retourner dans leur famille, le Préfet charges les Maires de les faire rentrer à leur corps.

Deux soldats du 12° régiment des tirailleurs de la garde, counvain- cus d'avoir été les chefs d'un complot de désertion, furent fusillés à Douai, le 28 avril.

(3) 11 rappela à ce sujet la circulaire du général Dupont, commis- saire du gouvernement provisoire au département de la guerre, eu date du 15 avril 1814.

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quelques adoucissements dans le mode de perception. Aux yeux des gens qui ne réfléchissent pas, et ceux-là forment toujours le grand nombre, le gouvernement parut infidèle à ses engagements. C’en était assez pour le dépopulariser.

Et cependant l’impartiale histoire est bien forcée de le reconnaitre, jamais pouvoir ne se montra tout a la fois plus honnète et plus débonnaire! il le fut trop, peut-être, témoin la circulaire par laquelle le nouveau ministre de la police, M. Anglés, s'empressa de rassurer les acqué- reurs de biens nationaux justement inquiets des bruits malveillants qui couraient sur leur compte et les em- ployés soucieux de conserver leurs places. Le 30 avril on rendit aux fonctionnaires le cinquième qu’on retenait sur leur traitement depuis le 11 mars. À peine quelques mesures inoffensives furent-elles prises, pour faire dis- paraitre les emblèmes du régime tombé (1). Les villes furent autorisées à reprendre leurs anciennes armoiries. Celles d'Arras reparurent l’année suivante, sur un vœu formel adressé au Roi par le Conseil municipal le 8 février 1815. On sait qu'elles tiraient leur origine des premiers comtes d’Artois et remontaient au-delà de saint Louis, dont un frere avait porté ce titre.

Tout adonné à son œuvre de reconstitution adminis- trative, nous voyons le baron de la Chaise porter son attention sur tout ce qui peut en hâter l’accomplisse- ment. Le 15 avril il prend un arrété pour convoquer à bref délai, du 1 au 15 mai suivant, les Conseils munici- paux, ses plus utiles auxiliaires. Le 11 mai, un incendie avant détruit 71 maisons du faubourg de Lizel, à Saint- Umer, ils'empressa de se concerter avec l’'Evèque pour

(1) En attendant qu'on fixät les nouveaux insignes, le Préfet avait demandé, le 15 avril, que les commissaires de police fussent autorisés à porter au bras un large ruban bleu avec franges d'argent,

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organiser des quêtes et des souscriptions en faveur des victimes du désastre. Presque en même temps il faisait appel au zele des fonctionnaires et des maires pour inté- resser toutes les classes de la société, riches et pauvres, à l’œuvre patriotique du rétablissement de la statue d'Henri IV sur le Pont-Neuf (1).

Cependant la question de la réorganisation militaire et financière n’avancait pas. En présence des difficultés insurmontables auxquelles se heurtait le pouvoir civil, il fallut recourir au système inauguré par l'Empereur et nommer dans chaque division militaire un commissaire extraordinaire muni des pouvoirs les plus étendus. Le maréchal Mortier, duc de Trévise, fut envoyé à Lille. Le choix était des plus heureux, et cette fois les recomman- dations du comte Beugnot, ministre de l’Intérieur, adres- sées le 22 avril aux Préfets, sur l’entente à établir entre eux et ces hauts fonctionnaires, se trouvérent superflues. Le baron de la Chaise et le duc de Trévise se connais- saient de longue date. A la proclamation ferme et mode- rée par laquelle le nouveau venu annonça son: intention

(1) Le Préfet adressa la proclamation suivante, le 18 mai 1814, aux fonctionnaires et aux habitants du Pas-de-Calais : « Vous par- tagerez sans doute avec tous les Français le besoin de revoir la statue de Henry IV dont le nom, après plus de deux siècles, n'est jamais prononcé sans attendrissement. Nous sonimes tous disposés à concourir à l'exécution d'un projet aussi favorable à l'expression de nos sentiments; l'offrande du riche et le denier de la veuve auront le même prix aux yeux de notre auguste monarque qui nous rappelle l'adorable bonté du meilleur des rois. » Les Maires devaient recueillir les souscriptions. Un certain nombre firent des proclamations pour les encourager. Celui d'Arras disait: « Le souvenir de ce bon roi est resté dans tous les cœurs, que son image reparaisse À nos yeux. » C'était M. Barhé-Marbois, président à la Cour des comptes, qui était à la tête du comité,

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de faire aimer et respecter l’autorité (1), le Préfet ajouta une Circulaire aux maires pour leur faire considérer COMMe un véritable bienfait l'inauguration d’un système ou » disait.i, chacun recevant ce qui lui était dû, se sen- tirait le devoir de contribuer dans une juste mesure à la prospérité publique (2) et il y ajoute une proclamation aux habitants du Pas-de-Calais (3). Des actes vinrent

(1) Voici cette proclamation : « Nommé par le Roi commissaire extraordinaire dans le Nord et le Pas-de-Calais, je suis fier de sa confiance. Interprète de ses sentiments paternels, j'apporte à tous des paroles de consolation. Le prince auguste que la Providence ramène sur le throne de ses ancêtres, loin d'y apporter aucun res- sentiment, ne veut au contraire se souvenir des torts de personne. On n'aura à craindre de sa part ni vengeance ni réaction d'aucun genre La paix, le commerce, l'agriculture vont revivre sous son règne La conscription ne fera plus couler de larmes. il sera notre père à tous, soyons tous ses fidèles sujets. Déjà il connaît le bon esprit dont sont animés pour sa personne et sa famille les habitants, les généraux et toutes les troupes réunies dans ces deux départe- ments, Que chacun s'empresse de prouver à son Roi, par son amour et son attachement, qu'il s'honore d'être Français et qu'il est digne de l'être »

(2) Voici comment le Préfet annonça aux Maires, le 6 mai, cette nomination : « La mission du duc de Trévise est un véritable bien- fait pour le Pas-de-Calais Le premier soin de S. E est de nous demander l'état de toutes les pertes, de tous les sacrifices pour en rendre compte à Sa Majesté. Mais pour remplir ses généreuses intentions, j'ai besoin de savoir ce que chaque ville, chaque com- mune, chaque habitant a perdu ou donné. Les réquisitions pour

approvisionnements de siège, celles pour l'armée, celles pour les

Prussiens, les pertes occasionnées par l'invasion du corps de Gues-

mar. |] taut des rapports particuliers, car il y a sans doute eu de

grandes inégalités dans les dépenses et les réquisitions. »

(3! La voici: « Avec quelle satistaction, avec quelle confiance

vous venez d'entendre Mgr le duc de Trévise, digne dépositaire des

intentions du meilleur des rois. Montrons-nous dignes de ces dispo-

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aussitôt se joindre aux paroles. Une correspondance des plus actives s'établit entre le Maréchal et le Préfet du Pas-de-Calais. Un questionnaire des plus détaillés, en- voyé par le premier, eut pour but de le renseigner sur tous les points les plus délicats touchant l’état des esprits et les intérêts du pays. Le Préfet y répondit avec la net- teté et la sincérité qui lui étaient habituelles (1). Mais

sitions, non seulement par des hommages, mais prouvons les senti- ments dont nous sommes pénétrés par notre zèle à le servir, par notre empressement à subvenir aux dépenses nécessaires à son gou- vernement. Sa Majesté daigne elle-même nous ouvrir le fond de son cœur par cette déclaration dont chacune des expressions prouve et la sagesse et la bonté. On exigeait, il v a peu de jours, des contri- butions énormes, accablantes, elles étaient cependant payées avec assez d'exactitude, ferons-nous moins pour un roi qui vient de sécher tant de larmes, qui veut réparer tant de malheurs? Non, il suffit que nous connaissions les besoins de l'Etat pour que chaque Fran- çais se fasse un devoir d'v pourvoir. Notre tribut doit avoir le mérite de l'offrande. Et vous jeunes soldats que l'erreur avait éloignés de vos drapeaux, vous qui avez déjà pris place parmi les anciens braves, votre roi yous rappelle, rentrez dans vos rangs, méritez d'étre com- pris dans les congés que S. M, se propose d'accorder à son armée et que le nom de déserteur ne flétrisse plus aucun des militaires du Pas-de-Calais: Fonctionnaires, péres de famille, citovens de toutes les classes réunissons-nous pour prouver au roi qu'il n'a point de sujets plus dévoués, plus fidéles, et justifions par notre manière de le servir le titre si doux que Sa Majesté daigne leur donner en Îles appelant ses enfants. »

(1) Voici un résumé de ce questionnaire et des réponses que M. le baron de la Chaise y fit:

19 Pour l’urmée. Les circonstances permettent-elles de cesser les réquisitiôns ou est-il mieux de répartir entre les habitants du lieu séjournent les troupes la prestation des fonds nécessaires pour faire vivre ces troupes ? Il faudra exiger la soumission, quel que soit le mode employé. Le Préfet ne répondit pas à cette question.

20 Sur l'esprit des fonctionnaires. Indiquer ceux qui abusérent de leur autorité ou qui s'en servirent pour entraver la marche du

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connaitre et découvrir le mal ne suffisent pas à y porter remède. Les désertions continuaient toujours. Des Île 8 mai, le duc de Trévise écrivit confidentiellement au baron de la Chaise qu'il en était effrayé, que la plupart des déserteurs emportaient leurs habillements, leurs armes, emmenaient même leurs chevaux. Il se voyait dans la nécessité de sévir. Il allait envoyer de forts déta-

gouvernement du roi. Il faudra distinguer entre ceux qui agissaient par terreur ou par malveil'ance. Le Préfet répondit qu'il rassem- blait des renseignements à ce sujet. Du reste tous les fonctionnaires lui paraissent dignes de la confiance de Sa Majesté ; ils ont vu le retour des Bourbons avec d'autant plus de plaisir que nous étions tous compromis par la crainte des ennemis qui nous environnaient de toutes parts et nous étions soumis au plus terrible despotisme qui ait jamais accablé l'humanité!

Toutes les personnes arrêtées pour leur attachement à la royauté ont-elles ôté mises en liberté ? Réponse : Il n'existait dans le dépar- tement aucun détenu pour cause d'attachement à la royauté ; on n'osait croire à son retour ; tout ce qui pouvait nous le faire espérer paraissait autant de pièges pour nous livrer à la police générale. Jamais on n'aurait imaginé que nous reverrions Louis XVII par la main de l'Angleterre.

&o On doit cesser toute poursuite contre les conscrits qui n'ont pas rejoint leurs corps, mais les soldats doivent rester sous les drapeaux. Donnez connaissance de ces dispositions. Réponse : C'est exécuté.

Tout préparatif de guerre doit être arrôté. Réponse : C'est fait.

Toute perception d'impôts locaux faite sans autorisation pour l'habillement ou l'armement des gardes nationaux ou conscrits doit cesser, si les dépenses ne sont pas faites ; mais si elles sont à payer continuez la perception. [ie Préfet répondit qu'il enverrait un rap- port spécial.

Veiller à la rentrée des impôts. Pourrait-on modifier les règle- ments qui régissent les droits réunis Réponse : Les ordres sont donnés pour la rentrée des impôts ; mais la présence des armées étrangères est une grande charge pour les cultivateurs, aussi les circonstances sont difficiles.

Quel est l'état des routes ? que pourrait-on y faire ? Réponse :

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chements de gendarmerie dans les communes pour prêter main-forte à la force locale et aux autorités civiles. Deux jours apres il recevait la réponse officielle du Prefet. Celui-ci était disposé à en faire autant, recon- naissant l’inutilité des exhortations paternelles et de la publicité donnée aux ordonnances et décrets contre les déserteurs (1). Enfin le gouvernement alla jusqu’à faire

Elles sont assez bonnes, pourtant les entrepreneurs chargés de l'en- tretien sont en avance, car on a interrompu les paiements de ce que l'on leur devait.

96 Les troupes prussiennes et étrangères ont commettre des désordres, comment les réparer? Réponse: Les plaintes sont nom- breuses, mais il est difficile de connaître les coupables. On les signale, quand on peut, aux généraux prussiens.

(1) Le Préfet écrivit confidentiellement, le 9 mai, au duc de Tré- vise: « Je reçois la dépêche de V. E. du 8, relative aux mesures à prendre pour réprimer et prévenir la désertion, je vais la faire im- primer, publier et afficher dans toutes les communes. De plus, je viens de recommander aux commandants de gendarmerie de se concerter avec les maires. Ma circulaire indique combien j'attache de prix à ramener sous les drapeaux les militaires égarés sans doute par de fausses interprétations ou peut-être par des conseils perfides, mais nonobstant coupables quand ils résistent aux ordres de l'auto- rité. Oserais-je le dire à l'oreille de V. E. que nous serons obligés d'employer la force pour les faire marcher et que ces contraintes affaibliront infailliblement les espérances de bonheur que le retour de Louis XVIIT a répandues dans toutes les familles. Ce sont la cons- cripton et les droits réunis qui ont fait abhorrer la tvrannie et ral- lumer l'amour des paysans pour la dynastie des Bourbons. Si l'on rappelle le soldat qui se croyait libre et si l'on place des garnissaires chez le père ou la mère du déserteur, si le village le voit emmener par la gendarmerie, si le commis recommence son métier, s il exerce des contraintes, vous le dirai-je, Monseigneur, le feu sacré ne peut manquer de perdre une partie de sa lumière et de sa chaleur. Si je me livre à toute la confiance que m'inspire Votre Excellence, oui, j'oserai lui dire que loin de fermer l'entrée, j'ouvrirais toutes les portes pour sortir, nous serions peut-être quelques mois sans soldats,

mm

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intervenir l'autorité religieuse pour faire appel à leur conscience et il est curieux de lire, dans une lettre du baron de la Chaise à l’'Evêèque d'Arras. l’aveu de leffica- cité d’une instruction pastorale, efficacité supérieure, dit-il, à celle de toutes ses proclamations préfectorales (1).

mais le service serait assuré par les sous-officiers qui ont déjà plus ou moins droit aux récompenses, et nous verrions le même soldat solliciter une place dans nos régiments, et c'est alors que Louis XVIII aurait une armée digne de lui. C’est peut-être une idée creuse que je laisse échapper, mais elle trouvera grâce aux yeux de V. E. qui ne peut pas plus douter de mes intenticns que de mes sentiments. »

Le baron de la Chaise avait raison. Si on avait suivi son conseil peut-être eüût-on évité les Cent-Jours. Le 10 mai, dans un rapport au Ministre, le Préfet disait : « C'est avec un véritable chagrin que j'apprends à V. E. que la désertion est presque universelle. En vain l'administration rappelle au soldat qu'une fois enrôlé son devoir le retient et quil ne peut s'éloigner sans être déclaré déserteur; en vain on lui fait sentir la différence qui existe entre le conscrit qui n'élait désigné que par les ordres d'un gouvernement qui n'existe plus et le soldat placé dans un régiment faisant partie de l'armée de Louis XVIII, en vain on le menace de la loi. 1l reste sourd aux exhortations, il faudra revenir aux garnissaires et aux arrestations. » Le Ministre répondit qu'il s'en rapportait à sa triste expérience pour savoir sil fallait employer la force ou accorder encore un délai de grâce.

(1) Le Préfet écrivit à l'Evêque la lettre suivante : « Monseigneur, je viens vous communiquer confidentiellement la dépèche que je viens de recevoir du commissaire provisoire au département de la police générale. C'est à vous, Monseigneur, c'est à votre puissante influence qu'il appartient de faire aimer de plus en plus le meilleur des rois. Je suis donc persuadé qu'une instruction pastorale ferait beaucoup mieux sentir la bonté, les vertus, les bienfaisantes inten- tions de Sa Majesté que toutes nos proclamations. Vous parlez à la fois au cœur et à la conscience des Français et quand 1ls vous enten- dront, Monseigneur, quand vous les aurez convaincus qu'il ne suffit pas de remercier le ciel et de mettre aux pieds de notre auguste monarque nos plus tendres hommages, mais qu'il faut encore lu-

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Tous ces moyens réunis ne laissèrent pas de produire quelqu'effet et le nombre des désertions baissa sensible- ment. Pour stimuler l’enthousiasme des troupes, le Roi leur fit distribuer de nouveaux drapeaux et la remise de ces emblemes fut l’occasion de fètes brillantes. St-Omer, Hesdin, Calais, Arras furent les plus favorises du dépar- tement sous ce rapport (1). Enfin certains régiments,

prouver notre reconnaissance et notre amour par notre exactitude à payer nos contributions, par l'empressement de tout «éscrleur de rentrer sous les drapeaux, vous aurez acquis de nouveaux droits aux bienfaits de Sa Majesté et j'aurai moi-même la douce consola- tion de joindre de nouvelles félicitations aux sentiments respec- tueux, etc. »

(4) Le Roi donna un nouvel étendard au corps des cuirassiers de France, en garnison à St-Omer. A cette occasion il y eut une fcte, l'Evêque d’Arras alla bénir le drapeau et le régiment se rendit à l'église pour assister à la cérémonie. Puis il y eut salves d'artillerie, décharges de mousqueterie, cris de: Vive le Roi! Le régiment remonta à cheval, forma le carré sur la place. Les autorités se tin- rent au centre, puis le colonel prononça un discours dont voici le commencement : « Le signe antique de ralliement des armées fran- çaises est remis entre vos mains et va remplacer notre aigle usé par la victoire. Votre conduite honorable dans la paix comme dans la guerre vous a mérité cette preuve de confiance de Sa Majesté. Vous y répondrez par une fidélité inviolable. Guidés par l'honneur, forts d'une longue expérience vous conserverez aux lys cet éclat dont ils ont brillé pendant des siècles... » Puis il y eut un banquet de 120 couverts, toasts, bal assistèrent trois cents dames ; elles reçu- rent en entrant un bouquet formé de lvs et de grenades, le buste du Roi ornait la salle. Le bal se termina par un souper. Les sous- officiers donnèrent aussi un bal deux cents dames vinrent prendre part Les autres soldats eurent également une réunion dansante on convia leurs camarades de la garnison !

Le 1er janvier 1815, le régiment Dauphin (chasseurs à cheval), en garnison à Hesdin, célébra par une fête magnifique la réception d’un nouveau drapeau envoyé par le Roï. Ce régiment était com- mandé par le chevalier de St-Mars, Il y eut messe, bénédiction de

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entrainés sans doute par leurs colonels, envoyérent au Roi des adresses de fidélité, mais c’étaient des demonstrations éphémères et bien peu de mois devaient se passer avant que l’empereur, revenant de l’ile d'Elbe, ne les fit changer d’avis (1).

Le Préfet rendit compte au Ministre de l'Intérieur de ses rapports avec le Commissaire extraordinaire et des mesures qu’ils avaient prises. Il avait reçu du Ministre une circulaire, datée du 4 mai, on lui disait que son service administratif n’était plus le même que sous l’em- pire. Il avait beaucoup à faire et peu à exiger, devait éviter la contrainte, étre aimable, supprimer toute sur- veillance importune, qu'avec la paix il n'aurait plus à craindre la résistance des conscrits, ni à entendre les larmes de leurs parents. La position des Préfets serait heureuse puisque leurs devoirs seraient doux et faciles,

l'étendard par le curé et discours de cet ecclésiastique sur le retour