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ÉCOLE
DES HAUTES ÉTUDES
COAAAAERCIALES
DE MONTRÉAL
BIBLIOTHEQUE
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Digitized by the Internet Archive
in 2010 with funding from
University of Ottawa
http://www.archive.org/details/lasciencesociale44soci
JUILLET 1907
38 LIVRAISON
BULLETIN
DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE
DE SCIENCE SOCIALE
Si0111I;tIRE : Nouveaux inembres. — La valeur do l'expansion allemande, par M. Paul Descami's. — Correspondance : I. Une solution de la crise viticole, par M. J. Garas; II. La crise viticole dans le Hordelais, par M. A. Rolmol; III. Les induenccs étrangères en Haïti, par M. M. Mathon. — Répercussions sociales; VI. Le Patronage, par M. Edmond Demolins. — Morale et science, par M. Jlichel Mekys. — Appréciations de la Presse. — Bulletin hililio- graphique.
Introduction à la Science sociale : Les (ikkiines. i.a méthode et la classification, par E. BoEcHiÉ DE Belle, Ed. Demolins, R. Pinot et P. de Rousieks. 1 vol. grand in-(S''\ (i IV, franco. Ce volume comprend les fascicules 36, 1, 10 et 11.
FASCICULES PARUS DANS LA NOUVELLE SÉRIE i^Prix : 2 fr. franco]
N" 1. — La Méthode sociale, ses procédés et ses applications, par E. Demo- lins, Robert Pinot et Paul de Rousiers.
N° 2. — Le Conflit des races en Macédoine, d'après une observation monographique, par G. d'Azambuja.
N° .3. — Le Japon et son évolution sociale, par A. de Préville.
N"' 4. — L'Organisation du travail. Réglementation ou Liberté, d'après l'enseignement des faits, par Edmond Demolins.
N^ 5. — La Révolution agricole. Nécessité de transformer les procédés de culture, par Albert Dauprat.
N"^ 6. — Journal de TÉcole des Ro- ches (année 1903-1904K
IN» 7. — La Russie; le peuple et le gouvernement, par Léon Poinsard.
N° 8. — Pour développer notre commerce ; Groupes d''expansion com- merciale, par Edmond Demolins.
N° 9. — L'ouverture du Thibet. Le Bouddhisme et le Lamaïsme, par A. de Préville.
Nos 10 et 11. — La Science sociale depuis F. Le Play. — Classification sociale résultant des observations faites d'après la méthode de la Science sociale, par Edmond Demolins. (Fasc. double.)
N ' 12. — La France au Maroc, par LÉON Poinsard.
N<^ 13. — Le commerce franco-belge et sa signification sociale, par Ph. Robert.
N"^ 14. — "Un type d'ouvrier anar- chiste. Monographie d'une -famille d'ouvriers parisiens, parle D''J. Bail- hache.
N'' 15. — Une expérience agricole de propriétaire résidant, par Albert
DaUI'RAT.
N ' 16. — Journal de l'École des Ro- ches année 1904-1905).
No 17. — Un nouveau type particula- RiSTE ÉBAUCHÉ : Le Paysan basque du Labourd à travers les cages, par M. G. Ûlphe-Galliard.
N" 18. — La crise coloniale en Nouvelle-Calédonie, par Marg Le Gou- pils, ancien Président du Conseil général de la Nouvelle-Calédonie.
N"^ 19, 20 et 21. — Le paysan des Fjords de Norvège, par Paul liUREAU. (Trois Fasc.)
N'^ 22. — Les trois formes essen- tielles de l'Éducation; leur évolution comparée, par Paul Descamps.
N' 23. — L'Évolution agricole en Allemagne. Le « Bauer » de la lande du Lunebourg. par Pai i. Roux.
La suite au verso.
FASCICULES PARUS DANS LA NOUVELLE SÉRIE [suite].
X° 24. — Les problèmes sociaux de rindustrie minière. Comment les résoudre, par Edmond Demolins.
N" 25. — La civilisation de l'étain. — Les industries de l'étain en Fran- conie, par Louis Arqué.
N'^ 26. — Les récents troubles agraires et la crise agricole, par Henri Brun.
N» 27. — Journal de l'École des Roches (année 1905-1906).
N*^' 28 et 29. — L'Histoire expliquée PAR LA Science sociale : La Grèce an- cienne, par G. i)"AzAMBUJA.
N" 30. — L'humanité évolue-t-elle vers le socialisme? par Paul Descamps.
N" 31. — L'École moderne, par G. Clerc, M"^'' Hugii Bell et A. Pernotte.
N" 32. — Comment se prépare l'unité sociale du monde. Le Droit interna- tional au XX<^ siècle, par Léon Poins.vrd.
N° 33. — Les exportations alle- mandes, par Paul de Rousiers.
N" 34. — Le type savoyard, par C. BoRLET, J. Poncier et p. Descamps.
N° 35. — Le littoral de la plaine saxonne; le type des Marschen. par Paul Roux.
N° 36. — Les origines de la science sociale. Frédéric Le Play; sa mé- thode et sa doctrine, par E. BouciiiÉ DE Belle.
No 37. — Les populations viticoles,
par Paul Descamps.
N' 38. — Journal de TËcole des Roches (années 1906-1907).
ORGANISATION DE LA SOCIÉTÉ
But de la Société. — La Société a pour but de favoriser les travaux de Science sociale, par des bourses de voyage ou d"études, par des subventions à des pu- blications ou à des cours, par des enquêtes locales en vue d'établir la carte sociale des divers pays. Elle crée des comités locaux pour l'étude des questions sociales. Il entre dans son programme de tenir des Congrès sur tous les points de la France, ou de l'étranger, les plus favorables pour faire des observations sociales, ou pour propager la méthode et les conclusions de la science. Elle s'intéresse au mouvement de réforme scolaire qui est sorti de la Science sociale et dont VÉcole des Roches a été l'application directe.
Appel au public. — Notre Société et notre Revue s'adressent à tous les hommes d'étude, particulièrement à ceux qui for- ment le personnel des Sociétés historiques, littéraires, archéologiques, géographiques, économiques, scientifiques de province. Ils s'intéressent à leur région; ils dépen- sent, pour l'étudier, beaucoup de temps, .sans que leurs travaux soient coordonnés par une méthode commune et éprouvés par un plan d'ensemble, sans qu'ils abou- tissent à formuler des idées générales, à rattacher les causes aux conséquences, à dégager la loi des phénomènes. Leurs travaux, trop souvent, ne dépassent pas l'étroit horizon de leur localité; ils com- pilent simplement des faits et travaillent, pour ainsi dire, au fond d'un puits.
La Science sociale, au point où elle est maintenant arrivée, leur fournit le moyen de sortir de ce puits et de s'associer à un travail d'ensemble pour une œuvre nou- velle, qui doit livrer la connaissance déplus en plus claire et complète de l'homme, de la Société. Ils ont intérêt à venir à elle.
Publications de la Société. — Tous les membres reçoivent la Revue la Science sociale et le Bulletin de la Société.
Enseignement. — L'enseignement de la Science sociale comprend actuellement trois cours : le cours de M. Paul Bureau, au siège de la Société de géographie^ à Paris; le cours de M. Edmond Demolins, à l'Ecole des Roches, et le cours de M. G. Melin, à la Faculté de droit de Nancy. Le cours d'histoire, fait par notre collabora- teur le y^« Ch. de Calan, à la Faculté de Rennes, s'inspire directement des méthodes et des conclusions de la Science sociale.
Bibliothèque de la Science sociale.
— Elle comprend aujourd'hui une tren- taine de volumes qui s'inspirent de la même méthode. On en trouvera la liste sur la couverture de la Revue.
Conditions d'admission. — La Société comprend trois catégories de membres, dont la cotisation annuelle est fixée ainsi :
lu Pour les membres titulaires .-20 francs (25 francs pour l'étranger) ;
2° Pour les membres donateurs : 100 francs ;
3° Pour les membres fondateurs : 300 à 500 francs.
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BULLETIN
NOUVEAUX MEMBRES
MM.
Auguste BoYEiî, ancien magistrat, Saint- Amand-en-Puisaye (Nièvre), présenté par M. Edmond Demolins.
Alexandre Cortada, Paris, présenté par le même.
A. Gasser, directeur de la Revue d'Al- sace, Mantoche (M'i^-Saône), présenté par M. Paul Descamps.
J. Gavanescu, professeur à l'Université de Jassy, Roumanie, présenté par M. \. Hulubei.
Auguste Magloire, publiciste, membre de la chambre des comptes, Port-au-Prince, Haïti, présenté par MM. Fleury-Féquière et Eug. Roy.
J. MiTRU, directeur de l'École commu- nale, Jassy, Roumanie, présenté par M. Y. Hulubei.
Paul Raynaud, quai de Béthune, 22, Paris, présenté par M. E. Demolins.
D'" J. de ToLEDO PiZA e Almeuia, Rio-de- Janeiro, Brésil, présenté par MM. Arthur Ferreira et Machedo Guimaraes.
A. Vanderpol, ingénieur des arts et manufactures, directeur de la Société in- dustrielle des compteurs, Lyon, présenté par M. E. Demolins.
Nouveau membre correspondant : M. Arnaud Roujol, professeur à Y École de Guyenne, Château Dulamon, Blanque- fort (Gironde).
LA VALEUR DE L'EXPANSION ALLEMANDE
Sous ce titre, Une crtse commerciale en
Allemagne, M. G. Fleurey publie, dans
Réforme économique du 15 mars 1907,
quelques extraits d'une étude faite par le directeur de l'une des plus grosses mai- sons industrielles allemandes, étude qui met en lumière les points faibles de l'Alle- magne actuelle, au point de vue écono- mique. L'auteur, qui signe du pseudonyme de Induslrialis, prédit que l'essor indus- triel de l'Allemagne sera sous peu paralysé. Il se base, pour appuyer son opinion, sur l'insuffisance des fonds de réserve dont dispose l'industrie allemande ; il en résulte que le moindre ralentissement dans la production serait fatal :
« Le nombre des ouvriers, dit-il, a trop augmenté. L'industrie ne peut pas les conserver, au moment d'une période de déclin, comme il était encore possible de le faire autrefois. La situation deviendrait encore plus critique, car la cherté des vivres, qui croit sans cesse dans les cen- tres industriels, rendrait la vie matérielle pour ainsi dire impossible à l'ouvrier; alors ce sera la lutte sans merci entre patrons et ouvriers, lutte d'autant plus sans issue que les fabriques ne pourront plus, comme autrefois, travailler à « l'avance et sans commandes » pour aider les ouvriers à traverser les mauvaises périodes. Pour faciliter de tels procédés, l'argent n'est plus là. »
Mais un ralentissement de la produc- tion, en Allemagne, est-il probable ?
D'après l'auteur, l'industrie allemande a pris une extension formidable au mo- ment du développement des moyens de transport, il y a une trentaine d'années :
« Quiconque, en Allemagne, ne fait pas de voyages est actuellement perdu de ré- putation. Autrefois, les hautes classes seules allaient aux eaux; ce besoin s'étend de plus en plus. Cette « démocratisation » des voyages a contribué à développer d'une façon rapide et surprenante tout ce qui se rattache au bâtiment. Des hôtels
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BULLETIN DE LA SOCIETE IXTERNATIOXALE
de tous les côtés, se sont élevés à vue d'oeil. Mobilier, chauffage central, lumière électrique, ascenseur, linge, verrerie, por- celaine..., autant de branches qui ont pro- fité de ces besoins nouveaux. »
Aujourd'hui, on est arrivé à faire face à toutes les éventualités et, suivant l'indus- triel allemand, le point culminant est déjà dépassé. On a pu constater que l'industrie du bâtiment commençait à être atteinte. Ce qui se passe dans l'industrie du fer en est une preuve :
« he Journal de l'industrie métallurgique allemande a communiqué dernièrement des résultats de soumission qui ne sont guère rassurants. Des fabriques offraient déjà la tonne à 143 marks, alors que d'au- tres conservaient encore le prix de 169. Dans les tôles, la fabrique rhénane offrait la tonne <à 154 marks, la fabrique Wltten à 188. Baisse de prix énorme qui influe naturellement sur toute l'industrie. »
Ce langage a d'autant plus frappé que l'on n'est pas habitué à l'entendre.
En effet, depuis la fondation de l'Em- pire allemand, on ne parle que de l'hégé- monie germanique, non seulement au point de vue militaire ou politique, mais encore aux points de vue économique, scientifique, pédagogique, etc. La supré- matie de l'Allemagne est devenue un véri- table cauchemar. Qui a tort? qui a raison"?
C'est ce que nous nous proposons d'exa- miner. Aussi bien, ce sujet est toujours d'actualité ; nous le retrouvons constam- ment dans les quotidiens, dans les re\'ues, dans les conversations.
Nous ne nous proposons pas d'étudier ici le .sujet à fond, ni d'analyser les faits dans tous leurs détails. Nous essaierons seulement d'évaluer la grandeur de l'ex- pansion germanique comparativement à celle de ses principaux concurrents, pour en déduire ensuite les éléments de fai- blesse ou de prospérité qu'elle renferme.
Les stati.stiques montrent d'une façon saisissante le développement extraordi- naire de la production ou des exporta- tions allemandes. Mais il faut savoir se servir des chiffres, et surtout il faut savoir ce qu'ils prouvent.
Or, on peut envisager les choses de plu- sieurs façons.
Tout d'abord, et c'est ce que l'on fait généralement, on peut comparer l'état actuel d'un pays à son état ancien. Si l'on applique ce procédé à l'Allemagne, on trouve une progression énorme :
De 1875 à 1895, le nombre des établisse- ments industriels a augmenté de plus de 10 <^ : la production des mines de fer et des mines de houille d'environ 50 % ; celle de l'industrie sucrière de près de 200 9é.
L'accroissement des exportations a suivi un mouvement analogue à celui de la pro- duction.
M. de Rousiers constatait dernièrement ^ que, de 1895 à 1905, elle avait augmenté de 58 o/o-
La flotte marchande allemande a subi une progression analogue; elle a doublé son tonnage de 1850 à 1870 -, et, depuis lors, elle a encore plus que doublé.
Il est donc indéniable que, depuis un demi-siècle, l'Allemagne a progressé d'une façon étonnante dans la production indus- trielle, dans l'exportation et dans l'outil- lage.
On peut dire que, en Europe, l'accrois- sement n'a été nulle part aussi sensible, et il faut aller en Amérique pour trouver un exemple d'un développement plus rapide, pendant la même période.
Ce serait toutefois un jugement à courte vue que d'en déduire la supériorité indus- trielle et commerciale de l'Allemagne sur les autres Etats européens. En effet, il n'est pas logique de comparer la progres- sion réalisée par un pays qui commence avec celle obtenue par un pays qui a dépassé cette période, ou qui n'y est pas encore arrivé.
En réalité, chaque contrée subit une poussée énorme au moment de l'amélio- ration des moyens de transports, et on peut dire que la secousse est d'autant plus forte que le retard a été plus prolongé, parce que l'on bénéficie de tous les progrès accomplis jusqu'à ce jour. L'amélioration des moyens de transports et de production
i. Les Exportations allemandes {Se. soc. -2' pcr., 33« lasc, p. !»). i. Id., p. 77,
DE SCIENCE SOCIALE.
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a, comme on le sait, commencé en An- gleterre dans le courant du xviii^ siècle , avec l'invention de la machine à vapeur, des métiers à filer et à tisser, puis des chemins de fer. Dans la première moitié du xix^ siècle, ce mouvement atteint la Belgique et certaines parties delà France. Dans la seconde moitié du même siècle, c'e.st le tour de 1" Allemagne. Aujourd'hui nous assistons au développement écono- mique du nord de l'Italie, du Japon, même de certaines parties de la Russie. Pour faire une comparaison exacte, il faudrait prendre chacun de ces pays au même stade de l'évolution.
Toutefois, si l'on voit un pays dépasser un autre, il est presque certain qu'il lui est supérieur, car s'il a pu profiter des progrès accomplis et s'outiller supérieu- rement, son concurrent bénéflcie de l'a- vance prise. Il en est ainsi (si l'on s'en tient au seul point de vue industriel et commercial) de l'Allemagne qui a rat- trapé, puis dépassé la France; mais, con- trairement à une opinion assez répandue ; l'Allemagne n'a pas dépassé la Grande- Bretagne; elle est même loin de l'avoir rattrapé.
Voyons les chiffres :
En 1880, le commerce extérieur total du Royaume-Uni s'élevait à 15 milliards de francs environ ; en 190G, il atteint 1^5 mil- liards.
En Allemagne, ce même commerce était de 9 milliards en 1880 et de 18 mil- liards en 1906.
Mais la comparaison ainsi faite n'est même pas exacte, car, pour être juste, il faut tenir compte de la grandeur du pays, de sa population ; ce qu'il faut comparer, ce sont les chiffres par tête d'habitant. Si donc, on divise les nombres que nous ve- nons de citer par la population absolue des pays auxquels ils se rapportent, on trouvera quOjI'année dernière, le commerce extérieur du Royaume-Uni s'est élevé à près de 600 francs par hatntant, et celui de l'Empire allemand à 300 francs seule- ment. A ce point de vue, et malgré l'effort considérable fait, l'Allemagne n'arrive qu'à la moitié du Royaume-Uni, et ne dé- passe guère la France. Si, au lieu de
prendre le Royaume-Uni, on n'envisageait que la seule (Irande-Bretagne, la différence serait encore plus sensible.
On arrive au même résultat, si l'on compare la grandeur des flottes marchan- des. Celle de l'Angleterre compte aujour- d'hui plus de 10 millions de tonneaux: celle de l'Allemagne 2 millions et demi ;i peine '. Ainsi, malgré des efforts inouïs, la flotte allemande ne dépas.se pas, en im- portance, le quart de la flotte britannique.
Cependant, il ne faut pas attribuer à la valeur du commerce extérieur un crité- rium absolu. Ainsi, par exemple, les Etats- Unis ont un commerce extérieur plus faible que celui de l'Allemagne ou de la France. Cela n'indique cependant pas une infériorité réelle, car l'Amérique n'a pas dépassé le stade de la colonisation agri- cole; les indu.striels américains ont donc, dans leur propre pays, une clientèle croissante, des débouchés s'élargissant aussi vite que croissent les moyens de production.
D'autre part, si l'on s'en rapporte seule- ment au commerce extérieur, on voit quelques petits pays dépasser le Royaume- Uni ; ainsi la Hollande et la Belgique - : ainsi la Nouvelle-Zélande (près de 1.000 francs par habitant) et les autres colonies austra- lasiennes.
Au commerce extérieur, il faudrait ajouter le commerce intérieur, mais ce dernier est difficile à évaluer. Ce qu'il faut envisager, c'est donc la production totale plutôt que le commerce extérieur, et, évi- demment, la production par habitant.
Nous n'avons pas sous les yeux les chiffres relatifs à la production globale de chaque pays, mais, si l'on prend les prin- cipaux articles, la supériorité de l'Angle- terre re.ste indéniable.
Pour la houille, par exemple, la pro- duction dans les principaux pays a atteint, en 1904, les chiffres suivants :
États-Unis ■2Si millions de tonnes.
(irande-Bretagne -Xi-i —
Allemagne 170 —
1. Id.. p. ■>-.
'2. Ph. Roheit. Le. coimncrcr franco-bclçio cl sa signification soviah- {Se soc, 2- sér., 13 l'asc).
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BULLETIN DE LA SOCIETE INTERNATIONALE
Si l'on tient compte de la population de chacun de ces pays, on trouve que la pro- duction par tète est la suivante :
i£tats-Unis 3 1-2 tonnes iiar habitant.
Grande-Bretagne... li —
Allemagne 3 —
En Belgique, elle est d'environ 3 1/2 tonnes.
Il en est de même dans Tindustrie co- tonnière, dans l'industrie lainière, dans les constructions navales.
L'infériorité de TEmpire germanique dans ces diverses branches n"est pas com- pensée par sa supériorité dans les indus- tries chimiques. Quant à la production de la fonte, si l'Allemagne a rattrapé l'An- gleterre au point de vue absolu, cette der- nière conserve encore sa supéinorité si l'on envisage la production par habitant. Voilà les faits.
Mais nous irons plus loin encore. Le but véritable de la production n'est pas de produire coûte que coûte, d'exporter mal- gré tout; le but véritable, il faut bien le dire, est de gagner de l'argent. Le travail n'est rien s'il ne rapporte pas. On peut vendre à perte et on peut vendre avec un gros bénéfice ; et cela n'est pas la même chose. L'Allemand avec ses produits à bon marché gagne-t-il plus que l'Anglais?
Cela est douteux. Et la situation apparaît plus grave encore, si l'on «envisage les in- dustries protégées, ou organisées en car- tells : là, l'exportation ne se fait qu'au détriment du consommateur allemand. De l'une ou de l'autre façon, l'expansion alle- mande démontre un type inféineur.
Et les résultats sont là. Nous avons pu- blié récemment une statistique de la ri- chesse des principaux pays. En moyenne, l'Anglais possède un capital de près de 7.000 francs, tandis que la richesse de l'Allemand dépasse à peine 2.600 francs. Sans aucun doute, ce dernier a encore beaucoup à faire pour rattra])er le pre- mier.
En résumé, l'Allemagne a vu son indus- trie et son commerce croître d'une façon extraordinaire pendant les trente derniè- res années; mais, après l'accomplissement de cet effort immense, sa situation, par
rapport à celle de la Grande-Bretagne, ne dépasse pas encore les proportions sui- vantes :
Commerce extérieur : 300 francs par tète au lieu de 600 ;
Flotte marchande : le quart de celle de l'Angleterre ;
Production de houille : 3 tonnes par tète au lieu de 6;
Ricliesse moyenne : 2.600 francs au lieu de 7.000 francs.
Voilà donc les choses remises au point; sans doute, le taux de progression est ac- tuellement plus élevé en Allemagne qu'en Angleterre, mais il e.st douteux que ce taux subsiste longtemps encore. Déjà des difficultés se font sentir, et cela n'a rien d'étonnant, puisque certaines industries vivent d'une façon artificielle à l'aide de cartells et de tarifs protecteurs, et que les autres ne l'emportent que grâce au bon marché de la main-d'œuvre, bon mar- ché menacé de jour en jour parles reven- dications ouvrières.
L'avenir seul nous dira jusqu'à quel point s'élèvera le colosse germanique.
P. Descamps.
CORRESPONDANCE
Une solution de la crise viticole.
Mezin, le 3juillet 190".
^1 M. Edmond Demolins.
Mon cher Maitre,
Je viens de lire le dernier fascicule, où M. Descamps analyse et classe les diffé- rents types de vignerons. A mon avis, la conclusion que l'auteur tire des faits qu'il a étudiés mérite d'être approuvée par ceux qui recherchent les moyens efficaces de faire cesser ou d'atténuer les crises résultant de la mévente des produits de la vigne.
M. Descamps a bien raison quand il dit : « Il n'y a pas de solution unique de la crise viticole », et aussi : « Chacun doit
DE gCIENCE SOCIALE.
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examiner les moyens qu'il a de se débrouil- ler lui-même et agir en conséquence ». Aucune objection possible.
Il me semble toutefois (jue, dans l'état actuel de la Science sociale, il serait pos- sible et utile d'apporter ([uelques éclaircis- sements complémentaires, d'indiquer cer- taines manières, peut-être plus efficaces ([ue d'autres, de diriger et de coordonner les efforts qu'on sera disposé à faire.
Si plein d'initiative, si ardent au tra- vail que l'on soit, il faut, de toute néces- sité, agir conformément aux lois sociales. L'homme le plus actif, s'il méconnaît quelque vérité sociale essentielle, aboutit à l'échec.
Dans le cas spécial des opérations qui ont pour objet l'écoulement des vins et des eaux-de-vie, il se produit une évolution analogue à celle qui a modifié les condi- tions de production, d'élaboration et de vente de nombreux produits agricoles, mais avec un caractère de complexité plus marqué.
Les expériences de M. Dauprat ont montré la nécessité de spécialiser et d'in- dustrialiser les cultures. Bien entendu . on doit agir avec la plus grande prudence en adoptant telle ou telle spécialisa- tion.
Le développement des transports permet des relations plus faciles entre produc- teurs et consommateurs. Il est forcé que les ventes directes deviennent de plus en plus nombreuses. Le commerce est ainsi obligé de compter avec une concurrence qui peut devenir redoutable ; il peut se trouver en présence d'une baisse de prix telle qu'il lui est impossible de retrouver ses frais généraux. Le négociant intermé- diaire est obligé, ou bien de disparaître, ou bien de se maintenir en offrant des prix très bas aux producteurs, à moins toutefois (ju'il ne se plie à des combinai- sons nouvelles, de manière à y jouer un rôle utile.
Pour profiter des facilités nouvelles ré- .sultant de l'extension des moyens de com- munication, il importe aux producteurs agricoles de savoir utiliser les avantages de l'association. Seuls, quelques grands propriétaires, riches par ailleurs, peuvent
se permettre les sacrifices nécessaires pour se créer des débouchés au loin.
Pour con.stituer et faire fonctionner ces groupements pour la vente, qu'on les ap- pelle syndicats ou coopératives, il est né- cessaire, si l'on veut éviter les causes d'é- chec, de tirer parti des expériences qui ont déjà été faites, de les interpréter d'a- près la méthode et les résultats de la Science sociale.
Les coopératives de production, ([ui pa- raissent avoir donné des résultats satisfai- sants, sont celles dont le fonctionnement a pu être surveillé directement par les in- téressés, et qui n'ont pas pris la forme d'organisations administratives placées sous l'autorité de personnes dont le con- trôle e.st inefficace ou illusoire. C'est là une conclusion que notre ami, M. Bures, a très bien mise en relief dans une note du Bulletin (13'^ fascicule, année 1905).
Les .seuls groupements coopératifs sus- ceptibles de réussir sont donc ceux dont les membres peuvent exercer constam- ment une surveillance active. On pourrait grouper ainsi les gens d'une même com- mune, d'une même section de commune. D'autres ententes pourraient avoir lieu entre propriétaires grands ou moyens, mais habitant à quelque distance les uns des autres. Surtout en ce qui concerne les vins et les eaux-de-vie, on doit s'attendre à une certaine variété pour la formation des unions de vente.
Nous pressentons une objection : De tels groupements composés d'agriculteurs parmi lesquels beaucoup n'ont que les ressources et la mentalité de simples paysans, ne seront pas capables, seuls et sans patronage, de se livrer aux multi- ples opérations qui sont nécessaires pour écouler de tels produits sur des marchés lointains. On peut croire, comme cela est déjà arrivé, qu'ils ne sachent pas où il faut aller présenter les marchandises avec chances de succès ; il est même à craindre qu'ils ne soient roulés par des négociants ou des représentants peu scrupuleux. Ils ne pourront agir avec assez de force au- près des pouvoirs publics pour obtenir, soit des mesures en vue de la suppression des fraudes, soit des démarches afin de
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modifier les tarifs de douanes et de trans- ports. Nous croyons que ces sortes d'opé- rations pourraient être la tâche d'un Syn- dicat général de défense qui serait élu par les agriculteurs d'une région naturelle, dont les produits seraient caractéristiques (Syndicat des vins et des eaux-de-vie de- là Charente, de l'Armagnac, des vins du Médoc, etc.).
Dans ces syndicats de défenses, on fe- rait entrer les hommes les plus compé- tents, les vraies autorités sociales, ceux que M. Bureau appelle « les bons citoyens de la cité moderne ».
De tels syndicats pourraient avoir, comme l'ont demandé les délégués du Midi, des agents assermentés ayant pou- voir de poursuivre la fraude ; ils auraient des bureaux permanents de renseigne- ments; ils transmettraient aux pouvoirs publics les réclamations utiles; ils pour- raient accréditer des représentants sur les places étrangères après entente avec les coopératives désireuses d'y vendre leurs produits, se réservant le droit de révoquer et de poursuivre ces représentants au cas où ils se montreraient négligents ou infi- dèles.
Le bureau du syndicat connaîtrait les forces productrices de l'ensemble de ses adhérents, ainsi que les facilités d'écoule- ment de leurs produits, il pourrait étendre son rôle par la création d'une institution analogue aux organes de concentration industrielle, tels que les cartells allemands et les comptoirs métallurgiques français étudiés par M. de Rousiers. Une telle ins- titution pourrait recevoir des commandes et les répartir au mieux de l'intérêt com- mun entre les coopératives. Toute liberté pourrait être laissée aux adhérents d'utili- ser leurs relations particulières. Le Bu- reau central aurait toute qualité pour intervenir dans la fixation des prix.
Telles sont les idées que je crois devoir vous communiquer et dont nous allons tenter l'application en Armagnac.
Je reste toujours votre bien dévoué
.1. Gakas.
II. — La crise viticole dans le Bordelais
A M. Edmond Demolins.
Cher Monsieur,
... J'étudie en ce moment le type bor- delais. Le travail dominant est la vigne . Type de cueillette riche, favorisée par le sous-sol, le climat, les facilités d'exporta- tion. De là est sorti un type de grand pro- priétaire, riche et dépensier, à double installation rurale et urbaine . qui a pu vivre de la simple vente de sa récolte aux négociants étrangers.
Ceux-ci se rangent en trois groupes d'où sortent historiquement à peu près tous les grands négociants et armateurs bordelais :
1'^' Étrangers du Nord : Anglais. Fla- mands, aujourd'hui Allemands. Ce sont ces patrons étrangers qui ont créé jadis, hors ville, le faubourg des Chartrons, aujour- d'hui cité protestante et étrangère, maî- tresse du haut commerce ;
2» Les Juifs, chassés d'Espagne et de Por- tugal par Philippe II ;
3" Les Protestants français du Langue- doc.
Cette situation est très nette dans les temps modernes. Au xviii'' siècle, qui marque l'apogée de la gloire et de la puis- sance bordelaises, je ne trouve aucun grand armateur issu du pays : Nayrac et Bonnafé sont des protestants du Haut Languedoc; Gradis est un Juif, Barton, Bethmann, etc., sont des étrangers du nord. Ces familles étrangères se main- tiennent pendant plusieurs générations sans se fusionner complètement.
Deux points à éclairer :
1" L'origine des patrons bordelais du Moyen (U/e. 11 y a beaucoup d'Anglais parmi eux. mais les chefs de la cité sem- blent appartenir à des familles du pays.
2' De même aujourd'hui, un certain nombre de maisons importantes appar- tiennent à des négociants du pays. Il y a lieu d'étudier le mécanisme de leur for- mation.
Cet équilibre social a duré jusqu'à la crise phylloxérique de 1875-80. Le proprié-
DE SCIENCE SOCIALE.
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taire, qui avait des ressources, a pu re- constituer tout de suite, croyant la crise passagère ; mais celle-ci s"est prolongée : maladies nouvelles, frais croissants, puis mévente due à des causes multiples. Le propriétaire, habitué à une vie large et facile, a emprunté plutôt que de réduire ses dépenses et n'a pu s'acquitter.
De là des catastrophes financières.
Finalement, nous assistons à un vaste déplacement de la propriété. Les vieilles familles qui possédaient le pays dispa- raissent devant le paysan, le tonnelier et le grand commerçant. Le paysan a pu acheter de la terre, parce que les prix tombaient à rien : il a pu résister quelque temps, parce qu'il n'avait pas à payer la main-d'œuvre ; mais il ne peut se main- tenir parce que les frais de culture restent élevés et que la mévente est com- plète. Le tonnelier avait les reins plus solides. Le métier rapporte; s'il y a sur- production, tant mieux. A sa fabrication, il joint, comme res.sources accessoires, le soin du vin chez les petits propriétaires qui n'ont pas un maître de chai, puis le petit courtage. Il a donc de l'argent, peut acheter, attendre, et conserver la terre. Enfin le grand commerçant, ayant des ré- serves importantes et le placement de sa récolte, parait devoir mettre la main sur la plupart des grandes propriétés....
Veuillez agréer...
A. ROUJOL.
III. — Les influences étrangères en Ha'iti.
l'ort-au-Prince, le 18 juin l'M'. A M. Paul Descamps.
Monsieur,
Dans la livraison du mois de mai de la Science sociale, vous avez signalé une nouvelle forme de l'expansion anglo- saxonne. Vous avez illustré votre article d'exemples tirés de la Russie, de la Bel- gique et de la France, etc.
Je ne crois pas inutile, pour vos études que je suis avec attention, de vous ren- seigner sur des faits analogues à ceux que
vous avez rapportés et qui se produisent en Haïti :
Nous avons, comme vous le savez, une double origine. Nous tenons du nègre afri- cain par nos a'ïeux importés à Saint-Do- mingue, et des Français par les anciens maîtres de l'Ile.
En 1804, nous avons secoué le joug co- lonial, aboli l'esclavage et créé une na- tionalité indépendante. Cependant nous n'avons pas cessé d'être F'rançais par l'é- ducation et les mœurs. C'est la France qui continue à être notre modèle, et c'est l'in- fluence française qui a longtemps prévalu chez nous par l'instruction, la religion, le commerce et toutes les relations économi- ques. Mais, depuis quelques années, nous assistons à une décroissance rapide de cette influence. Dans toutes nos villes, les maisons de commerce françaises ont été remplacées par des maisons allemandes, anglaises ou américaines. Depuis 25 ans, les importations de la France ont diminué dans une proportion de 50 %. (Je pourrais ici poser des chiffres tirés de la statistique.) C'est en vain que, depuis 1901. la France, par une convention commerciale, a obtenu le bénéfice d'un tarif de douane privilégié; elle ne peut reprendre la place perdue.
Autrefois, presque tous les grands com- merçants et banquiers de Port-au-Prince étaient des Français. On en compte main- tenant à peine un sur dix.
Nous avons bien, comme institution française, une Banque nationale qui a son siège social à Paris. Mais elle n'est française que de nom, si on veut considérer que ses directeurs et ses principaux employés sont allemands, anglais, hollandais, américains, de nationalité actuelle ou d'origine.
Quant aux grandes entreprises : che- mins de fer, mines, exploitations agricoles etc., elles sont aussi aux mains des Alle- mands et des .\méricains qui y exposent leurs capitaux, alors que les Français emploient les leurs dans les valeurs ha'i- tiennes bien cotées à la Bourse de Paris.
Devant ces faits, la tendancedes Ha'itiens est maintenant bien marquée pour une orientation nouvelle, et il est journellement prêché par la presse, d'envoyer désormais aux États-Unis d'Amérique les jeunes gens
284
BULLETIN DE LA SOCIETE INTERNATIOXALE
qu'on dirigeait autrefois vers les collèges et les lycées de France.
Il y aurait beaucoup à dire sur la diffé- rence de conduite et de vie des immi- grants qui nous arrivent et sur les causes d'élimination des Français. Mais je réserve ces observations qui me conduiraient trop loin.
Veuillez agréer, cher Monsieur, mes sa- lutations très distinguées.
M. Mathon.
RÉPERCUSSIONS SOCIALES
(Ces répercussions restent toujours à vérifier, ou à préciser, par de nouveUes observations.;
(Il n'y a une Science sociale que si les phéno- mènes sociaux se répercutent les uns sur les autres, indépendamment de la volonté hu- maine et par le fait de la nature des choses.
VI.
Le Patronage.
Le < patronage » est un groupement supérieur superposé aux familles ou- vrières, qui a pour but de les diriger dans le travail, dans la disposition de la pro- priété et de les aider dans les phases de l'existence.
Le Patronage prend des formes diffé- rentes qu'indiquent les répercu.ssions sui- vantes :
1. Les condiliona de Lieu peuvent faci- liter le patronage, ou le rendre difficile -. Elles le facilitent dans la mesure où. le sol fournit une plus grande abondance de productions spontanées à la portée de tous. Ces productions (herbe, forêts, fruits, etc.) constituent une sorte de patronage naturel, automatique et gratuit. Une grande partie de l'humanité bénéficie de ce genre de patronage.
Mais, outre ce patronage exercé par les choses, il y a le patronage proprement dit. qui est exercé par des personnes.
2. Le patronage n'est pleinement efficace, et exercé en connaissance de causes que par le patron du travail 3. Parce que ce der- nier dispose seul des moyens d'existence
1. Voir les cimi livraisons précédentes. i. Sr. soc, XIV. •>%. (». K., V, (ïi.
3. Se. soc. III. -l'M a -294.
de la famille ouvrière, puisque c'est lui qui lui fournit du travail. Tous les autres patronages sont artificiels et plus ou moins incomplets, ainsi que nous le verrons.
Le t;^'pe le plus simple de patron est le patriarche, c'est-à-dire le chef de la com- munauté patriarcale. Il est le plus simple, parce qu'il cumule les fonctions de père et de patron, puisqu'il dirige à la fois la famille et le travail. C'est donc un patron qui n'est pas encore dégagé de la famille.
Le patronage du patriarche est très sim- plifié et très facilité, ainsi que l'indique la répercussion suivante :
3. Les productions spontanées de la steppe facilitent faction du patriarche et rédui- sent son action patronale ^. Le patriarche est aidé par les ressources naturelles, ainsi que l'indique la répercussion n° 1. L'abon- dance, la régularité et la spontanéité de ces re.ssources lui permettent d'exercer son patronage dans des conditions que ne connaissent pas les patrons de l'Occident.
4. Le patronage patriarcal soutient l'ou- vrier, mais ne l'élève pas ^. Il le soutient par l'appui des productions spontanées et de la communauté familiale. Or. cet appui lui-même a pour effet de comprimer l'é- nergie et l'initiative individuelle. Il ha- bitue à être patronné et non à se patronner soi-même. De là, l'inertie de l'Oriental.
5. Les sociétés patriarcales ne consti- tuent pas le type du patron en dehors et au- dessus de la famille ouvrière^. Parce que les individus incapables, ceux qui auraient besoin de se placer sous la direction d'un patron, ne se détachent pas de la com- munauté familiale. Ou bien ils restent dans leur communauté originaire ; ou bien ils entrent dans une communauté voisine à laquelle les rattachent le plus souvent des liens de parenté. Ils y trouvent ainsi l'appui dont ils ont besoin. C'est un patro- nage par absorption. 11 résulte de ce que chacun considère comme le pire des mal- heurs celui d'être détaché de la commu- nauté patriarcale.
6. Lorsque les populations jiatriarcales
4. Se. soc. XIV. -2i.
.-i. Se. soc. XXV, 18). G. E., II, G.3, -218, .367. 0. M., IV, l*i. 6. Se. soc, III, S-2 à 54.
DE SCIENCE SOCIALE.
285
s'adonnent à la culture, le patronage du patriarche est renforce par celui du conseil de communauté ^ . Voir la cause de ce phé- nomène aux répercussions sur le tra- vail.
7. Les issus de patriarcaux comfn'ennent et pratiquent le patronage, comme une sorte de paternalisme'-. C'est une survivance du patronage patriarcal originaire. Cette sur- vivance se retrouve très souvent en Occi- dent dans cette idée que le patronage doit avoir pour but d'assister plus que d'élever les incapables.
8. Les débuts de la culture font appa- raître le type le plus simple du patron, l' ou- vrier chef de métier, sous la forme de l'ar- tisan ambulant ^. Il est ambulant à cause de la rareté de la clientèle, dans une pé- riode où on continue encore à fabriquer dans les domaines tout ce dont on a besoin. La clientèle ne venant pas à lui ; il va à elle. C'est le type du forgeron qui se cons- titue le premier en dehors de la famille , parce que le métal exige plus particuliè- rement des spécialistes. Ce type ambulant a persisté jusqu'à nos jours dans les cam- pagnes éloignées des villes, avec les for- gerons tziganes et les Bohémiens, qui, eux aussi, travaillent surtout le fer, font l'éta- mage, etc., pour les mêmes raisons.
9. Les premiers pjrogrès du défrichement font apparaître le type du petit patron ^. Celui-ci est sédentaire et, tout en travail- lant encore de ses mains, emploie des ou- vriers. Ce type résulte des progrès de la culture qui crée une clientèle plus nom- breuse et plus riche, exige des patrons plus capables et les fait surgir.
10. Certains métiers ne produisent guère que le type du petit patron ^. Ce sont ceux qui exigent à la fois l'habileté de la main et un certain goût artistique, parce qu'ils s'opposent à la séparation du patron et de l'ouvrier, .\insi les fabricants d'objets en étain, les batteurs d'or, etc. Ou encore, les métiers qui exigent des livraisons quoti- diennes résistent plus longtemps à la
1. Se. soc, XIV, 58.
2. Se. soc.. XXXI. 3!tl, O. E. VI, 30. 0. M. IV, 103.
3. La Roule, II. "fi et suiv.
4. La Route. Il, 80 et suiv.
.'i. Se. soc, IV, 346; VIll,3i3; fasc. XXV, H, 57 et passiiu.
constitution en grand atelier ; par exemple, les bouchers et les boulangers.
11. Ze développement du défrichement fait apparaître le patron de fabrique col- lective ^. On appelle de ce nom un régime de fabrication comprenant une collectivité de petits ateliers disséminés, travaillant pour un commerçant qui centralise les produits. Lorsque le défrichement se dé- veloppe, l'agriculture devient moins avan- tageuse : le terrain est plus coûteux; celui qui reste disponible est le moins fertile; enfin les bénéfices sont moindres à cause de l'accroissement de la production, qui crée la concurrence des produits agricoles. On commence donc à avoir plus d'intérêt à fabriquer qu'à défricher.
12. La fabrique collective atténue les dif- ficultés du patronage 7. Parce que l'ouvrier, étant ordinairement rural, repose en partie sur la culture , il fabrique .surtout à ses moments perdus et il a toujours la res- source de retomber sur la culture en cas de chômage.
13. La fabrique collective ne développe pas l'aptitude au patronage^. Parce que ces patrons peuvent, sans inconvénients pour eux, abandonner leurs ouvriers et multi- plier les chômages. Ils ne se sentent pas responsables des moyens d'existence de leur personnel et ce personnel disséminé et travaillant à domicile, manque de cohé- sion pour réclamer du patron la régula- rité du travail. Aussi, dès que la fabrique collective devient urbaine, elle livre l'ou- vrier à l'instabilité des engagements et le laisse sans aucun patronage. Elle aboutit parfois au sweating system.
Le type du grand patron est caractérisé par le fait qu'il ne travaille pas de ses mains et qu'il groupe ses ouvriers au lieu de leur donner du travail à domicile. Voici quelques répercussions relatives à ce type.
14. Le métayage est favorable aii patro- nage '■>. Parce que les produits étant par- tagés par moitié entre le métayer et le propriétaire, ce dernier a intérêt à s'intéres ser à la culture et à patronner le métayer.
6. Ifl., iH. et suiv. ". Lo Roule, II, 'J«.
8. Ibid.
9. Se. soc., I, tfifi à 470. Franc. d'aiij..'\iy.l\',ch. ii.
286
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE
15. Le fermage est peu favorable au jiatronage >. Parce que le fermier étant complètement à son compte, le proprié- taire est porté à se désintéresser de tout rôle de patron, non seulement vis-à-vis de son locataire, mais même vis-à-vis du domaine.
16. Les inondations périodiques du Nil ont produit le plus grand type de patron de l'antiquité, le Pharaon-. Parce que la culture n'était possible que par l'interven- tion d'un grand patron réglant souverai- nement tout le système compliqué des irrigations. Aussi, sous les Turcs, inca- pables par leur formation sociale de jouer ce rôle difficile de patron, la culture de l'Egypte décline. Au contraire, elle se relève actuellement, parce que les Anglais ont su reprendre ce rôle de grand patron distributeur des eaux.
17. Le défrichement difficile des marais du Latium a fait des vieux Romains une classe remarquable de patrons ruraux, les Patriciens ^. Aussi durs pour les autres que pour eux-mêmes, ces patrons ont été capables de coloniser l'Occident et de dresser à la culture romaine des popula- tions innombrables. Mais, avec l'esclavage, ils ne résolurent pas le problème du relè- vement de la population agricole, ainsi que l'indique la répercussion suivante.
18. L'esclavage est impuissant à dresser l'ouvrier à se patronner lui-même ^. Parce qu'il ne le dresse pas à l'usage de la liberté et de l'initiative nécessaire pour se patronner; au contraire il l'atrophie. De là, l'impuissance des esclaves affranchis à user de leur liberté pour continuer l'oeuvre de la colonisation.
19. La féodalité territoriale a créé le plus grand type de patron rural du moyen âge'^. Au lieu d'attacher l'homme à la per- sonne, comme l'esclavage, le patron féodal l'a attaché à la terre, en lui concédant la jouissance exclusive d'une maison et d'un petit domaine.
1. Franc, d'auj., liv. IV, cli. ii. 6'c. .soc, IV, 229. 0. E., VI, 107.
2. Se. soc, IX, 5G3 et suiv.
3. LaRoule. I. liv. III. ch.vi. Se. soc, fasc. XXII, 54.
4. .Se soc, III. 209 à 216.
5. .Se. soc, IV, 192; XXXI, 433; XXXII, 300. Hist. de la Form. partie, passim.
Par les bénéfices réalisés sur ce do- maine, le serf s'est élevé progressivement de la corvée à la redevance en argent et ensuite à l'état d'homme libre. C'est la cause la plus manifeste de la supériorité sociale de l'Occident sur l'Orient, du moyen âge sur l'antiquité. L'Histoire de la formation particulariste d'Henri de Tour- ville raconte, d'après la science sociale, cette magnifique épopée.
20. L'exploitation forestière crée le grand patron et favorise le patronage ^. Parce que la production du bois, nécessitant une- longue prévoyance, exige le grand patron. D'autre part, cette production réglée par la nature d'une façon immuable assure aux populations des ressources fixes, ce qui fa- vorise la permanence des engagements.
21. L'exploitation des mines profondes crée le grand patron collectif, sous la forme de sociétés d'actiotinaires et rend le patronage plus difficile '. Parce que cette exploitation exige des frais de recherche, d'extraction et d'exploitation qui dépas- sent les ressources d'un patron individuel. Le patronage est plus difficile, parce qu'il est collectif et, dès lors, plus administratif, et parce que les ouvriers sont très nom- breux.
22. Le clan détermine une forme de pa- tronage à la fois intense et inefficace^. Parce qu'il est surtout et avant tout inté- ressé. Le chef de clan patronne les gens pour les utiliser en vue de la domination de son clan.
23. Le patron à formation particulariste tend plus à patronner l'ouvrier en l'éle- vant qu'en l'assistant ". Parce que cette formation développe plus l'initiative indi- viduelle que l'assistance collective.
24. Le patron à formation instable pa- tronne peu et livre les ouvriers à des pa- trons artificiels *^. Parce que son instabilité
6. Se. soc, VI. 22 à 2o, 2;) à 37. 0. E.. III. 47, 94» 130.
7. Se. soc. I. 371 ; II. 398. 402; VII. 128. 320. 24^;; fasc. XXIV, 14, 10. 2U. 36. 'M. 07, 80. 91, 93, 96, 101. 0. M., m. 149; 2» scr.. I. 39. 250.
8. .Se soc, XXIV. 37. Franc, d'auj., liv. iV, ch. i. La Route, II, liv. IV, cli. m.
!t. 6c soc. XIX, 118; XXX, 51. 0. E.. III. 04. 315. 405: IV, 82. 0. M.. 1, 70. 383.
10. Se soc, I, 4ol ; V. 40; XXIV. 347. 0. E. et 0. M., les monographies de ce type.
DE SCIENCE SOCIALE.
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l'empêclie ù la fois d'assister et d'élever: dès lors l'ouvrier tombe sous le patronage de patrons artificiels : commerçants ([ui fournissent à crédit, médecins qui donnent leurs soins gratuitement, prêtres et par- ticuliers qui créent des œuvres cliarita- bles, politiciens qui fomentent les grèves et promettent la révolution sociale, insti- tutions d'assistance, etc.
25. Le& patrons artificiels sont inajites â patronner efficacement K Parce que n'étant pas les patrons du travail, ils ne peuvent donner qu'une assistance mo- mentanée, irrégulière et toujours insuffi- sante. Cette assistance a souvent pour effet de détourner de l'effort et du travail et d'endormir dans une fausse sécurité.
Conclusions. — 1. Le Lieu peut rendre le patronage facile ou difficile (Répercus- sions, 1. 3).
2. La nature du Travail modifie les con- ditions du patronage (Rép. 8, 9, 10, 11. 12, 13, 14, 15, 16, 17, 20, 21).
3. Le patronage qui soutient l'ouvrier ne résoud le problème que dans certains cas et momentanément (Rép. 4. 5, 6, 7. 16, 18, 22, 24, 25).
4. Le patronage qui relève rouvrier, résoud seul le problème (Rép. 17, 10, 23).
Edmond Demulins.
MORALE ET SCIENCE
La grave question des rapports de la morale et de la science a été posée avec une insistance particulière dans notre Congrès de l'année dernière et dans le Congrès de cette année, ainsi qu'on a pu le constater dans le compte rendu que nous avons publié dans la dernière livraison.
Dans la lettre suivante, notre collègue. M. Michel Mérys, reprend la question. On lira sa lettre avec intérêt. Mais je ne crois pas que nous arrivions à élucider la ques- tion par le procédé philosophique. Nous ne réussirons à faire la lumière et à mettre les esprits d'accord, qu'en cher-
1. Se. soc. XIV, ->G8: \V. -27. 0-2: XVIII. 42'., U. .M.. III, 100.
chant à déterminer, dans les faits et au moyen de l'analyse méthodique, les réper- cussions qui existent réellement entre la science sociale et la morale. Ce travail doit être fait. J'essayerai de montrer procliai- nement les résultats auxquels je suis
arrivé.
E. D.
A M. Edmond Demolins.
Cher Monsieur,
J'ai été obligé, faute de temps, d'écourter ma communication au dernier congrès. Elle comportait une seconde partie sur laquelle je désirerais revenir.
D'abord, sur la prospérité sociale placée dans l'harmonie des organes sociaux à leur fonction propre, et de ces fonctions entre elles.
U est certain que la prospérité, le ca- ractère normal, l'excellence d'un groupe- ment, d'une combinaison, d'un rouage social consistent à atteindre le but pour lequel il a été combiné. La logique nous oblige à étendre le même raisonnement aussi bien à la Société tout entière, et à la juger d'autant mieux faite qu'elle ré- pond mieux à son objectif d'ensemble. Mais quel est-il? Sa morale peut seule nous le dire.
Et rien ne nous autorise à penser que le but de la vie sociale soit seulement une harmonie indifférente entre les satisfac- tions des divers besoins de l'homme. En réalité, il n'y a pas d'harmonie indiffé- rente, l'harmonie n'étant produite que par l'exacte proportion des parties à une idée d'ensemble. Hors de là l'harmonie ne saurait être nulle part. Elle n'est pas dans la symétrie ou l'égalité. L'homme dont le bras serait égal à la jambe serait mons- trueux. Il faut une subordination, c'est-à- dire un plan, c'est-à-dire une finalité.
Une société se compose de groupements multiples et entrecroisés, combinés sépa- rément et simultanément en vue de cer- taines fins partielles distinctes et souvent même concurrentes, mais cependant soli- daires ; si bien que ce mélange complique n'est, somme toute, qu'un vaste mécanisme monté pour la réalisation d'un certain
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BULLETIN DE LA SOCIETE INTERNATIONALE
idéal de vie et de destinée. C'est parce que cet idéal a lui-même sa loi et ses propor- tions qu'on en peut trouver une particu- lièrement souhaitable entre les diverses fonctions sociales. C'est parce que Thomme tient plus à vivre qu'à chanter qu'on de- mandera à la société d'être une machine à produire avant tout des moyens d'exis- tence, accessoirement seulement des satis- factions artistiques. Nulle autre raison ne permettrait de subordonner le service du Conservatoire à celui des Halles.
On nous a objecté la médecine, qui se passerait de morale pour qualifier de nor- mal ou de pathologique le fonctionnement de tel ou tel organe. Mais c'est parce que nous croyons savoir très clairement le but d'ensemble de l'activité physique et physio- logique de l'individu que nous pouvons porter de pareils jugements. Et à y re- garder de près, la fixation de ce rôle dévolu à la vie animale dépend aussi du système moral qu'on adopte.
La morale ne nous enseigne pas seule- ment le sacrifice. Elle nous enseigne aussi un certain égoïsme légitime. Nous avons des devoirs envers nous-mêmes, dont le devoir de conservation. Niera-t-on que le suicide relève de la morale ? Nous devons nous entretenir en bon état de produc- tivité physique et intellectuelle. Nous avons aussi des devoirs envers notre des- cendance, etc., etc. Quand on fait la somme de tous ces devoirs, on trouve la somme de toutes les aspirations idéales de la race dans le moment donné. Et la société ne peut être faite que pour réaliser cet idéal: elle ne peut être prospère que dans la mesure où elle y réussit.
C'est pourquoi je me suis permis de définir la prospérité, qui, comme la santé, est une notion à la fois de morale et de science technique : « La prospérité sociale est la réunion des conditions de groupe- ment qui permettent de remplir le De-
ll résulte de ce qui précède qu'il est plus d'une prospérité. C'est d'ailleurs ce que vous nous avez admirablement dit, cher Monsieur, ^'■ous nous en avez montré
deuxcatégoriesprincipales, dans lesquelles vous entrevoyiez des subdivisions futures. Pour ma part, je conclu.*;, à autant de pros- pérités que de degrés de civilisation. La prospérité, si elle se définit par le devoir, varie comme lui. Il n'est pas le même pour tous les peuples. Cela dépend de leur développement intellectuel, de leurs connaissances, de leur situation momen- tanée. Un peuple primitif fortement cons- titué dans sa formation ne peut-il être plus prospère qu'un peuple civilisé, qui se désagrège et se dissout par une corrup- tion de la sienne ? Une race qui marche vers le particularisme ne serait-elle pas. dans certains cas, plus solidement assise, plus riche d'avenir qu'une race particu- lariste en régression '!
Le devoir d'un groupe arriéré n'est peut- être pas d'adopter brusquement la vie des Anglo-Saxons d'avant-garde. Le deman- derions-nous aux nègres d'.\frique"? Si ce groupe parvient à se maintenir en évoluant vers la forme supérieure d'existence, il mérite toutes nos louanges et il sera pros- père.
Seulement s'il y a plusieurs espèces de prospérité, dont chacune peut se mani- fester à un degré plus ou moins haut, elles ne sont pas toutes de même qualité. Il y a un concept de la supériorité dans la prospérité. La prospérité est supérieure, comme la moralité elle-même, quand elle est plus avancée dans le sens du progrès. Ignorant ou fruste, on peut accomplir tout son devoir, on aura fait moins beau mora- lement parlant, que rintellectuel et le délicat qui remplit tout le sien, parce que ce dernier embrasse un champ plus étendu.
C'est ainsi que le devoir se complique avec la connaissance, que la prospérité, sans toujours être plus pleine, devient jus- ticiable de plus de raffinements. Pour l'individu, peu à peu les devoirs sociaux se sont ajoutés aux devoirs égo'istes, et édifiés sur cette base. Pour les sociétés aussi, les devoirs s'étagent et s'épurent. Après l'é- nergie de défense, nécessaire pour main- tenir la conservation, on entrevoit d'autres besoins pour les peuples. Dévorer, évincer ses concurrents n'est pas le but suprême d'aucun groupement humain. S'accorder
IJE SCIE.N'CE SOCIALE.
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avec eux et avec eux se partager les rôles, les élever avec soi dans la collaboration à l'œuvre commune de l'Humanité vaut mieux. Et peut-être ceux-là qui fonderont leur politique sur ce calcul feront le meil- leur compte. Telle est la raison pour la- quelle l'aptitude à triompher ne me paraît pas plui5 entre races qu'entre individus le critère unique de la supériorité à recom- mander.
Après cela, la question n'est pas épuisée, mais elle me semble clarifiée. Au fond, ce qu'il faut aujourd'hui, c'est débrouiller la morale de la science sociale, où elle a pu paraître emmêlée.
- Le même problème se pose aussi bien pour toutes les sciences. Seulement il est ici plus délicat et plus opportun que par- tout ailleurs.
Toutes les sciences touchent à la morale, qui seule n'est pas comme les autres, qui seule est centrale. Ce qu'on appelle science ne connaît que des phénomènes et de leur enchaînement, mais n'a pas qualité pour se prononcer sur l'excellence des fins. L'homme tend à des fins -- données par l'instinct — par des moyens donnés par les sciences. La connaissance, la justifica- tion de ces instincts d'action sont du ressort de la philosophie morale.
Quand un médecin nous engage à ob- server certaines règles d'hygiène, il est sous-entendu que c'est si nous voulons nous bien porter, ou nous porter le mieux possible. Et la question de savoir si nous devons nous soumettre aux mortifications, aux jeûnes prescrits par certaines règles religieuses, ou nous exposer, pour soigner ou défendre autrui, à des dangers, à des intempéries, à des contagions ne relève pas de la médecine, mais de la morale. Dans le cas où nous mettons notre devoir dans ces cliarges religieuses ou sociales, la médecine n'a plus le droit de nous en interdire les risques. Elle doit modifier alors ses prescriptions, pour les réduire à ce qui sauvegardera pour le mieux notre intégrité physique, hors du domaine où le devoir altruiste l'emporte sur le devoir égo'iste. La médecine ne peut que recevoir
de la conception morale le but, et y adapter de son mieux les moyens, en ce qui con- cerne son département technique.
De même en science sociale. Seulement la morale des activités sociales est infini- ment plus complexe, plus ardue, moins avancée que celle des activités physiolo- giques. Nous voyons notre corps comme un ensemble puissamment lié^ nous l'ob- servons surtout par l'extérieur : notre pensée est capable d'en saisir aisément le jeu, et de vérifier presque à l'instant les conséquences physiologiques de tous nos actes. Nous voyons au contraire la société surtout de l'intérieur, par le fonctionne- ment lent des groupes qui nous dominent, et dont les plus proches nous masquent souvent les autres.
Il n'en est pas moins vrai que la société n'est pas un but en soi-même, mais un moyen pour réaliser des fins ; et que ces fins sont fort éloignées d'être admises de même façon par tout le monde, d'être données avec évidence par un bon sens universellement reconnu. Le but. l'idéal de la société anarchi.ste, celui de la société collectiviste, celui de la société rêvée par les économistes libéraux diffèrent évidem- ment. Les solitaires de la Thébaïde en eussent proposé un très particulier, que notre temps n'admettrait guère. Il y a cependant des anarchistes, des collecti- vistes, des économistes également con- vaincus. Il est des tempéraments qui pré- féreront toujours plus de liberté, fût-ce au prix de moins de sécurité; il en est qui sacrifieront toujours de l'abondance à de la justice, ou de l'espoir à de la paix. Quelle que soit l'organisation sociale à créer, la même science sociale donnera à ces esprits différemment orientés des solutions tou- jours différentes: de même que l'hygiène nous conduit à disposer nos appartements de façon diverse, selon que nous travail- lons des bras ou du cerveau.
La morale se distingue donc des sciences et, de la science sociale en particulier, tout en leur imposant à chacune les fins en vue desquelles elles préparent les voies
290
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE
pour l'action huiaaine. Mais s'il y a dis- tinction, il y a aussi connexité. Et c'est ici peut-être que se retrouveront d'accord les adversaires de nos discussions amicales. Je vais essayer de montrer comment.
Toute science complète est double. Il y a, d'un côté, la connaissance, le simple examen^! l'analyse, le tableau des faits ap- partenant aune catégorie de phénomènes : science descriptive. Il y a, de l'autre côté, la technique, science finaliste, qui part d'une action humaine possible pour grou- per en série enchaînée toutes les condi- tions qui s'y rapportent, la favorisent nu la contrarient. Le botaniste qui distingue et classe les plantes fait de la science des- criptive : il apprend à connaître la nature. Le jardinier qui étudie les manières de cultiver fait de la technique. De même, la pathologie et la pliysiologie décrivent, la médecine et l'hygiène prescrivent.
Une science, dans sa branche technique, a donc le droit de prescrire. Mais seule- ment au conditionnel. « Si vous voulez tel résultat, prenez-vous-y de telle façon ». La science sociale se divisera aussi en une étude des faits, avec leurs répercussions, étude ordonnée d'après l'analyse purement objective, et une étude des méthodes d'ac- tion, technique ordonnée d'après les syn- thèses finalistes.
Et cela permettrait déjà à nos maîtres, à vous tout le premier, cher Monsieur, de continuer à prescrire, à instruire et à guider, comme le médecin guide tous ceux ([ui, d'accord dans leur désir de santé, errent seulement dans le choix des moyens efficaces. La plupart de nos contemporains mettent les mêmes biens au premier rang de leurs souhaits. Vos ordonnances s'ap- pliqueraient à leur cas. Et de légères pré- cautions oratoires manjucraient suffisam- ment le conditionnel des prescriptions.
Je suis tout à fait de l'avis de M. Bertier, quand il s'efforce de maintenir une prédi- cation doublement précieuse par la solidité . scientifique de sa base et par l'élévation de ses tendances morales. Si la remarque précédente ne suffisait pas à l'autoriser, on pourrait en ajouter une seconde. Ni l'homme, ni l'écrivain, ne sauraient dé- pouiller une part, et la plus haute, de leur
nature. Il n'y a donc pas de technique dont les docteurs ne fassent carrément de la morale. Cela prouve qu'ils font oeuvre à la fois de technicien et de moraliste. Et la chose est légitime, elle ne diminue en rien leur autorité technique, pourvu que la dis- tinction soit claire, ou soulignée, entre les deux domaines. Il ne faut pas vouloir ap- puyer Sur un échafaudage fait exclusive- ment de preuves d'un ordre technique déterminé des conclusions qui appartien- nent à la morale. Mais on peut les affirmer avec sa conscience à laquelle l'autorité du savant donne crédit, et même les confir- mer par des arguments techniques. C'e.st ce que je vais m'efforcer d'élucider quand j'aurai cité un exemple. L'exemple est celui des hygiénistes. Ils disent aux tuber- culeux : c Ne crachez pas dans la rue ». Comment le diraient-ils si ce n'était au nom delà morale? Ils forment des ligues pour empêcher de cracher par terre, d'au- tres pour s'opposer (au besoin par un re- cours à la force publique) à des actes qui dissémineraient d'autres contagions. Ils prêchent à de certaines gens des vertus astreignantes, ou onéreuses, souvent sans bénéfice pour le malade. Au nom de quel principe sinon moral? Leur science tech- nique leur permettrait simplement un avis : « Attention, à moins de telle précau- tion, vous risquez de faire du mal à autrui ». A quoi certains répondraient : i< Il n'im- porte ».
Leur autorité scientifique n'est pas di- minuée par ces croisades morales, où. parfois, ils peuvent errer cependant. Bien mieux, si leur morale, même erronée, ne compromet pas leur technique, leur tech- nique peut éclairer et fortifier leur morale. Et c'est qu'il n'y a pas un savant qui, en bâtissant sa science propre, ne travaille aux fondations de la morale.
Toutes les sciences se touchent en effet, et la morale s'appuie sur toutes. La morale a aussi sa base dans la connaissance, sa pointe, pourrait-on dire, vers la finalité : elle a une partie descriptive et une partie technique. La connaissance la fonde, et tous les ordres de connaissances. La bio- logie qui nous apprend ce qu'est la vie, l'astronomie ce qu'est l'univers lointain.
DE SCIE.\CE SOCIALE.
:>91
etc.,etc..nou.sen.seignent en commun notre sort et nous font, par suite, comprendre et admettre le Devoir. La science sociale fournira, elle aussi, des faits à la science morale pour se constituer, des faits de la plus haute signification. Le savant sera donc apte à y préparer efficacement l'œu- vre intellectuelle des moralistes; il devien- dra aisément lui-même un moraliste in- formé sur certains points de façon nouvelle. A mieux savoir comment vivent les hom- mes en société, on devinera mieux à quoi sert, où va leur vie.
D'autre part, la technique morale fixe des buts; mais elle a besoin des techni- ques scientifiques pour les préciser. Si bien qu'elle empiète sur elles à tout ins- tant. La morale nous interdit de faire souffrir autrui. Elle va plus loin en ajou- tant : € Tu ne frapperas point ». Si l'on voulait savoir dans quelle mesure et avec (luelle force il faut s'abstenir de frapper, on devrait mesurer la résistance physique et la sensibilité de l'être soumis aux coups, et cela suivant son âge, le point visé, et on serait en plein dans la technique phy- siologique, neurologique, etc..
C'est ainsi qu'une chose a paru bien, dans certains temps et dans certains pays. mal dans d'autres. La loi morale n'avait pas changé, mais la prescription morale positive, étroite, la technique morale avait changé, par le changement de la tech- nique scientifique correspondante. Ce qu'on croyait ici dangereux pour autrui avait été, par exemple, reconnu ailleurs pour plutôt innocent.
Et donc ce sont souvent les techniciens qui sont qualifiés pour rectifier, par la lumière de leur compétence spéciale, la technique morale basée jusque-là sur une erreur scientifique. A cet égard, la science sociale peut singulièrement perfectionner la morale. C'est son rôle de dire : « Vous, morali-stes, avez jusqu'ici recommandé la stabilité patriarcale : non pas qu'elle soit directement en elle-même un desideratum de la morale, mais parce qu'elle semblait favoriser sans inconvénients beaucoup de vertus. Elle les favorise en effet; mais une autre formation, qui ne peut coexister avec elle, les développe autant ou plus.
tout en en faisant naître d'autres, qui de votre aveu sont précieuses. La conclusion, « c'est à vous de la tirer. Mais pour la tirer, en ce cas trop évident, tout le monde peut se faire moraliste, et, sachant ce que je sais, ce que j'enseigne et démontre , con- damner la formation communautaire. Quitte à vous, utilisant ces nouvelles na- tions, à rectifier au besoin, par des consi- dérations de votre compétence, les con- clusions que j'en tire ».
A le prendre de la .sorte, il peut être souvent légitime d'opposer à une règle pratique de la morale admise l'informa- tion de la science sociale. Il semblerait que cette dernière soit alors la maîtresse de la morale, bien loin de reposer sur un postulat moral. Mais, dans ces cas, c'est au nom de la loi morale qu'on rectifie la règle morale, comme un tribunal peut interpré- ter la pensée d'un testateur contre ses pa- roles. C'est seulement au nom de la loi inorale que la science sociale peut corriger un préjugé moral. Lors donc que les hom- mes disputent simplement sur la vraie ap- plication de mêmes principes communs à tous les camps, la science sociale e.st juge entre eux. C'est alors qu'elle prête main forte à la morale et collabore avec elle. Là où les principes sont en opposi- tion, la science .sociale n'a plus voix au chapitre, elle ne peut plus prescrire qu'au conditionnel.
J'espère avoir été clair. Je crains d'avoir été long. Excusez-m'en, cher Monsieur, et croyez que je vous serais d'autant plus reconnaissant, si vous ouvrez à ces expli- cations les colonnes de notre Revue.
Agréez, je vous prie, avec mes remer- ciements anticipés — et un peu confus — l'expression de mes sentiments les plus distingués.
Michel Mi':i:v-.
Pour les reliures destinées à classer les fascicules, voir la couverture 12*-' page).
292
BULLETIN DE LA SOCIÉTÉ INTERNATIONALE DE SCIENCE SOCIALE.
APPRÉCIATION DE LA PRESSE
La Science sociale entreprend de donner l'explication de l'histoire par la science so- ciale. Le premier essai, publié dans la li- vraison de septembre-octobre, porte sur la Grèce ancienne, par M. G. d'Azambuja. L'histoire de la Grèce ancienne est bien connue, ou du moins devrait l'être, puis- que c'est un des fondements de l'ensei- gnement classique, comme l'histoire sainte de l'enseignement religieux. Mais, si on connaît plus ou moins bien les faits, on ignore les rapports qui existent entre eux, pourquoi et comment ils se répercutent les uns sur les autres ; comment ces ré- percussions expliquent la société grecque et la différencient des autres sociétés an- ciennes et modernes.
C'est cette explication que veut donner la Science sociale. M. d'Azambuja était d'autant mieux indiqué pour remplir cette tâche qu'aux qualités d'un lettré accompli il joint celles d'un historien consommé, ayant publié une série d'études très re- marquables et très remarquées sur la Grèce ancienne, telles que : les Ancêtres de Socrate; Socrate et son groupe: Aris- tote ; Aristophane ; le portique de Zenon et les jardins d'Epicure, etc. Cet ouvrage inaugure la Collecion des classiques de l'É- cole des Moches, où l'on s'efforce de régé- nérer la pédagogie et, par conséquent, l'histoire.
— Le fascicule de novembre de la même Bévue n'est pas moins intéressant. M. Paul Descamps y traite la question sui- vante : L'humanité e'volue-t-elle vers le so- ci(disme ?
Pour tous les observateurs superficiels, qui jugent des choses par les apparences et qui s'imaginent que les lois humaines ont une efficacité souveraine, l'affirmative n'est pas douteuse. "V'oyez, diront-ils, le
nombre des socialistes augmenter en tous pays, leurs chefs accéder de plus en plus aux sièges de conseillers municipaux, à la députation, aux ministères même. Le triomphe définitif n'est plus qu'une affaire de jours.
M. Descamps ne voit pas les choses de cette façon. Au-dessus de ces lois humai- nes, fétiches des civilisés, il voit le torrent de lois naturelles qui les emporte comme des brins de paille. Le dévoloppement des moyens de communication, la multiplica- tion des échanges matériels et intellec- tuels qui s'en suit, sont des forces bien autrement puissantes que les décrets des assemblées législatives, qui ne sont pres- que jamais appliqués, puisque, sitôt ren- dus, on ne cesse plus de les retoucher, de les réformer.
Comme le dit M. Demolins dans' la pré- face de cette étude, n'importe qui, à un moment donné, peut s'emparer du pou- voir; mais personne jusqu'ici n'a pu y rester, en gouvernant contre la force des choses.
« Pour réaliser le rêve des théoriciens du socialisme, il faudrait ramener l'hu- manité au travail extensif, au travail ser- vile de l'antiquité et de l'Orient, au des- potisme des pouvoirs publics, à l'interdic- tion totale de toute concurrence par la suppression des chemins de fer et de la liberté du commerce, à l'étouffement de toute initiative individuelle. »
Pour que la réalisation du socialisme devint possible, il faudrait que l'initiative individuelle fût étouffée, même parmi les législateurs; il faudrait que les hommes fussent tous fous de la même manière, ce qui ne s'est jamais vu. Nous avons donc du temps devant nous.
{Journal des Économistes.)
BULLETIN BIBLIOGRAPHIQUE
L'Avenir de l'Église russe, par Joseph WiLBois. — Un vol. in-12; Blond.
Après le livre classique de M. Anatole Leroy-Beaulieu, r Empire des Tsars et les Russes, après l'Histoire de la Russie, de M. Alfred Rambaud, on peut lire et on doit lire les notes de voyages de M. Joseph W'ilbois. Elles ont une grande intensité de vraisemblance et de saveur.
M. Wilbois n'a pas écrit son livre dans une bibliothèque et s'il n'ignore rien de ce qui a été publié de sérieux sur la Rus- sie, il dédaigne [de faire un vain étalage d'érudition. Mais, Latin et Slave à la fois par son origine, il a appris en Occident, à l'école de Le Play, de Tourville et de De- molins, les procédés d'investigation d'une science sociale intelligente ; puis, armé de ces procédés, il est parti à travers la steppe et il a essayé de saisir et de com- prendre rame de ses pères. Il Ta com- prise, il la fait comprendre. Son livre ne ressemble à rien; sans connaître la Russie, on a l'impression qu'il est Russe. Cette sensation indéfinissable que laisse en nous un roman de Tolstoï, même parcouru dans une mauvaise traduction, on la retrouve en lisant M. Wilbois. Aussi les Russes et les Occidentaux qui ont vécu longtemps en Russie, ont apprécié comme il convient la saveur russe de ce livre.
M. Wilbois a étudié surtout l'Eglise russe. Mais comment comprendre l'Église russe sans avoir étudié le milieu social, s'il est vrai que partout — et en Russie plus que partout ailleurs — l'Église et la société sont étroitement unies et exercent l'une sur l'autre une action réciproque? Aussi M. Wilbois a étudié la constitution sociale de la Russie (la terre russe, l'exis- tence du paysan russe, l'existence de la noblesse russe), puis l'àme russe comme produit de la vie russe (les faits moraux, les faits intellectuels, le déséquilibre, les conséquences religieuses) avant d'aborder le problème de l'Église.
Grâce à cette méthode lumineuse, le culte russe et l'organisation ecclésiastique apparaissent comme un produit du milieu ; les différences qui séparent les Russes des catholiques apparaissent accompagnées de leurs raisons sociales et historiques et ex- pliquées par elles. Non seulement nous comprenons mieux l'état actuel de l'Eglise ■ russe, mais nous arrivons jusqu'à entre- ' voir son avenir.
! Voici les sept chapitres qui forment ce I livre : 1° Sur la constitution sociale de la ' Russie ; 2" L'àme russe comme produit de la vie russe; 3'^ Petit abrégé de l'histoire ; de l'Église russe ; 4'' Le culte ; 5'^ L'organi- sation ecclésiastique ; 6° Le Raskol et les sectes ; 7^ L'avenir de l'orthodoxie.
Le Rachat des Chemins de fer, par
Georges Price. — 1 vol., Dunod et Pinot.
Les personnes qui désirent s'assimiler la question du Radiât des Chemins de fer trouveront dans ce volume un exposé clair et complet du problème et de ses consé- quences. C'est une œuvre de vulgarisa- tion, grâce à laquelle tout le monde peut s'éclairer sur cette question des transports, qui est d'un intérêt universel et qu'on con- naît trop peu.
Sur le travail, par la comtesse Za- MuYSK.v. — 1 vol. in-12, Lethielleux.
Ce petit livre est adressé aux femmes de Pologne par une grande dame polo- naise, qui a consacré sa vie au relèvement de la Pologne par le travail, et par le tra- vail de la femme. Elle montre que toute femme peut et doit faire une part dans sa vie au travail manuel, au travail intellec- tuel, au travail spirituel. Elle entre dans des détails fort minutieux, et parfois très piquants, qui feront sourire plus d'une lectrice, mais qui ne manqueront pas de leur ouvrir les yeux sur mille petites né- gligences ou fâcheux travers.
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ECOLE DES ROCHES
VERNEUIL-SUR-AVRE (Eire) Juillet 1907
Chaque livraison : 2 fr.
N° 13.
SOMMAIRE
I. — La Vie générale et le Personnel de l'École. 1'. 311.
L'annoo scolaire 190<i-19<J7. par M. Edmond Demolins. — Le personnel de l'École. — Liste des élèves. — Les stages à l'étranger, par 31. Henri Troc-mk. — Les soirées du dimanche au Vallon, par M"" Valentine Sai.nte-Marie. — Exa- mens du Baccalauréat.
II. — Le Travail classique. P. 334.
Les études en lyOG-lUMT, par 31. Georges Bektiek. — La « Huitième » ; la phy- sionomie de la classe, par M'" Valentine .Sainte-Marie, 31. P.«:heco, S. Naon, V. DE Paillette, M. Albry, Jules Latif, R. E. de Fkeitas, R. Réqlédat. — La partie d'échec, par J. Lauer. — L'enseignement de l'allemand, par 3L F. Grlnder. — Der deulsche Unlerricht, pai- Eud. Grigorovitza. — Cours sur l'histoire de l'Art, l)ar Pierre jMonmer. — Le dessin libre, par 3L ilaurice Storez. — L' « Espé- ranto » à l'École, par 31. II. Thocmé. — Debating Society.
III. — La Section spéciale, P, 37(i.
Nos excursions agricoles, par 31. Paul .Iénakt. — Conférences d'agriculture, par les Élèves. — La ferme du Coteau, par .l.-B. W. — L'Enseignement de la ■ science sociale, par 31. E. D. — Note sur « l'Avenue » et ses habitants, par 31. Georges Ferrand. — Un stage en Allemagne, par 31. Louis Glaenzer. — Comment un élève de la « Section spéciale » se tire d'affaire. Lettre de 31. Al- bert SXVERS.
IV. — Les Sports, les Travaux manuels, les Excursions. P, 385.
L'éducation physique, par 31. G.-B. — ■• Games », par 31. B. Belij. — Les travaux pratiques et l'e.xposition du 30 juin, par 31. G. B. — Exposition an- nuelle. — Pour le laboratoire d'Histoire naturelle. — Atelier du fer, par 3L E. Olixet. — La planisculpture par Ch. Siou et J. Thiercelin. — Les excur- sions. — Une excursion du demi-terme, par E. de Bary.
V. — Les Séances littéraires et musicales. Nos œuvres. P, 111.
Nos séances, par 31. A.-B. — La Revue de la « Guiche », de 31. Joseph VVilbois. — La musique, par M. Armand Parent. — Principaux morceaux exécutés pendant l'année. — Les lundis musicaux des Roches, par 31. A. Raugel. — Nos colonies de vacances, par 31. H. Troc.mé. — Pour les aveugles, par 3L F. M. — Tontre l'alcoolisme. — Visite des pauvres, par P.
VI. — Nos anciens Élèves. P. 434,
La Soei('i<' di's anciens ('lèves. — Extraits de la Correspondance. — Nécrologie.
Nos gravures.
Projet de diplôme, p! 310. — Excursion de la Guichardière à 3Iaintenon, p. 310. — Les mendiants, par 31. Croniei;, p. 322. — La nouvelle classe de mo- delage. — Le patinage, p. 32<S. — La classe île « Huitième ». — Enfants de nos professeurs, p. 352. — Cours d'Histoire de l'Art, p. ',^S. — De.ssins d'élèves, p. 361, 302, 363, 365, 366. — Équipe de foot-ball, p. 387. — Moteur de M. de Tlrckiielm, p. 394. — Dessins d'élèves, p. 307, 3î)0, 400, 401. — Objets faits par les élèves à la menuiserie, p. 402. — Quelques illustrations de la Revue de la Guiche, p. 418, 41'.», 421, 422, 423, 421, 426.
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I. V \ lE GK\ÉR ALE ET I,E FERSOWEE DE I,*É( OEE
L'ANNÉE SCOLAIRE 1906-1907
Cette année a vu s'accentuer et s'affermir le succès de l'École. Nos cinq maisons sont pleines et nous pensons qu'au lieu d'en augmenter le nombre, il est préférable de sélectionner de plus en plus nos élèves. Depuis l'origine de l'Ecole, nous pratiquons cette sélection, mais, cette année, nous l'avons appliquée d'une façon toute spéciale. Il est entendu que les nouveaux élèves ne seront admis cju'après une période d'essai de trois mois et qu en- suite ils ne resteront que si leur conduite est tout à fait satis- faisante. La porte d'entrée sera étroite et la porte de sortie largement ouverte. Cette mesure, appliquée dès cette année, a donné d'excellents résultats.
Nous avons à faire un autre progrès. Ceci s'adresse à nos ca- pitaines. Nous leur sommes très reconnaissants du concours qu'ils nous donnent et qui a beaucoup contribué au succès de l'École. Leur tâche n'est pas facile, d'autant plus que leur expé- rience n'est pas toujours à la hauteur de leur bonne volonté, ce qui est assez naturel.
xMais, à mesure que notre « École nouvelle » devient une vieille École, nous devons tous bénéficier de l'expérience accu- mulée. Il faut donc que nos capitaines comprennent et remplis- sent (le mieux en mieux leur rùle. Jusqu'ici, quelques-uns ont été plus portés à accepter les avantages que les charges de cette fonction. Les capitaines ne sont pas simplement des garçons qui ont un bureau à eux et un titre honorifique. Us doivent être
."{12 LE JOURNAL
les conducteurs et les entraîneurs de leurs camarades; ils doivent exercer une autorité et, pour cela, ils doivent travailler à acqué- rir de l'autorité. Cette fonction, il ne faut pas l'oublier, est la meilleure préparation à la vie. Un bon capitaine saura plus tard diriger des employés et des ouvriers, avec justice et fermeté. Nous soutirons surtout aujourd'hui d'un manque d'hommes et d'un manque de chefs, dans toutes les professions. Ce ne sont pas les situations qui manquent aux hommes, ce sont les hommes qui manquent aux situations. Les peuples qui fabriquent des hommes supplantent les autres et les évincent, car la loi de sé- lection, qui existe pour les plantes et les animaux, fonctionne également pour les sociétés humaines. Et elle fonctionne aujour- d'hui plus impitoyablement qu'autrefois, à cause du dévelop- pement inouï des transports, qui rend la concurrence de plus en plus acharnée.
Pour triompher dans cette concurrence, il faut être un homme de volonté et être capable de l'etfort; il faut aimer l'effort pour lui-même et s'y entraîner comme à un sport. Voilà ce que tous nos garçons doivent comprendre et nos capitaines plus que les autres.
.l'ai inauguré, cette année, des conférences du dimanche, qui s'adressent à nos grands élèves. J'espère que ces conférences contribueront à établir une communauté d'idées sur un certain nombre de questions fondamentales et directrices. Ces idées se répandront ensuite, de proche en proche, parmi les élèves plus jeunes. Il est nécessaire d'établir dans l'École l'unité d'esprit et de vues, sur les graves problèmes qui se posent et qui s'im- posent aujourd'hui.
Je suis heureux de pouvoir donner de bonnes nouvelles de V École de Guijenne, qui a été fondée sur le modèle de celle des Roches, par deux de nos anciens professeurs, iMM. Picard et Roujol. Cette école avait d'abord été installée dans le château de Bourran, situé dans la banlieue de Bordeaux. La proximité d'une grande ville n'était pas favorable à une école de ce genre, où l'on ,se préoccupe, non seulement de l'instruction, mais en- core de l'éducation. Nos amis l'ont compris et ils viennent de se transporter à Blanquefort, ce qui met une distance plus res-
DI-: I.'ÉCOLE DES ROCHES. '.W'i
pectable entre l'école et Bordeaux. xM. Roiijol me fait part des progrès réalisés, qui sont très satisfaisants. Il ajoute : « Notre cadre est très homogène. Tout le monde se convertit peu à peu à la méthode de la science sociale, maîtres et garçons, et, d'ici un an, nous aurons une belle unité intellectuelle. » Nos meil- leurs vœux pour cette filiale de ï Ecole des Boches.
Je ne puis malheureusement pas donner les mêmes nouvelles de VÉcole du Sud-Est, fondée par M. Bachelet, avec le concours de quelques parents de nos élèves. On a dû la fermer, après un essai de quatre années. Il est regrettable que les fondateurs n'aient pas su persévérer plus longtemps, car la population lyonnaise, naturellement peu portée vers les nouveautés, ne s'y décide que lentement. Mais, une fois décidée, elle persévère. C'est la persévérance qui a manqué aux promoteurs de l'entre- prise, et cependant on ne fait rien sans cela.
Pour obtenir le succès, il faut, en outre, se mettre dans les conditions qui le facilitent et qui l'imposent.
D'abord, au début d'une création de ce genre, il ne faut ac- cepter que des élèves jeunes et n'ouvrir que les classes infé- rieures, jusqu'à la quatrième seulement. C'est ainsi que nous avons procédé, et cela me paraît une condition indispensable, pour réduire les difficultés au minimum et constituer solide- ment l'esprit et le cadre de l'École. Dans des Ecoles d'un type aussi nouveau, l'introduction, au début, de grands élèves, formés dans des milieux différents et par des méthodes dif- férentes, est presque toujours une difficulté^ souvent un danger. Ces élèves ne peuvent être assimilés que s'ils trouvent un cadre solidement établi. Même dans ces conditions, il faut compter sur un fort déchet. Et alors il ne faut pas hésiter à rendre ces garçons à leur famille. L'Ecole nouvelle peut faire des prodiges, elle ne fait pas des miracles.
Une autre condition essentielle me parait être de développer le plus possible, chez ses collaborateurs, l'esprit d'initiative et le respect des autonomies, il est d'autant plus nécessaire d'in- sister sur ce point que cela est directement opposé à la tendance naturelle de l'esprit français. Nous sommes essentiellement des
314 LE JOURNAL
centralisateurs et des empêcheurs d'initiative. Tout Français a une tendance à jouer les Louis XIV et les Napoléon et nous arri- vons ainsi à créer des œuvres qui sont aussi peu solides que celles de ces faux grands hommes, des œuvres qui ne vous sur- vivent pas et qui, même, périssent de votre vivant. Ce genre de grands hommes est une plaie de l'humanité.
Pour créer une œuvre vivante et prospère, il faut maintenir énergiquement les deux conditions suivantes, indiquées par l'observation sociale :
i° Confier chaque service à un chef désigné spécialement et ayant à la fois une large initiative et une entière responsabilité vis-à-vis de l'autorité supérieure.
2° Maintenir énergiquement chaque chef de service dans le cercle de ses attributions et l'empêcher d'intervenir dans les services confiés à ses collègues.
Cette dernière condition est aussi indispensable que difficile à réaliser en France, parce que nous sommes naturellement portés, par notre formation sociale, à négliger ce dont nous sommes chargés et à nous immiscer étourdiment. pour les cri- tiquer, dans les services qui ne nous sont pas confiés. C'est ainsi que tant d'entreprises, créées par des Français, périclitent et finalement passent entre les mains d'entrepreneurs étrangers, plus respectueux, à la fois, de l'autorité et de la libre initiative.
Je poursuis en ce moment une enquête, qui sera publiée dans la Science sociale, pour montrer comment et pourquoi tant d'industries françaises passent actuellement entre les mains de patrons étrangers, anglais, allemands, belges, etc.. C'est là le grand péril social à l'heure actuelle. C'est le commencement de la colonisation de la France par l'étranger. Il n'est que temps de jeter le cri d'alarme, pour essayer, si cela est encore possible, de sauver notre nationalité menacée. Ce n'est pas impunément qu'un peuple a traversé trois siècles de centralisa lion et de bureaucratie, aussi bien sous l'étiquette monarchique que sous l'étiquette républicaine.
Il importe que les écoles nouvelles modifient cet état d'esprit et cet état de choses, d'abord dans leur organisation même, ce
m: l/KCdLK DES ROCHES. ■"Îl-J
qui leur assurera le succès; ensuite, on imprimant à leurs élèves une autre formation, afin de créer ainsi une nouvelle race de patrons, capables de réussir dans leurs affaires et de tenir tête à la concurrence étrangère envahissante.
Le nouveau volume de M. G. d'Azambuja, sur la Gi-èce an- cienne, étudiée d'après la Science sociale, a servi de guide, cette année, pour renseignement de Thistoire dans les classes de huitième et de quatrième, ainsi que l'indiquent plus loin, M. Bertier et M'" Sainte-Marie. M. Ernest Picard m'écrit à ce propos : « Tous mes compliments pour le nouveau fascicule de la Science sociale sur la Grèce ancienne do M. d'Azambuja, c'est un excellent manuel d'histoire grecque, que nous allons adopter kV École de Gm/enne . » 11 exprime ensuite le vœu que l'ouvrage soit illustré par des gravures et des cartes.
Je ne puis résister, malgré une certaine gêne, d'ailleurs bien faible, à terminer cet article par une petite réclame en faveur de l'École. D'abord, on est toujours mieux servi en so faisant sa réclame à soi-même ; ensuite, pour réussir dans ses entreprises, il ne faut pas avoir une modestie exagérée (Retenez cela, mes chers enfants ; enfin, il faut bien, de temps en temps, répondre à ses détracteurs.
Il s'agit des deux lettres suivantes adressées àM^'^Demolins. Ces deux lettres se confirment et se complètent l'une par l'autre : la première a été écrite par une mère de famille dont le fils était à l'École depuis six mois ; l'autre, par une mère do famille dont le fils, après un séjour de six années, est sorti de l'École l'année dernière, après avoir passé brillamment ses deux baccalauréats.
" Chère .Madame, je suis en possession de mon fils depuis liier. .Nous som- mes si iieureux de l'état physique et moral de cet enfant, et, au point de vue de la santé, vous nous rendez un enfant tellement dilférent de celui que nous vous avons confié, il y a six mois, que je ne puis mempècher de venir vous remercier, vous et M. Demolins, d'avoir fondé une école aussi bienfaisante. J'en causais avec une autre maman, hier, sur le quai de la gare, et nous disions lyriquement que si quelque chose, en ce monde, approche de la perfection, c'est l'Eco/p des Roches (C'est ce passage qui gène le plus ma modestie). Vous voyez que nous n'y allions pas par quatre chemins ! Je vois avec plaisir que, si Gilbert est ravi de tous ses maîtres, ses maîtres ont l'air d'être aussi bien contents de lui. Tout est pour le mieux dans le meilleur des mondes, et c'est
.■J16 LE JOURNAL
grâce à vous, chère Madame, qui nous avez tire de l'ornière où nous étions enfoncés cet hiver... »
L'intérêt de cette lettre s'augmente de ce double fait que le père est un des médecins les plus en vue de Paris et que, à la rentrée suivante, on nous a confié un second fils. Et c'est ainsi, que, quoi qu'on en dise, la vertu est toujours récompensée.
« Chère Madame, Je ne veux pas tarder un jour de plus à vous dire la sa- lisfacUon que nous a causée, à mon mari et à moi, l'heureuse fin de l'éduca- tion de Georges aux Roches et ses succès à son baccalauréat. Vraiment le régime scolaire si ingénieusement institué par M. Demolins et ses amis a produit là une merveille, car j'avais longtemps désespéré que Georges, si déli- cat, put travailler assez pour obtenir un résultat tangible. Il a fallu, pour le fortifier, le système excellent de grand air et l'absence de compression morale.
« Je suis tout particulièrement satisfaite des goûts de travail qui ont été nspirés à Georges; il n'a même pas l'idée qu'il puisse, comme hélas! tant de ses amis et voisins, rester un membre improductif de la société, vivre sa vie sans rien faire ; — vous lui avez inspiré cette bonne et saine ambition qui consiste à travailler tant à son propre progrès intellectuel qu'à l'avancement de la science. Tout cela me plaîl fort, Madame, et je vous prie de le dire aussi bien de la part de mon mari que de la mienne à M. Demolins et à vos excel- lents collaborateurs... ■
N'affaiblissons, par aucun commentaire , l'effet de ces deux lettres .
En terminant, je dois signaler un dos résultats très intéres- sants de la formation donnée à nos élèves de la Section spé- ciale : dès leur sortie de l'École, ils débutent immédiatement dans la vie pratique, gagnant ainsi plusieurs années d'avance sur leurs camarades. Nous en avons déjà donné des exemples. Je signale aujourd'hui le cas de Georges Ferrand, de Louis Glaenzer et d'Albert Snyers, dont on lira les communications dans le journal. Ce dernier nous adresse de Londres une lettre très inté- ressante que l'on trouvera plus loin aux articles relatifs à la Sec- tion spéciale. Non seulement ce garçon débrouillard a réussi à trouver une situation par sa propre initiative, mais il vient de créer un club belge à Londres pour le placement de ses com- patriotes! Il faut lire le récit de cette création, faite en pays étranger, par un garçon de dix-huit ans complètement livré à lui-même. Il est vrai qu'il sortait de YÉcole des Roches! Gela explique tout.
Edmond Demolins.
nr: lecof.e des roches. 31'
LE PERSONNEL DE L'ÉCOLE
Fondateur : M. Edmond Demolixs.
Conseil crAdminislration. MM. Edmond Demoli.xs, président, Maurice Bouts, avocat, administrateur délégué. Le V^'" Cii. DE Calax, chargé de cours à la Faculté des lettres
de Rennes. Alexandre Axdré, industriel. A. Desplaxches, magistrat. Louis MoxxiER, banquier. Emile Pierret, publiciste. Auguste Thurxevssex, administrateur de la Compagnie des
chemins de fer du Midi.
Professeurs. MM. Georges Bertier, directeur, licencié es lettres, chef de la Jfaison
du Coteau. Henri Trocmé, licencié es lettres, chef de la Maison des Sablon^. Bernard Bell, gradué (B.-A.) de l'Université de Cambridge,
chef de Ja Maison des Pins. R,-C. CoiLTHARo, gradué (M. A.) de iLniversité d'Oxford, chef
(le la Maison de la Guichardière. Paul Jexart, ingénieur-agronome, ancien élève de V Institut
agronomique, chef de la Maison du Vallon. Edmond Cuxv, ancien élève de l'Institut philologique de St-
Pétersbourg. Jules Demolixs, licencié es sciences. René Des Graxcies, licencié es lettres.
318 I.E JOURNAL
Georges Dupire, ancien élève de l'Ecole des Arts décoratifs.
A. Fraysse, docteur es sciences, professeur et lauréat de l'Uni- versité.
F. Grunder, gradué de l'Université de Genève.
M. JuNGNÉ, licencié es sciences, professeur de l'Université.
Gustave Laxge, licencié es sciences, ancien professeur de l'II- niversité.
A, Massoutié, licencié es sciences.
F. Mextré, licencié es lettres, professeur de l'Université.
(i. Moulins, licencié es sciences, ingénieur chimiste.
.1. Oddes, licencié es leltres et philosophie.
M. Ouixet, professeur de l'Université, diplômé du brevet, supé- rieur et du certificat d'aptitude pédagogique.
0. Saenger-Kerstner, ancien élève du Pedagogium de (iodesberg.
Maurice Storez, architecte diplômé par le Gouvernement.
Paul Thiry, licencié ès lettres.
Joseph WiLBOis, licencié ès sciences, ancien élève de VEcole normale supérieure.
Armand Parext, chef du « Quatuor Parent ».
Octave Corbusier, 1*" prix du Conservatoire royal de Liège et de l'Ecole de musique de Yerviers.
Louis BoNJKAX, 1" prix du Conservatoire royal de Bruxelles et de l'Ecole de musique de Yerviers.
Albert Raugel, ancien élève de la Schola cantormn.
Edmond Demolixs, maîtresse de maison de la Guichardière. Georges Bertier, maîtresse de maison du Coteau.
B. Bell, maîtresse de maison des Pins.
Henri Trocmé, maîtresse de maison des Sablons. /,
Paul Jénart, maîtresse de maison du Vallon.
Valentine Saixte-Marie, diplômée du brevet et du certificat
d'aptitude pédagogique. Thérèse Saixte-Marie, diplômée du brevet supérieur. Berthe Derousseau, l^' prix du Conservatoire royal de Bruxelles
et de l'École de musique de Yerviers.
DE l'École des roches. .'UO
Aumônier : M. labljé Gamble.
Pasteur : M. Jean Monmer, professeur à la Faculté de théolog'ie
protestante de Paris. Médecin : M. le D"" Carcopixo. Professeur de gymnastique : M. Victor Perret. Économe : M. Justin Champenois. Infirmier : M. Henri Mimer. Capitaine général : Jacques Musmer.
LISTE DES ÉLÈVES
I. — Maison du Vallon.
1. Maurice ÂUBRY, a passé un an en Angleterre.
2. Lucien Berthet, n'a pas encore fait de stage.
3. Jean Biesikierski, parle allemand.
4. Maurice Bitoi zÉ. n'a j^as encore fait de stage.
5. André Bourgeois, id.
6. Pierre Bouthillier, a passé six mois en Angleterre.
7. Roger Bovet. parle allemand.
8. Jacques Castan, a passé trois mois en Angleterre.
9. Jean Castan, a passé six mois en Angleterre, trois mois en Alle-
magne.
10. André Charpentier, a passé trois mois en Angleterre.
11. Jean Colin, a passé cinq mois en Angleterre.
12. Guy DE CoiBERTiN, parle allemand, six mois en Angleterre.
13. Raymond Decalville, a passé six mois en Angleterre.
14. Jean Desplanches, trois mois en Angleterre, trois mois en Alle-
magne.
15. Edouard Echalié, n'a j>as encore fait de stage.
16. Jean Fabra, id.
17. Louis Fabra, id.
18. Marcel Ferrand. parle russe, fait son stage en Angleterre.
19. Léon Gardères-Roux, n'a pas encore fait de stage.
20. Adam de Gizycki, a passé un an en Angleterre.
21. Henri Goetz, parle allemand.
22. Raymond Herr, n'a pas encore fait de stage.
23. Marcel Japv, parle allemand.
24. Henri de La Bruyère, a passé six mois en Angleterre.
25. Jules Latiu. parle anglais.
320 LE JOURNAL
26. Pierre Latik, parle anglais.
27. Paul Lebouteux, n'a pas encore fait de stage.
28. Jean de Mareuil, id.
20. Pierre Marteau, six mois en Allemagne, fait son stage en Angle- terre.
30. Frédéric Masox, cinq mois en Allemagne, parle anglais.
31. Pierre Matras, a passé trois mois en Angleterre.
32. André Mémlx, fait son stage en Angleterre.
33. Pierre Mofroy, n'a pas encore fait de stage.
34. Pierre Muscat, |)arle allemand.
35. Alfredo Pacdeco, parle anglais.
36. René Scaplm. n"a pas encore fait de stage.
37. Robert de Séréville, six mois en Angleterre, six mois en Alle-
magne.
38. Jean Stelxer, a passé six mois en Angleterre.
39. Alfredo de Valenzuela, n'a pas encore fait de stage.
40. Raoul Vandenreuvel, a ])assé six semaines en Angleterre.
41. Jacques Vincent, n"a pas encore fait de stage.
II. — Maison des Pins.
1. Jean Bertrand, a passé cinq mois en Angleterre.
2. Guy Carron de la Carrière, n'a pas encore fait de stage,
3. Louis Cqakonnat, fait son stage en Angleterre.
4. Antoine Cortada, n'a pas encore fait de stage.
5. Paul Derihon, id.
6. Jacques Dupas, a passé six mois en Allemagne.
7. Dudley Ellis, parle anglais.
8. Henri Ferrand, a passé six mois en Angleterre, parle russe, i). Washington de Figueiredo, a passé deux mois en Angleterre.
10. Gabriel P^illeul-Broiiy, parle allemand, fait son stage en Angle-
terre.
11. Jacques Filleul-Brory, n'a pas encore fait de stage.
12. Raoul de Freitas, id.
13. René Gerson, parle allemand.
14. Edouard Giraud, parle allemand et russe.
15. Bernard Kablé, parle anglais.
16. Pierre Leplat, six mois en Angleterre, six mois en Allemagne.
17. Jacques de Montuel, parle anglais.
18. Sébastien Naon, n'a pas encore fait de stage.
10. Louis NozAL, parle allemand, trois mois en Angleterre. 20. Jules DE Paillette, n"a pas encore fait de stage.
DE l'École des hocoes. 321
21. Maurice de Paillette, n'a pas encoi-i! fail de stage.
22. Vincent de Paillette, id.
23. Yves Pilox-Fleury, parle anglais, six semaines en Allemagne.
24. Henri Plngusson, a passé quatre mois en Allemagne, fait son
stage en Angleterre.
25. Jean Pingi sson, fait son stage en Angleterre.
26. Paul Plisson, n'a pas encore fait de stage.
27. Jean de Polrtalès, a passé neuf mois en Allemagne, parle
anglais.
28. Pierre Plslnelli, n'a pas encore fait de stage.
29. Raymond Schlimbergeh, parle anglais.
30. André de Silveira-Clmha, a passé huit mois en Angleterre, un
mois en Allemagne.
31. Félix de Silveira'-Cintra, id.
32. Maurice Tailiiades, parle anglais.
33. Albert Tiiiébaut, a passé six mois en Allemagne. 3i. Gilbert Triboulet, n'a pas encore fait de stage.
35. Francis Triboulet, id.
36. Georges Watel, a passé neuf mois en Angleterre.
37. François de Yturbe, parle anglais.
III. — Maison de la Guicuardière.
1. Louis BÉLiÈRES, six mois en Angleterre, deux mois en Allemagne.
2. Robert Benoit, a passé trois mois en Angleterre.
3. Gian Luigi Cavazza, n'a pas encore fait de stage.
4. Armand Davel, six mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
5. Léon Despret, un an en Angleterre, trois mois en Allemagne.
6. xVndré Ferrand, parle allemand et russe, fait son stage en An-
gleterre.
7. Robert Firmin-Didot, un an en Angleterre, un mois en Allemagne.
8. Léon Forestier, a passé six mois en Angleterre.
9. Robert Gillet, a passé trois mois en Allemagne.
10. Georges Gomy, a passé un an en Angleterre.
11. Alexandre Kryzanowski, parle allemand.
12. Jacques Lacrapelle, n'a pas encore fait de stage.
13. Jean Lauer, parle anglais et allemand.
14. René Loubet, a passé six mois en Angleterre.
15. Ivan DE Maigret, n'a pas encore fait de stage.
16. Olivier Pillet, trois mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
17. Lucien Rio.m, parle anglais.
3:22 LE JOURNAL DE l'ÉCOLE DES HOCHES.
18. Roger Riom, trois mois en Angleterre, fait son stage en Alle-
magne.
19. Edouard Sahler, n'a pas encore fait de stage.
20. Christian Schlumberger, parle anglais et allemand.
21. Pierre Suleau, fait son stage en Angleterre.
22. Maxime Tassu. n*a pas encore fait de stage.
23. Maurice Vacher, n'a pas encore fait de stage.
IV. — Maison du Coteau.
1. Charles Brueder, a passé un an en Angleterre.
2. Jean Brueder, a passé trois mois en Angleterre.
3. Adrien Charlier, n'a pas encore fait de stage.
4. Joseph Comaléras, a passé deux mois en Angleterre. o. Maurice Cromer, parle anglais.
0. Eugène Dauprat, fait son stage en Angleterre.
7, Félix Durandy, a passé un mois en Angleterre.
5. Pierre Foissey, a passé six mois en Angleterre. 9. Ernest Fraxzom, n'a pas encore fait de stage.
10. Pierre Garreau, trois mois en Allemagne, fait son stage en An-
gleterre.
11. Paul Giraud-Jordan, fait son stage en Angleterre.
12. Robert Glaenzer, a passé trois mois en Angleterre, parle allemand.
13. Eudoxe Grigorovitza, a passé un mois en Angleterre, parle
allemand.
14. Jacques Hervey, trois mois en Angleterre, trois mois en Alle-
magne.
15. Jacques de la Bruyère, a passé trois mois en Angleterre. 16.. Hervé de la Motterouge, a passé trois mois en Allemagne.
17. René Lorillon, six mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
18. Pierre Lyautey, parle allemand.
19. Octave Mextré, a passé un mois en Angleterre.
20. Jacques Mus.xier, trois mois en Angleterre, trois mois en Alle-
magne.
21. André Prieur, n'a pas encore fait de stage.
22. Raymond Prieur, un mois en Angleterre, six mois en Allemagne.
23. Jean de Saint-Maur, n'a pas encore fait de stage.
24. Paul Sauvaire-Jo: rdax, a passé six mois en Angleterre.
25. Louis Sprauel, a passé trois mois en Angleterre.
26. Hans Spyker, id.
27. Guy Thurxeyssen, id.
28. Henry de Turckheim, parle anglais et allemand.
322 bis.
3-2-2 ter
I.A NULVF.I.I.E CLASSE HE MODELAGE.
LE JOURXAL DK l'kCOLK DES HOCIIKS. 323
29. Maurice de Tihckiieim, pai-lc anglais et allein;iiid.
30. John WaddiN(;ton, id.
Y. — Maison des Sablons.
1. Edouard Adler, neuf mois en Angleterre, un an et demi en Al-
lemagne.
2. Maurice de Barrau, a passé trois mois en Angleterre, parle alle-
mand.
3. Etienne de Bary, a passé six mois en Angleterre, parle allemand.
4. Robert de Bary, a passé trois mois en Angleterre, parle alhmiand.
5. Constantin Candeira, a passé six mois en Allemagne.
(). Robert Delmas, trois mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
7. Pierre Guiravd, a passé six mois en Angleterre.
8. Ernest Hartlaos, fait son stage en Angleterre.
9. Henri Jéoiier, a passé six mois en Angleterre.
10. Hervé Labussière, cinq mois en Allemagne, parle anglais.
11. René Lagier, quatre mois en Allemagne.
12. Gontran de la Marque, parle anglais.
13. Jean Langer, a passé quatre mois en Angleterre.
14. Marcel Langer, parle allemand.
lo. Edouard Latune, a passé six mois en Angleterre. 10. Pierre Monnier, a passé trois mois en Angleterre, trois mois en Allemagne.
17. Jean Moussy, a passé trois mois en Allemagne, parle russe.
18. Pierre Moussy, parle allemand et russe, fait son stage en An-
gleterre.
19. Manuel Paciieco, parle anglais.
20. Marcel Planquette, six mois en Angleterre, six semaines en Al-
lemagne.
21. Robert Requédat, n'a pas encore fait de stage.
22. Louis Rocher, a passé six mois en Angleterre.
23. Marcel Rougeault, a passé six mois en Angleterre.
24. Jean Salathé, n'a pas encore fait de stage.
23. Charles Siou, a passé trois mois en xVngleterre, pai-le russe.
26. Ludomir de Smorczewski, parle anglais et allemand.
27. Jean Thiercelln, a passé six mois en Angleterre.
28. Jean Thureï, a passé trois mois en Angleterre.
29. Jean Verdet, a passé six mois en Allemagne.
VI. — ËLi:vES A l'étranger, 1. Louis CiiARONNAT, à Bromlcy.
:iU
LE JOURNAL
"2. Eugène Daipkat, à Brighton.
3. André Ferrand, à Londres.
4. Marcel Ferrand, à Dulwich.
5. Gabriel Filleul-Broiiy, ù Watford.
6. Pierre Carreau, à Eastbourne.
7. Paul GiHAun-JoRDAN, à Fastbourne.
8. Ernest Harilaos, à Winchfield. 0. Paul Lambert, à Holt.
10. Pierre Marteau, à Brii^hton.
11. André Mémin, à Hampstead.
12. Pierre Moussy, à lîastbourne.
13. Maxime Oberlé, à Cochem-sur-Moselle.
14. Jean Pingusson, à Caterham Valley. iri. Henri Pingusson, à Rhyl. .
10. Germain de Reyles, à Godesberg-sur-le-Rhin.
17. José de Vigo, à St-Leonard's-on-Sea.
LES STAGES A L'ETRANGER
Nous avons continué à placer à tour de rôle nos petits élèves dans des écoles ou des familles d'Angleterre et d'Allemagne. J'ai exposé les conditions de ces stages dans les deux derniers numéros du Journal de l'École. On se rappelle que la princi- pale est l'isolement rigoureux de chacun de nos garçons à l'égard de tout élément français.
Nous avons eu ainsi, pendant la d^'uière année scolaire (et indépendamment de 3i stages de vacances, variant de 4 à 8 semaines) :
|
En Angleterre .... En Allemagne .... |
TERiME d'automne |
TEUME d'hiver |
TERME DE PRIiNTEMPS |
|
i 3 garçons. |
9 garçons. 4 — |
13 garçons. 3 — |
soit en tout 49 trimestres.
Ces chiffres marquent, avec une progression sensible de
DE L ECOLE DES ROCHES. 325
stages d'Angleterre (37, au lieu de 20 l'an dernier), un fléchis- sement de ceux d'Allemagne. Nous y sommes attentifs, et nous comptons bien y porter remède. Il faut que nos garçons et leurs familles se rappellent tout ce qu'il y a aujourd'hui de précieux à apprendre chez les Allemands, et combien il est nécessaire, pour des hommes de science, d'industrie, ou de commerce, d'aller là-bas chercher les armes pacifiques qui leur permet- tront de lutter contre de si redoutables rivaux.
Henri Trocmé.
On a bien voulu me communiquer les lettres écrites d'Alle- magne, l'an dernier, par un de nos élèves âgés de 12 ans. J'en reproduis quelques extraits ci-dessous. On y trouvera, ce me semble, un bon raccourci de ce que sont nos stages; ou v pourra suivre de semaine eu semaine les expériences de l'enfant, sou impression sincère sur ses progrès en allemand, et peut-être itiême y relèvera-t-on quelques indices de ce qu'un jeune caractère peut gagner là-bas d'indépendance et de virilité.
Mai 1906. « Jai fait un très bon voyage: j'ai dormi presque toute la nuit. En arrivant à Cologne (Kôln en allemand), le professeur ma fait déjeuner et en attendant l'heure du train pour Herchen, nous sommes sortis de la gare. Nous avons vu la cathédrale, dont je t'ai envoyé la carte postale. Nous avons passé aussi sur le pont du Rhin (il faut payer deux pfennigs!. Sur ce pont, passent les trains, les tramways, les voitures, les piétons, les conduites d'eau, de gaz et d'électricité; je t'en ai envoyé aussi la carte postale. Ensuite nous sommes revenus à la gare pour prendre le train pour Herchen.
" Dès notre arrivée, M. le Recteur Lindemann a été charmant; il était venu à la gare avec le petit Cintra, qui repartait le soir même pour la France. Après déjeuner, j'ai causé un peu avec Cintra en français. Ensuite nous avons pris le thé avant son départ. La nourriture n'est pas comme chez nous; elle est préparée à l'allemande, mais elle est très bonne quand même ».
Mai. « Ici on dort très bien parce que l'on est au grand air jour et nuit. Mes nouveaux camarades ont été très gentils avec moi ; ils sont tous allemands, mais il y en a un qui sait quelques mots de français.
'■ Figure-toi qu'au moment d'ou\rir ma malle je n'ai jamais pu retrouver les clefs; j"ai dû les oublier à la douane allemande. Alors M. Lindemann m'a envoyé chercher un serrurier. Je me suis trompé de maison et il a fallu que je me débrouille (tout cela en allemand naturellement)...
« Tout le monde me parle allemand et j'ai déjà appris quelques mots. Il v a des moments durs et quand je pense à ce que je suis séparé de vous, si
23
326 LE JOURNAL
loin ! j'ai envie de pleurer, mais je pense à ce'que tu m'as dit, je me raidis un peu et ça passe. »
Mai. « Je commence bien à m'habituer ici. On dort bien, on mange bien, on s'amuse bien. Malgré mon appréhension, mes petits camarades et mes pro- fesseurs sont très gentils avec moi et je sens déjà que je fais des progrès en allemand.
« Hier, cï-tait la fête de M. Lindemann. Le matin pour le déjeuner on a mis sur la table un gâteau monstre comme je n'en avais jamais vu. Il avait au moins 50 centimètres de diamètre. Il était très bien décoré et les courbes du dessin étaient des plus gracieuses. Après déjeuner je me suis acheté une canne ferrée, qui ra"a coûté bO pfennigs. Nous avons fait une grande promenade.
« M. Lindemann avait loué un grand char-à-bancs où nous pouvions tenir tous, et qui nous a conduits dans un petit village. De là nous avons fait l'as- cension de la montagne. Nous avons pris le café dans une auberge où tous les garçons étaient réunis et nous sommes redescendus. Nous avons fait environ 12 kilomètres. Le soir, à la fin du dîner, tous les petits garçons ont défilé avec des lanternes vénitiennes pour venir lire un compliment à M. Lindemann, et la fête a duré jusqu'au coucher. »
Mai. « Je suis très bien installé ici. La maison ressemble un peu au chalet Kerdor que nous avons occupé à Lancieu.x, mais elle est beaucoup plus grande et plus haute. Elle s'appelle <> Siegeck ». Derrière la maison, il y a un petit jardin, deux assez grandes pelouses de gazon et cinq gros arbres qui donnent beaucoup d'ombre. Devant la maison, mais de l'autre côté de la route, il y a un jardin potager.
« Il n'y a pas de grands dortoirs, mais des chan^.bres de quatre lits. La mienne est au premier étage et a deux fenêtres sur la route, ayant vue sur la Sieg. Le Pedagogium où se font les classes est de l'autre côté de la rivière sur une hauteur.
« Mes professeurs et mes camarades sont très bons pour moi. Nous sommes dix garçons.
« Il y a deux églises à Herchen : l'église catholique est la plus rapprochée de Siegeck. M. le curé ne comprend pas le français. Il a un air sévère et grave, mais il paraît qu'il est bon tout de même. »
Mai. « Voici l'horaire de chaque jour. Le matin, M. le Recteur vient nous réveiller à 6 heures et il faut s'habiller vivement; en une demi-heure il faut faire une toilette complète; de 6 h. 1/2 à 7 heures, nous repassons les leçons. Nous prenons un peu de café (presque toujours sans sucre), et à 7 h. 1/4 nous montons à pied jusqu'au Pedagogium où la classe commence à 7 h. 1/2; à 10 heures, on sonne le petit déjeuner (ou frithstiick), qui se compose généra- lement de deux ou trois tartines de beurre avec saucisson ou charcuterie et d'un verre de cacao. Ensuite, récréation d'un quart d'heure occupée à la gymnastique, jeux, etc.. La situation du Pedagogium est admirable; elle est sur une hauteur, qui domine la vallée de la Sieg, et la vue sur la forêt est su- perbe. Nous rentrons ensuite en classe où nous travaillons jusqu'au moment de redescendre à Siegeck.
DE l/ÉCOLE DES ROCHES. 327
N'ous déjeunons de 1 h. 1/4 ou 1 h. 1/2 à 2 heures. Nous avons par exemple : potage; — viande et pommes de terre ; — macaroni; — compote.
A 2 h. 1/4, étude pour faire les devoirs;
A 4 h. 1/2, clochette du goûter (sandwichs et cacao);
De i) à 7 heures, temps libre (jeux, bicyclette, dessin, etc.);
A 7 heures, dîner, oiî on nous sert par exemple : jambon; — œufs; — pommes de terre ; — salade.
On boit peu ou pas aux grands lepas, mais plutôt aux [)etits repas. »
Juin. « Hier et avant-hier, nous avons eu vacances et nous avons fait un grand voyage. Nous sommes partis d'Herchen à 5 heures du matin par chemin de fer jusqu'à Rudesheim. De là nous avons pris un bateau pour descendre le Rhin jusqu'à Coblentz où nous avons déjeuné. Ensuite nous avons visité le château de Stolzenfels qui est très beau; je crois qu'il appartient à l'Em- pereur. Sur toutes les montagnes qui dominent les rives du Rhin il y a des châteaux; quelques-uns sont très beaux, d'autres sont en ruines, mais l'en- semble est magnifique. Le Rhin coule entre deux versants de montagnes cou- verts de vignes presque partout...
" En classe, ça marche bien; je continue ma .j"^ et je suis assez facilement les questions. Je ré'ponds à mon tour et même quelquefois si je sais une ré- ponse que les autres ne savent pas.
«Tu me demandes pour lesg: ici onleprononcetantôt dur comme dansgiebt, tantôt mouillé comme dans « guten morgen » qui s'entend « gouten moryen > .
« J'ai eu quelques petits ennuis, mais je me dis qu'il faut bien savoir sup- porter quelques petites misères pour apprendre une langue. Ça fait peut-être partie du programme. En tous cas je parle maintenant à peu prés couram- ment. J'ai bien encore parfois quelques hésitations, mais je ne suis jamais embarrassé pour causer et je me tire très bien d'affaire en tous les cas qui peuvent se présenter.
Juillet. « De temps en temps, le dimanche, nous faisons en promenade la petite guerre ■■ Felddienst ». Les garçons sont divisés en deux camps et on part pour la forêt avec tous les ustensiles. Un camp plante son drapeau sur une colline déboisée et l'autre camp se disperse dans la forêt. Le premier camp, muni de lorgnettes, ne doit pas se laisser approcher à plus d'une dis- tance convenue, sans avoir découvert, signalé et combattu l'ennemi. S'il se laisse cerner par un nombre suffisant d'ennemis, avant d'avoir pris des me- sures de défense, il est prisonnier. Alors tout le monde se réunit et on appelle au goûter
«... Maintenant, je parle l'allemand aussi facilement que le français. »
Juillet. " Je serais bien heureux si vous vous décidiez, maman et toi, à venir me voir à Herchcn comme vous me l'avez presque promis. Si vous vous décidez, prenez à Clermont le train qui arrive vers 6 heures du soir à Paris. Il y a un autre train qui part à 10 heures de la gare du iNord directement pour Cologne. A la douane belge il n'y a pas de difficultés; à la douane alle- mande, attention! Il faut savoir quelques mots d'allemand.
328
LE JOURNAL
« En passant à Aachen (Aix-la-Chapelle), il faudrait voir la cathédrale. A Cologne (Koln en allemand), on a le temps de voir la cathédrale et le pont avant le départ pour Herchen.
« Quand vous serez arrivés à Herchen, vous n'aurez plus à vous inquiéter de rien. Je serai là •. »
Henri Pingusson.
LE PATINAGE \\j VALLON
LES SOIRÉES DU DIMANCHE AU VALLON
Nous menons au Vallon une vie très douce quoique très active, d'où la gaité est loin d'être exclue.
L'affabilité dévouée et inlassable des maîtres de maison, l'union des professeurs dans un même élan vers un but com-
1. Ce « Je serai là », est admirable. « Moi seul et cest assez. » La voilà bien, l'éducation des Roches; non seulement elle prépare nosgarronsàse x tirer d'affaire » cux-mt'mes; mais elle les prépare aussi à tirer d'affaire... leurs parents.
DE l.'ÉCOLE DES ROCHES. 329
mun, la confiante et docile affection des élèves grands ot petits contribuent à y faire régner une atmosphère de franche et cordiale intimité dont la vie se montre parfois si avare, que nous ne saurions trop en apprécier le charme et la valeur.
Pendant la semaine, les occupations très nombreuses de chacun empêchent les réunions prolongées; mais le dimanche, la bonne vie de famille reprend ses droits et chacun s'efforce, selon la mesure de ses moyens, de la rendre plus chaude et plus gaie.
Presque toutes les soirées du dimanche ont commencé par une audition musicale, véritable petit régal dû au talent et à la complaisance de M. Corbusier. Quelquefois, M. Bonjean a exécuté avec lui des trios très appréciés; celui tiré de Manon a surtout valu aux exécutants un véritable succès; iM. Jenart a aussi contribué à varier le programme musical de nos petites soirées en chantant de temps en temps quelque ravissante romance de Botrel; M. Grunder nous a souvent amusés par ses chansonnettes allemandes, et la bonne volonté de M^'° Th. Sainte-Marie a été bien des fois requise pour accompagner au piano instruments ou chants.
Pierre Bouthillier, Fun des organisateurs infatigables de nos petites fêtes, a souvent interprété avec intelligence et goût de jolies poésies ou d'amusants monologues; Guy de Coubertin, Pierre Muscat et Alfred Pacheco en ont aussi récité quelques uns, toujours très applaudis, et M. Dupire a bien voulu nous dire, à plusieurs reprises, de petites pièces que tout le monde a beaucoup appréciées.
Une comédie en un acte, Rosalie, jouée avec beaucoup d'en- train au début de l'année par Arthur Bosch, Jean Desplanches et Guy de Coubertin, a ouvert la série des comédies ou cha- rades improvisées qui, à plusieurs reprises, ont terminé joyeu- sement nos soirées.
Plusieurs conférences avec projections lumineuses ont été faites par les professeurs ou de grands élèves de la maison. Les sujets étaient bien choisis pour captiver l'attention des gar- çons : la pêche à la sardine et les cotes de Bretagne; les côtes,
330 LE JOURNAL
de Brest à Saint-Sébastien; les côtes de la Méditerranée; enfin deux conférences consacrées à « la marine ancienne » et « la marine moderne » ont permis aux garçons de suivre, dans ses différentes phases, l'évolution de notre flotte. Je ne terminerai paâ rénumération des projections, sans parler de la soirée où l'on vit défiler successivement, sur l'écran blanc, les silhouettes de professeurs de l'Ecole, très joliment dessinées par Robert de Séréville. Chaque apparition nouvelle provoquait, de la part des élèves, des exclamations, même quelques interpellations extrêmement amusantes.
Souvent, les grands ont cédé aux plus petits les honneurs de la soirée, en en consacrant plusieurs à des représentations de Guignol que Pierre Bouthillier et Pierre Matras ont su rendre très amusantes pour tout le monde.
Nos soirées n'exigent pas tout lo temps la tranquillité que nécessitent les auditions musicales ou les représentations; la danse a toujours eu sa bonne part dans nos programmes, et nous avons constaté à maintes reprises la bonne tenue et l'en- train des grands à nos sauteries du dimanche : espérons que l'an prochain le nombre des danseurs sera doublé, et que les plus jeunes suivront l'exemple de leurs aines; mais les danses modernes, et même très modernes, ne sont pas seules en faveur ici; le menuet, la gavotte et la pavane ont été exécutés avec beaucoup de grâce et d'aisance, le Mardi gras, par Jean Des- planches, Pierre Bouthillier, Jean Fabra, Jean de Mareuil, Guy de Coubertin, Pierre Marteau, Alfred Pacheco et Joseph de Vigo, costumés en marquis et marquises Louis XV. Ih avaient, avec beaucoup de bonne volonté, sacrifié Ineii des temps libres, après le diner, pour venir aux répétitions, très facilitées par la docilité et la bonne humeur qu'ils y apportaient tous.
Je viens de parler du Mardi gras! Avec quel entrain il fut préparé au Vallon! Dix jours avant la fête, il fut décidé que tout le monde se déguiserait. Aussi chacun contribua à la fabri- cation de son costume; mon bureau et ma chambre furent vite transformés en ateliers, et pendant tous les temps libres, rien n'était gentil comme le tableau de ces garçons assis sur
DE l'École des rocqes. 331
les tables, sur les chaises, par terre, au milieu d'étoffes de toutes couleurs, de rubans, de dentelles, de papiers, découpant, collant, taillant, essayant, dessinant, et même tirant maladroi- tement l'aiguille enfilée d'une longueur démesurée; mais le succès couronna les efforts et, le Mardi gras, la matinée de l'Ecole fut ouverte, au Vallon, par l'entrée d'un cortège très original et très gai, qui traversa le hall et le salon pour arriver à la salle à manger, entièrement ornée de guirlandes de houx, dues au travail patient de M"*" Jenart et des garçons de la maison.
Parmi les plus jolis costumes confectionnés avec le concours des enfants, l'on remarquait un groupe de Normandes portant le;s coiffes de chaque grande ville du pays; mais l'énumération serait trop longue, et l'ensemble des costumes était si heureux, qu'il serait difficile de donner la préférence à l'un deux.
La préparation de toutes ces petites fêtes, auxquelles chacun de nous contribue, est un excellent moyen de rapprochement entre professeurs et élèves, et fortifie de plus en plus la vie de famille saine et forte dont nous nous etforçons tous d'entourer nos garçons. Puissent ces chers enfants le comprendre et con- server l'impression, à la fois virile et tondre, des heures d'inti- mité où ils auront compris que nous les aimons; puisse la fran- che cordialité de nos rapports leur faciliter la période de développement et de transformation intellectuelle et morale vers laquelle tout converge, dans l'Éducation nouvelle.
En terminant, qu'il me soit permis d'être ici l'interprète de tous les habitants du Vallon en exprimant notre gratitude à M. Jenart, toujours soucieux de rendre à tous la vie de devoir douce et facile, et à M'^' Jenart qui, non seulement contribue par sa bonne g-râce à la gaîté et à l'entrain de nos petites fêtes, mais les termine toujours par la distribution de friandises et de rafraîchissements, à laquelle les garçons sont loin d'être insensibles.
Que bien longtemps encore continuent au Vallon les traditions de confiance, d'affection réciproque et de franche gaité, qui règlent et fortifient tous ceux qui, professeurs et enfants, pour-
332 LE JOURNAL
suivent le même but : La prospérité et le développement de notre chère maison, et de FÉcole tout entière.
Valentine Saime-Marie.
BACCALAURÉAT
Session 1906.
Classe de Philosophie. Un candidat, reçu : René Saquet.
Classes de Mathématiques.
5 candidats, i reçus :
1. Maurice Bosquet, reçu, avec mention assez bien, à
riustitut électrotechnique de Nancy, et reçu au baccalauréat es sciences ;
2. Georges Lecoixtre, mention bien;
3. Pierre de Rousiers, mention assez bien;
4. Guy Thurxeyssex.
Un 5* candidat s'est présenté, en juillet seulement, après une maladie. 11 a été ajourné.
Classe de 1'\
V B. — 7 candidats, 7 reçus :
1. Louis Bélières;
2. Jean Desplanches, mention assez bien;
3. Robert Firmix-Didot ;
4. Jacques Musxier, mention assez bien;
5. Marcel Plaxquette;
6. Olivier Pillet (se présentait seul, sans avoir suivi tous
les cours de la classe de l'^j ;
7. André Pusixelli.
V C. — 4 candidats, 4 reçus :
1. Octave Mextré, mention assez bien ;
2. Jaccpies Muxier;
DE L ÉCOLE DES ROCHES. 3:}.'}
3. Marcel Planchette, mention assez bien; k. René Lorillox. D. — 2 candidats, 2 reçus :
1. Jacques Musnier, mention bien.
2, Armand Davel (se présentait seul».
Total : Candidats présentés 17
— reçus. . 16 11 en juillet, .'I eo novembre. Diplômes obtenus . 1 9 dont 8 avec mention.
II
L<E TRAV.4IL. CliAiiiS^IQUE
LES ÉTUDES EN 1906-1907
Les baccalauréats. — Dans un intéressant article du Journal de Genève, M. Perrière notait les succès des Écoles nouvelles aux examens d'État. Faites pour un tout autre but, elles font encore recevoir leurs élèves au baccalauréat, comme par sur- croit. En France, c'est fort heureux. On sait que cet « intéres- sant » examen reste la pierre de touche de toute éducation intellectuelle.
Nous avons eu, à la fm de l'année dernière et au commen- cement de cette année, des résultats inespérés. Oserai-je dire que je les aurais aimés moins complets? Il est un peu pénible de voir derrière soi son plus beau succès, de se dire que jamais plus on n'atteindra ce maximum. Il est possible, d'ailleurs, que je ne sois pas assez optimiste, et que les résultats futurs me démentent. Voilà un démenti que je souhaite de tout cœur.
Les inspections. — Une des principales innovations de cette année fut la création d'inspections régulières. Elles nous furent extrêmement utiles, à cause du stimulant constant qu'elles nous ont donné et des conseils précieux que nous apportèrent des spécialistes de valeur indiscutée. On ne nous accusera pas d'avoir peur de la lumière : nous ouvrons les portes toutes grandes à nos collègues universitaires et nous sollicitons leurs avis. En général, ils furent satisfaits de nos élèves. Un des inspecteurs littéraires m'écrit : « J'ai été fort intéressé par tout ce que j'ai vu aux Roches et j'ai admiré l'intelligence et le succès avec
LE JOURNAL DE LÉCOLE DES ROCHES. 335
lequel vous innovez en pcdag-ogie ». Et il voulut i)ien trouver nos élèves « très attrayants et très vivants ».
Et un inspecteur scientifique : « Certains parlent de l'Ecole des Roches comme d'une maison « où l'on ne travaille pas ». Je souiiaiterais à la moyenne de nos lycéens de travailler aussi bien, et aussi intelligemment, que la moyenne de vos élèves interrogés par moi. »
Nos inspecteurs pour les lettres furent M. Albert Petit, pro- fesseur au lycée Janson; M. Monet, professeur au lycée Con- 'dorcet et ancien directeur des Roches; M. Le Ooz, professeur de première au lycée d'Évreux; M. l'abbé Baudin et M. Fcyel, professeurs au collège Stanislas.
Pour les sciences, nous eûmes M. Maluski, professeur de ma- thématiques spéciales au lycée de Versailles; M. Laisant, exa- minateur d'enlréc à l'Ecole Polytechnique; M. Bourlet, profes- seur au Conservatoire des Arts et Métiers. Les livres de M. Lai- sant et de M. Bourlet sont célèbres et font autorité.
Il est difticile de raconter par le menu ces inspections, dont chacune eut son utilité et son intérêt particuliers.
M. Laisant et iM. Bourlet voulurent bien nous faire de capti- vantes causeries sur l'enseignement mathématique. Le premier insista sur la nécessité du réalisme et du concret; le second nous exposa la raison d'être et le plan de la géométrie nouvelle et nous donna des conseils très pratiques sur la manière de l'en- seigner.
M. iMakiski résuma ses impressions et ses conseils en quelques maximes précises que nous n'avons cessé de redire pendant l'année et qui contribueront au succès de nos candidats et à la bonne éducation de tous.
M. Baudin a interrogé les élèves de Philosophie et de Mathé- matiques. Il a trouvé ces classes en progrès sur celles des années précédentes. Les réponses des mathématiciens l'ont particuliè- rement satisfait.
M. Albert Petit, content des élèves de seconde, a eu à cons- tater la paresse en histoire et géographie de quelques élèves de première comme aussi quelques grosses fautes en latin de ces
;i36 LE JOURNAL
mêmes indifférents. Il donna, dans ces deux classes, les plus utiles conseils sur la précision nécessaire du devoir français, la nécessité du cadre dans une narration historique... Il enthou- siasma professeurs et élèves en expliquant avec beaucoup de vie et d'esprit une version latine.
M. Feyel eut sur les élèves de première le même sentiment que M. Albert Petit. Deux ou trois d'entre eux négligent l'his- toire. La troisième et la cinquième lui donnèrent une tout autre impression. Mais comment nos élèves, même les meilleurs, ne sembleraient-ils pas tout petits auprès de ce savant qui se rappelle tout, qui ne donne pas une idée générale sans l'ap- puyer d'une armée de faits, qui se plaît aux synchronismes les plus inattendus et les plus certains cependant?
Les Probestùnden. — La seconde innovation importante fut celle des leçons d'essai, des Prohestunden. C'est de Bieberstcin que je l'ai rapportée; je ne sais si on doit au D' Lietz l'inven- tion de ces classes d'épreuve; toujours est-il que je ne les ai vues que là et qu'elles fonctionnent avec succès dans les Lander- ziehiingslieime d'Allemagne. A tour de rôle, chacun d'entre nous fait sa classe devant ceux de ses collègues qui veulent y assister. La classe faite, on parle des méthodes d'enseignement, non abstraitement et en l'air, mais ou partant de ce qu'on vient de voir. Le directeur résume les opinions et donne la sienne.
Nous jugeons très importante cette institution ; nous la per- fectionnerons encore. Elle nous semble indispensable pour la formation pédagogique des jeunes professeurs et pour l'unité des méthodes d'enseignement à l'École. Faisons notre examen de conscience : nous y avons déjà tous gagné.
L'histoire a eu sa part royale dans les autres « nouveautés » de cette année. Le grand jour de la semaine fut le lundi. Nous avons eu nos « lundis ».
L'histoire de l'art. — De 3 à 4, dans la salle à manger du Co- teau, toute décorée de photographies, de gravures, de tableaux, voire même de statues, et à certains jours transformée en déli- cieux bazar exotique, tour à tour M. Desgranges et M. Storez nous ont raconté la vie et l'œuvre des grands maîtres de l'art.
DE l/ÉCOLE DES ROCUES, 337
Pierre Monnier résume — autant qu'on peut les résumer — ces conférences qui furent de vrais régals. Je m'en voudrais de ne pas dire, au nom de tous, un très reconnaissant merci aux deux conférenciers.
L'histoire de la musique. — Nous devons pareil hommage de gratitude à M. Raugel qui nous a donné douze causeries musi- cales d'un vif intérêt. Nous avons enfin compris, par cet exposé détaillé de révolution de la musique, la contexture et le sens des œuvres actuelles. M. Raugel choisit et exécuta, avec le concours de ses collègues, les morceaux les plus significatifs des grands auteurs. Ce fut le second agrément de ces soirées. Le troisième et non le moindre vint de l'esprit du conférencier : ses adjectifs étaient de vraies trouvailles : qui de nous oubliera le « titanique » Beethoven? Et que d'autres mots aussi inat- tendus qu'expressifs !
Voilà les grandes nouveautés; il y a eu, à côté de cela, un grand nombre de petits progrès.
L'enseignement primaire. — On trouvera plus loin un compte rendu aussi vivant que sincère des travaux delà 8". Je deman- dais, l'an dernier, que notre enseignement primaire fût un peu moins déductif et un peu moins abstrait. Voilà qui est fait. On re- marquera, en 8% l'intérêt des leçons de choses. J'ai tenu à ce qu'elles fussent très soignées dans toutes les petites classes, et de plus en plus poussées et précises, au fur et à mesure qu'on se rapproche delà i°. M. Fraysse a fait en 6^ et en 5*^ d'excellentes leçons de botanique; M. Jules Demolins, de physique et de chi- mie en 5"; M. iMoulins, de chimie dans la même classe. M. Ouinet, dont l'enseignement est si consciencieux et si solide, a tracé la courbe de travail de tous ses élèves de 6'' et 5^ Je signale à tous ce moyen de contrôle si expressif et si utile.
L'enseignement secondaire ; histoire et géographie. — iM. Des (iranges a enfin une salle pour l'histoire et la géographie, une salle pour lui tout seul. Et je vous assure qu'elle est sienne, cette salle, et qu'il sait la défendre. C'est un musée : cartes, gravures, cartes postales, journaux et revues illustrées, plans de villes mo- dernes ou antiques, il n'est pas un pouce du mur qui ne parle
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aux yeux. Musée Advifié par le choix des images et leur ordon- nance, mais surtout par la parole du maitre.
Nous faisons de plus en plus usage de cartes en relief : celles de la librairie Belin nous ont rendu de grands ser\ices.
En +% nous avons mis. pour la première fois, entre les mains des élèses le cours dhistoire grecque de M. d'Azambuja, en même temps que le livre de M. Malet. L'un donne les causes et les idées générales, l'autre les faits. En 8% M"* Sainte-Marie a résumé pour ses petits élèves ce même livre de M. d'Azambuja. La parole du maitre interveuant et aussi ses multiples inventions (mise en action, par ses élèves, de tous les grands drames de la vie grecque, constructions de maisons grecques, récits abon- dants et dramatiques), les résultats ont été surprenants. Qui donc a prétendu que les petits ne pouvaient s'intéresser à Tbistoiro ancienne, trop éloignée deux? Mais c'est deuxquelle est la plus proche; elle est faite pour eux.
Le<> langues. — Voilà pour l'histoire : les langues ont aussi progressé et par l'organisation plus soignée et plus étendue des stai:es. et par l'arrivée d'un nouveau professeur d'allemand^ M. Grunder. Grigorovitza dit plus loin la caractéristique de son enseignement. Chacune de ses classes forme un tout qui part du dessin au tableau noir pour aboutir au chant, en passant par la conversation, la lecture, la leçon de grammaire, la traduction d'une poésie apprise ensuite par cœur. Tout cela en une heure, et tout cela très vivant.
M. Trocmé enseigne l'espéranto et à ses élèves de seconde et à certains élèves de 3^ et de i*" modernes. Comaléras a bien voulu faire des cours d'espagnol à bon nombre d'élèves de ces deux dernières classes. Je lui en exprime ici ma sincère gratitude.
>'ous avons eu. au concours de l'Enseignement libre, les mêmes résultats que l'an dernier : le 1" ex aequo en anglais, Pilon-Fleury, le 1" ex cequo en allemand, Grigorovitza.
Les sciences. — Pour les sciences, Bouthillier fut classé V. Monnier aurait eu au moins la même place si le correcteur n'avait, par inadvertance, négligé d'additionner les points attribués à un problème. .Nous avons adopté en i% et dans les seconds cours
DE l'École des roches. 330
de 3" et de 2% les nouveaux livres de M. Bourlet (Hachette). Nous en sommes très satisfaits. La géométrie ainsi enseignée est beau- coup plus vivante et plus intéressante.
En ce troisième trimestre, Fliistoirc naturelle a fait de très réels progrès, grâce à M. Fraysse. Non seulement les travaux praticjues furent plus actifs, mais les classes, plus concrètes, furent suivies avec beaucoup plus d'intérêt.
Le dessin. — Le dessin y joua un grand rôle; j'ai déjà dit, Tan dernier ou il y a deux ans, que je voudrais le voir intro- duire dans toutes les classes. M. Grunder, on se le rappelle, en tire grand profit pour l'allemand.
M. Dupire et M. Storez, ennemis parfois, mnis toujours frères, sont assez près de s'entendre, quoiqu'ils ne l'avouent pas. M. Du- pire reconnaît qu'étant donné le peu de temps dont nous dis- posons et la rareté des vrais talents, le dessin libre est bien la méthode nécessaire pour le plus grand nombre.
M, Storez, de son côté, consentirait à adopter la méthode clas- sique pour former des « professionnels ». Voilà bien un terrain d'entente. Ajoutez à cela que le dessin d'après nature, et en particulier la décoration d'après les fleurs sont prônés par l'une et l'autre école, et que vous auriez pu confondre plus d'une fois le travail d'une maison avec celui de la « maison d'en face ». Peu importe la marque : l'émulation subsiste, et tous les élèves en profitent.
Un outsider apparaît; M. Grunder s'en mêle ; il fait du dessin dans toutes ses classes, il expose au salon, il fait une leçon de perspective tout à fait remarquable. Sera-ce l'origine d'une 3° école? ou la synthèse des deux premières?
Le salon de 1907 . — Et ce Journal ne donnera pas un article sur notre « Salon » ! Personne n'a voulu marcher; — les auteurs se sont etfacés, sous prétexte de modestie ; les visiteurs, modestes aussi, ont crié bien haut leur incompétence. Ils ne veulent juger qu'à voix basse et dans les petits coins — pour n'être pas jugés à leur tour, sans doute.
Ce salon fut inauguré par une improvisation toute pétillante d'esprit de M. Demolins. En voici à peu près le sens : « Mes amis,
3/tO LE JOURNAL
mon discours aura trois points : le premier est que ce salon est une œuvre d'initiative et de décentralisation ; le second est qu'il contient de remarquables chefs-d'œuvre — j'en parle sans parti pris, car je ne l'ai pas encore vu; — le troisième... Storez, soufflez-moi le troisième ; — le troisième, c'est qu'il faut l'inau- gurer tout de suite ». Il y avait bien aussi un coup de patte pour Nancy — nous sommes à l'école de trop nombreux Lorrains — mais il n'était pas trop méchant. On inaugura donc le salon, qui, toute plaisanterie à part, était fort intéressant. D'abord les mai très — maitres incontestés : M. Dupire, aussi expert en dé- cors qu'en peinture à l'huile (les bords de rAvre) et en aqua- relle [une vierge) ; M. Storez avec de charmantes aquarelles de son voyage en Espagne; M. Grunder avec quelques toiles pleines de soleil et d'éclatantes couleurs, souvenirs très fidèles de son séjour au pays d'azur. Puis les disciples : Cronier (vous trou- verez un peu plus loin la liste de ses travaux) ; on remarque surtout le portrait d'après nature de Freitas, très ressemblant et plein d'expression, l'enterrement d'un pauvre, la pose de deux bons vieux devant le peintre ; Sauvaire, avec d'amusantes cari- catures : Marius dans les marais de Minturne, la course de vi- tesse entre auto et cul-de-jatte, etc. ; Valenzuela et Mason avec des menus très doux de couleurs et très gracieux de forme, Thiercelin, Spyker. Jean Brueder; — des anciens, G. Ferrand. Tripet; — de très artistiques photographies de M. Deslandres et (le ses élèves; Despret surtout est remarqué, j'en oublie certaine- ment. Pourquoi aussi m'a-t-on laissé le soin de rendre compte du salon?
Enseignement supérieur. — Ce salon prouve que nous avons à l'École un enseignement supérieur du dessin : il est un enseigne- ment supérieur auquel nous tenons encore plus : celui de l'a- griculture, que M. Jenart a organisé pour A. Charpentier, celui des mathématiques dirigé par M. Lange et qu'a suivi cette année Thurneyssen. Notre classe d'élémentaires supérieures prépare au certificat de mathématiques générales de la Sorbonne ; elle sert de 1'' année pour les instituts électrotechniques. On y fait d'aussi bonne besogne que dans n'importe quel lycée, aussi
DE l'École des roches. ."iU
comptons-nous bien chaque année garder un certain nombre de nos grands élèves. Leur formation scientifique n'y perd rien; on doit tenir compte aussi de ce qu'y gagne leur formation phy- sique et morale.
Deviendrons-nous un jour une Université au petit pied? Pourquoi pas?
G. Bertier.
La « Huitième ». PHYSIONOMIE DE LA CLASSE
DONNÉE PAR LE PROFESSEUR ET I.E$ ÉLÈVES
Ici, régnent à la fois, malgré une discipline assez rigoureuse, peut-être grâce à elle, beaucoup de bonne humeur, d'entrain et de gaité. Sur les petites mines ouvertes et attentives qui m'entourent, je lis la confiance et l'affection qui nous unit, mes chers petits élèves et moi. Chaque matin, nous échangeons un bonjour joyeux, qui dit à la fois et la satisfaction de nous retrouver, et le plaisir de commencer une nouvelle et labo- rieuse journée.
Les enfants savent que je crois à leur parole, que je res- pecte leur témoignage, que je compte sur leurs promesses. Eux me confient le secret de leurs difficultés, de leurs peines; par- fois l'aveu de leurs petites sottises et de leurs fautes, me don- nant ainsi la joie très douce de les aider, de les consoler, ou de les encourager.
Les enfants n'ont jamais abusé de la confiance que je leur té- moigne. Gomme ils n'ont chaque matin qu'une demi-heure d'é- tude, ils ont de temps en temps dos devoirs à faire en classe, bien que j'en aie restreint le nombre le plus possible. Pendant la rédaction de ces devoirs, je tâche d'avoir un prétexte pour m'absenter de temps en temps ou j'ai l'air de m'absorber dans un travail, afin que les enfants n'aient jamais l'impression d'être surveillés. Le mercredi, ils passent régulièrement une heure
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LE JOURNAL
seuls dans une classe pendant que je vais à l'orchestre ; ils marquent eux-mêmes leur note de conduite dans leur petit carnet, et sont envers eux-mêmes plus sévères que je ne le serais parfois. Une fois, ma confiance a été trompée ; mais la cause du
LA CLASSE DE « IIIITIEME
désordre qui s'était produit en mon absence, venait de la pré- sence d'un élève nouveau qui ne comprenait pas encore nos habitudes.
La confiance en nous. — La plu? belle chose de notre classe, c'est la con- fiance que notre professeur a en nous. Il nous pèse comme un emblème d'honneur, quand M"'= Sainte-Marie nous laisse travailler seuls. Lorsque nous n'avons que des devoirs à faire, M"'' Sainte-Marie s'en va, car elle trouve honteux de nous surveiller; quand elle est malade, nous la renvoyons se re- poser, et quand elle n'est pas là, nous sommes encore plus saj^es que quand elle y est. Quelquefois des professeurs sont venus pendant que nous travail- lions seuls, et ils ont cru que quelqu'un nous surveillait, car nous étions très sages; et le meilleur surveillant est notre conscience. Mademoiselle nous laisse aussi souvent marquer nos notes tout seuls; cela nous apprend: à bien nous juger nous-mêmes. — M. Pacheco.
Pour confirmer cette affirmation, voici un fait qui m'est arrivé ce soir même.
Retenue malgré moi, je ne suis entrée' en classe que dix mi- nutes après l'heure. J'ai trouvé tous les enfants dans un ordre
DE l'École des hoches. 343
ctuii silence parfaits, écoutant loxplication française très intéres- sante que leur donnait Vincent de Paillette installé à ma place. La leçon a continué devant moi, et je ne saurais dire le plaisir que j'en ai éprouvé.
Nos classes sont très animées. Tout le monde y prend part, et je m'efforce de restreindre le plus possible le rôle du pro- fesseur. Voici, dune manière générale, comment j'interroge. Les tables étant bien nettes, serviettes au dossier des bancs, mains au repos, yeux sur moi, je pose une question. Tous ceux qui peuvent y répondre lèvent le doigt ; d'un signe je désigne l'un d'eux ; je fais répéter la réponse par un de ceux qui n'a- vaient pas demandé à être interrogés, et je m'assure qu'il a bien compris. Parfois, s'il s'agit d'une opinion ou d'une pré- férence à émettre, si j'obtiens deux réponses indiquant des ten- dances ditlérentes, je les fais discuter par les deux enfants qui, du reste, le font volontiers et sérieusement. Ceci me permet souvent de redresser leur jugement, et leur apprend surtout à se baser sur le raisonnement, non sur l'impression, avant de formuler une opinion quelconque. Et je suis étonnée des pro- grès que j'ai constatés en ces quelques mois, sous ce rapport.
Mais, ces lignes générales étant posées, les enfants vont eux- mêmes faire le récit de quelques-unes de leurs classes, et en indiquer les détails.
Récit d'une classe de dictée. — Nous faisons tous les jours une dictée en huitième, voici comment nous la préparons.
D'abord nous syllabons la dictée tous ensemble, pour bien regarder nos mots; après, on la lit avec toutes les ponctuations; pour .s'arrêter autant qu'il le faut à chaque signe, nous comptons tout haut, tous ensemble un, pour la virgule, deux, pour point et virgule, deux points, points d'interroga- tion, d'exclamation ; et trois pour le point. Ensuite nous lisons chacun tout seuls une partie de la dictée et on nous donne notre note de lecture. Quel- quefois, on fait la dictée oralement; chacun à son tour écrit quelques mots au tableau, et tous ceux qui voient une faute lèvent le doigt. On enlève deux points par faute, un point par accent, et celui qui a dix fautes a un zéro et recopie sa dictée entière.
On explique toujours les mots. Quelquefois, quand la dictée parle de choses, on les dessine au tableau pour mieux les expliquer. Une fois, il y avait une dictée sur la locomotive ; Jules Latif en a des.ssiné une et nous l'a expliquée très bien ; c'était très intéressant. Une autre fois des élèves ont ausvsi dessiné
344 LE JOURNAL
une machine à coudre, une bicyclette, toutes .sortes d'outils et d'instruments. Nous aimons beaucoup cela.
Nous faison-; aussi des compositions, qui résument ce que nous avons ap- pris. Le premier en compositions ce terme-ci a été Decauville avec 17 points.
Oq corrige nos dictées de trois manières : t" quelquefois, Mademoiselle épelle doucement les mots, et celui qui a une faute lève le doigt. Alors Mademoiselle répète pour qu'il corrige et lui explique sa faute. 2 " Nous cor- rigeons quelquefois seuls chacun avec son livre, et Mademoiselle relit nos cahiers après. De temps en temps, nous donnons nos cahiers à Mademoiselle quand la dictée est finie ; elle souligne les fautes et chacun de nous les cor- rige après avec son livre. C'est comme cela que l'on (ait le plus souvent ; quand on a une faute, on écrit deux lignes du même mot pour ne plus avoir la prochaine fois la même faute. — Sébastien Naon. •
Tout en faisant un récit très exact de nos classes de français, Sébastien oublie de signaler le rapport qui existe toujours entre la dictée et la leçon de grammaire. Les règles appliquées dans la dictée sont remarquées, expliquées et nous ne faisons jamais de devoirs de grammaire proprement dits, en dehors des nombreux exercices au tableau et de ceux que nous four- nit la dictée; et ils sont si nombreux! Associations d'idées, fa- milles de mots, recherches dadjectifs ou de verbes convenant aux substantifs, etc., etc. Je dois ajouter que cette méthode m'a semblé donner de bons résultats et je suis très contente des progrès constatés.
Mais voici une autre classe qui revient également chaque jour : celle d'arithmétique, dont Vincent de Paillette va nous parler.
Classes d'arithmétique: — Les classes d'arithmétique sont très intéres- santes. Quand Mademoiselle est arrivée, nous avons appris une manière qui nous fait bien comprendre Tarithmétique. Nous avons commencé par les plus faciles problèmes; ensuite Mademoiselle nous en faisait faire de plus difficiles et toujours en progressant ; souvent, nous inventions nous-mêmes des problèmes qui ressemblaient à ceux que nous avions faits au tableau, et nos camarades les cherchaient. C'était amusant.
Maintenant, Mademoiselle nous a appris à faire du système métrique avec un moyen bien facile et qui s'apprend très vite. Quand nous avons bien compris les mesures, nous faisons toujours un tableau avant les exercices, et comme cela on se trompe très peu en calculant. Voici l'un de ces tableaux.
Souvent quand la classe n'est pas finie et que nous avons récité, si on a de bonnes notes, Mademoiselle nous fait des devinettes de calcul très amu-
DE l'École des roches. :5'io
santés; nous tâchons de ne pas nous faire attraper. Par exemple. Mademoiselle demande combien pèsent des litres, des hectolitres ou des volumes d'eau et il faut répondre très vite; ou liien, ce qui est encore plus amusant, c'est quand Mademoiselle dit : Qu'est-ce que vous aimez mieux, avoir trois quarts ou trois cinquièmes de gâteau? On dessine au tableau deux gâteaux pareils, on fait cinq parts à l'un, quatre à l'autre, et on choisit les trois quarts qui sont plus gros. — Deux fois, Mademoiselle a été attrapée. Un jour elle avait demandé à Charonnat ce qu'il choisirait d'une moitié ou de deux quarts de gâteau. Charonnat a répondu : Une moitié. Mademoiselle a demandé ce qui était le plus gros; il a encore dit une moitié parce qu'il y a moins de miettes.
Une autre fois, un garçon a choisi trois huitièmes de tarte aux fraises au lieu de cinq. Tout le monde levait le doigt pour corriger sa faute, et Made- moiselle prenait l'air fâché. Alors il a dit qu'il avait choisi trois huitièmes parce qu'il n'aimait pas cette tarte-là, mais qu'il savait bien que c'était plus petit.
Quelquefois c'est un élève qui interroge les autres, et il est toujours juste pour donner les notes.
Nous n'aimons pas tous autant l'arithmétique que l'histoire, mais nous l'ai- mons tout de même, surtout les exercices oraux. — Vincent de P.\illette.
Puisque l'amour de mes enfants pour l'histoire vient d'être signalé, je ne puis résister plus longtemps au désir d'en parler. Contrairement au programme ordinaire de la 8% nous avons dû, cette année, aborder l'étude de l'histoire ancienne et de l'his- toire grecque, car tous les enfants avaient déjà appris ime ou plusieurs fois l'histoire de France, et, ne pouvant encore, à cause de leur âge, aborder l'étude détaillée d'une époque, je craignais de n'obtenir d'eux qu'un travail sans intérêt en recommençant encore. Nous avons vu très sommairement l'histoire ancienne, de la rentrée d'octobre au mois de janvier. Cela avait déjà beaucoup intéressé mes petits garçons; mais lorsque nous avons abordé l'histoire grecque, l'intérêt s'est transformé en enthousiasme, et cet enthousiasme est parfois un peu trop vive- ment manifesté.
On sera peut-être un peu surpris de savoir que le seul livre dont nous nous soyons servi pendant les cjuatre premiers mois ait été le remarquable ouvrage de M. d'Azambiija.
Mais les enfants n'ont jamais entre les mains cet ouvrage un peu savant pour eux. Leur professeur, seul, s'en inspire large- ment et y trouve le moyen de simpHfier beaucoup son ensei-
346 LE JOURNAL
gnement, par renchainement si naturel et si facile à saisir, de révolution des races, expliquée d'après la méthode de la Science sociale.
Je cède la parole à Maurice Aubry, un des enthousiastes du cours d'histoire.
Récit de nos classes d'histoire. — Nos classes d'histoire grecque sont tou- jours très intéressantes, car on ne les explique jamais de la même manière. D'abord, nous récitons, puis Mademoiselle nous raconte la prochaine leçon que nous écoutons très bien; après, nous faisons un résumé, puis nous repré- sentons ce que Mademoiselle nous a appris, suivant les temps qu'on étudie. Nous ne nous contentons pas d'y penser aux heures de classe; mais pendant le cartonnage nous fabriquons des maisons d'Athéniens, des meubles et des vêtements grecs en papier.
Dernièrement, nous avons fait on classe les jeux olympiques. Le matin, concours de force et d'adresse; tous les garçons de 8*^^ pouvaient concourir comme athlètes pour les courses, luttes à main plate, sauts, pugilats, pan- crace, etc. Le jury, composé de M"--' Sainte-Marie, M. Jenart et M. Corbusier, a décidé les prix et chaque vainqueur a reçu une couronne de laurier; puis quatre de ses camarades le portaient en triomphe pendant que les autres l'acclamaient en agitant des palmes sur son passage. Les vainqueurs ont été : Jules Latif pour la lutte, Manuel Pacheco pour le pancrace, Vincent de Paillette pour le pugilat, Raoul de Freitas pour la course et A. de Gizycki pour le saut.
Le soir, nous avons eu concours d'éloquence, de peinture, de sculpture et de musique. Nous nous y étions bien préparés. Pendant une heure, nous avions pu écrire nos discours, faire nos dessins, sculpter nos colonnes grec- ques dans de la craie, avec une plume ou une pointe d'épingle.
Yincent de Paillette avait fait le discours d'un Athénien avant la bataille; moi d'un Spartiate avant un combat; Manuel, l'hymne d'un Grec après la victoire ; Requédat et de Gizycki le discours d'un prêtre, l'un avant le sacri- fice, l'autre avant la bataille. C'est Vincent de Paillette qui a gagné le prix d'éloquence; de Freitas a remporté celui de dessin pour un beau général athénien; Pacheco, celui de sculpture pour sa colonne à Zeus ornée de 20 petits dessins, tirés de l'histoire grecque, et Naon celui de musique; il fallait trouver un air pour les paroles : Courage, Athéniens, courage, Athé- niens, vous remporterez la victoire!
M. Bertier et d'autres professeurs sont venus y assister. On a remporté les mêmes prix et les mêmes honneurs que le matin.
Encore aujourd'hui nous avons représenté, pour mieux la comprendre, la bataille de Marathon. Un de mes camarades était Darius; un autre Hippias ; les autres faisaient les soldats et les marins mèdes ou athéniens, et la cor- beille à papiers faisait le bateau de Darius. L'armée de Darius était plus nombreuse; elle attendait à 7 kilomètres d'Athènes; alors on alla cher- cher les Spartiates, mais ils avaient une fête religieuse. Alors les Athéniens
DE l'École des roches. 'Ml
se sont battus tout seuls; ils ont cerné les Mèdes; Darius s'est sauvé sur une table de la classe qui faisait la montagne, et est revenu à sa place par les tables pour montrer son chemin long et difficile par les montagnes pour re- tourner dans son pays. Nous avons tous très bien compris, et c'était très amusant, comme toutes les classes d'histoire que nous aimons bien. — Maurice
ACBRY.
Elles sont très animées en effet, nos classes d'histoire; et préparées toujours avec l'aide de la carte en relief, il est très facile aux enfants de reproduire entre eux les épisodes étudiés. Que de scènes extrêmement amusantes dans leur naïve convic- tion, les enfants m'ont très sérieusement représentées 1 Jupiter chassé de l'Olympe et dégringolant de la hauteur d'un édifice fragile, édifié g-ràce à la superposition de tables et de chaises!
Une scène de cueillette interrompue par le bannissement d'un membre de la Société, qui allait se réfugier tristement et péni- blement sur une table isolée simulant la montagne. Dernière- ment, le passage des Thermopyles a été représenté au bord de la mare du Vallon. Pendant toute la récréation de 10 heures, on avait activement travaillé à réaliser une reproduction peut- être un peu fantaisiste du fameux défilé, et l'heure de la classe venue, très sérieusement partagés en deux camps, les enfants ont été occuper leurs positions respectives. Seulement, après avoir fait rouler dans l'herbe quekpies ennemis, Léonidas, cerné à son tour, n'a pas eu l'héroïsme de se laisser tuer, comme il devait le faire, et, plus grand que ses camarades, il les a préci- pités successivement dans l'eau où ils ont été mouillés jus- qu'aux genoux. J'ai eu bien du mal à faire comprendre à l'iras- cible Spartiate que son rôle consistait à reproduire le récit historique, non à le modifier.
La plus grande récompense que je puisse accorder aux en- fants est de donner un quart d'heure d'histoire supplémentaire à la place d'une autre leçon que l'on sait mieux ce jour-là et que Ton a récitée plus vite que les autres jours. Enfin, derniè- rement, en sortant d'une classe qui les avait transportés plus encore que d'habitnde, mes douze petits bonshommes se sont rendus en cortège imposant chez M. Demolins, pour lui porter
.3i8 LE JOURNAL
une pétition signée par eux tous, et demandant la permission de partir pour la Grèce afin de mieux étudier « notre cher his- toire que nous aimons telman ». Je ne sais si M. Demolins ajoutera aux stages en Angleterre et en Allemagne, un séjour en Grèce, favorisant les études historiques des Messieurs de neuf et dix ans.
Bien qu'étudiant la géographie de l'Asie et de la Grèce avec leur histoire, les enfants ont dû reprendre l'étude de la géo- graphie de la France, et je me suis surtout efforcée cette année de leur donner une connaissance approfondie de la carte avant de faire appel dans nue plus large mesure à leur mé- moire. Toutes les leçons sont récitées à l'aide des cartes murales; voici du reste comment se font les leçons.
jRéci7 (Vune classe de géographie. — J'aime beaucoup la géographie, et nos classes .sont très amusantes. Au commencement de l'année, nos classes se sont passées à la sablière des Sablons; on faisait, avec du sable, des monta- gnes, des vallées, des plateaux, des détroits, des isthmes, etc.
Comme cela, on comprenait, on apprenait et on s'amusait en même temps.
Maintenant nos classes se font autrement; Mademoiselle y assiste, mais c'est toujours un garçon qui interroge. (Je me réserve cependant l'explication des leçons.)
Nous allons à la carte chacun à notre tour, en ordre, et on récite sans crier.
En ce moment, nous apprenons les départements; à chaque leçon, on en apprend trois nouveaux. Nous sommes interrogés chacun quatre fois, et si on ne se trompe pas, on peut gagner Ij points par tour; mais les hésitations enlèvent un point et les fautes deux points, aussi c'est très difficile; pourtant nous avons presque toujours de bonnes notes. Au premier tour, on demande un des nouveaux départements; au deuxième tour, un de la dernière leçon; au troisième tour, on interroge sur toute la France, et au quatrième il faut très vite montrer cinq villes sur la carte. Celui qui a su toutes les questions peut gagner vingt points; cela arrive encore assez souvent.
M. Bortier nous a fait cadeau d'un jeu de géographie et, après qu'on a récité, on y joue. Ce jeu se compose de cartes de France en carton et de petits départements en bois. .Mademoiselle nomme un département et celui qui répond le chef-lieu et les sous-préfectures sans faute, met un département en bois sur sa carte.
Celui qui a su le plus de départements gagne un bonbon à la fin. C'est très difficile de gagner Requédat, qui les sait presque tous par cœur.
Nous aimons bien nos classes de géographie; bientôt nous apprendrons les chemins de fer, alors nous ferons beaucoup de voyages sur la carte et ce sera encore plus amusant. — Sébastien Naon.
DE l"i';colf. des roches. 3i9
Ri'cit d'une leçon de choses. — La classe de leçons de choses est celle que je préfère. Nous en avons deux fois par semaine. Elles ont rté diffi'Tentes à chaque terme. Du mois d'octobre au mois de janvier, nous avons a|ipris les animaux domestiques et sauvages, nuisibles et utiles; c'était très amusant.
Au second terme, nous avons appris la fabrication de beaucoup de choses : le verre, le pain, le soulier, le crayon, les allumettes, le charbon de bois, etc.
Nous avons fait beaucoup d'expériences qui nous ont bien intéressés. Voilà comment nous avons appris, par exemple, la fabrication du crayon. On nous a expliqué comment il est fait et de quoi il se compose.
1° On a vu que le crayon était fait en deux parties : la mine et les deux parties de bois. jNous avons vu que ce qu'on appelle mine dé plomb n'est pas du plomb, mais du charbon. Pour faire cette expérience, nous avons un morceau de mine de plomb, nous lavons chauffé à la flamme d'une bou.ûie. La mine de plomb est devenue un peu rouge. Nous avons pris un morceau de plomb, de la même manière nous l'avons chauffé. Le plomb s'est fondu. Si la mine du crayon était en plomb, quand on l'appuierait la pointe se plie- rait, et on ne pourrait pas écrire, tandis que le charbon du crayon peut se casser, jamais se plier.
2'^ Pour montrer que le crayon était fait de deux parties de bois, on a pris un petit bout de crayon, et nous l'avons mis dans l'eau tiède. Après quelque temps on l'a retiré et on a pu facilement séparer les deux parties. Alors nous voyons que le crayon est fait de deux morceaux de bois contenant le charbon.
Après l'expérience, nous avons appris la fabrication du crayon. On met les morceaux de bois préparés sur une table, puis un homme les badigeonne avec de la colle, puis on y met la mine de plomb, ensuite on réunit les deux parties, puis on les laisse sécher. On met les crayons en paquets de 6 ou de 12 pour les expédier et pour les vendre.
Depuis Pâques, nous étudions les plantes. A la leçon, nous apprenons les noms des différentes parties de la plante ; les espèces de racines, de tiges, de feuilles, de fleurs; puis nous analysons nous-mêmes des plantes et nous fai- sons chacun un herbier auquel nous travaillons deux par deux en classe et pendant nos temps libres, ce qui nous amuse beaucoup et nous intéresse en même temps. — Jules L.vni<\
A côté de toutes ces classes dont les enfants viennent de reproduire la méthode et la physionomie, se place encore le petit cours de cartonnage qui occupe deux heures de travau.x pratiques par semaine. Là, non seulement les petits doigts de- viennent habiles, et l'imagination industrieuse de quelques-uns crée de petits chefs-d'œuvre, mais jy trouve encore l'occasion de compléter ou de préciser certains points de l'enseignement, spécialement de l'histoire et de la botanique. Un petit cours d'histoire de l'art très embryonnaire y a trouvé son application
350 LE JOURNAL
en complétant notre étude de lliistoire grecque. Surtout, les enfants ont là la possibilité de pouvoir penser aux autres et de le leur prouver en leur ofiFrant le fruit d'un patient labeur; je tiens à signaler la bonne volonté et l'ardeur avec lesquelles ils ont fabriqué mille petits travaux pour les rapporter à leurs parents.
Récit d'une clause de cartonnage. — Au cartonnage on s'amuse beaucoup, parce que nous fabriquons toutes sortes d'ouvrages amusants et même utiles. D'abord nous avons appris à faire des fleurs en papier : des violettes, des œillets, des chrysanthèmes, des liserons, des boules de neige, etc.; après on parfumait les bouquets.
Nous avons fait des étagères en verre avec des jolis rubans de couleur, en soie, et nous avons fait des petits bibelots pour les mettre sur les étagères.
Quand nous avons été chez nous au moment des vacances, nous avions quelque chose à donner à nos parents. Nous avions fait des porte-journaux avec des cartons cousus ensemble, recouverts de mousseline peinte et de rubans, et des porte-brosses avec une pelote, une case pour un peigne, deux cases pour deux brosses, une case pour ks épingles à cheveux.
J'ai donné mon porte-brosses à ma tante qui a été très contente, mais une fois, elle avait mis les brosses de mon oncle dans le porte-brosses que je lui avais donné; alors mon oncle a cherché après pendant une heure sans les trouver, il a dû attendre que ma tante arrive pour qu'elle lui montre où c'était, et mon oncle a trouvé que mon porte-brosses n'était pas très commode pour les Messieurs.
Nous avons fait aussi pour nos mamans des boîtes à mouchoirs recouvertes de jolies étoffes et parfumées avec de la poudre d'iris. Puis, des paniers à gâteaux, des porte-bouquets faits avec du papier plissé et des boîtes vides.
Mais je crois que ce qui nous a le plus amusé, c'est de fabriquer des maisons grecques en carton [de boîtes de chocolat] et des meubles en cartes de visite; des Grecs en carton et des vêtements grecs en papier de couleur. Quand on a fini les maisons grecques, on a fait une maison moderne avec des meubles moderne-style, inventés et découpés par nous.
Le cartonnage est un des plus amusants des travaux pratiques de l'après midi. — Sébastien Naon.
Voici enfin l'impression d'un petit étranger, arrivé du Portu- gal au mois d'octobre sans savoir un mot de français. Travail- leur et intelligent, il s'est mis avec ardeur à létude, et les moyens de récompenses en usage dans notre classe, semblent ne pas lui avoir été absolument indifférents.
Ma classe, la S'\ — Je suis dans cette classe depuis le mois d'octobre. Quand je suis arrivé, je ne savais pas le français et maintenant je le sais. J'aime beaucoup cette classe; elle est très amusante. La classe que j'aime le
DE l'école des roches. .'iol
mieux est Ihistoire de la Grèce et aussi la classe de leçons de choses; cette classe est très amusante, car on lait des expériences. Si j'aime beaucoup la8<^, c'est parce quelle est une famille. Nous défendons toujours notre classe si ceux des autres classes l'attaquent.
Les élèves sont très gentils ; notre professeur est très gentille et aussi un peu sévère, mais elle rrconipense les compositions; pour les t-lèves qui sont premiers, la récompense est un marteau en réglisse ou en sucre d'orge, ou une pipe en sucre et pour le second, une cigarette en chocolat.
Je suis très gourmand, j'aime beaucoup si c'est moi le premier pour gagner un marteau et aussi le second pour gagner une cigarette; et j"aime être le premier pour la récompense et aussi pour mes progrès.
Je peux être premier en géographie et en arithmétique; le français est en- core un peu difficile pour moi. — Raoul E. di; Freitas.
Enfin la solidarité qui existe dans cette classe n'a pas été sté- rile; les enfants se sont unis pour la charité, comme ils l'avaient fait pour le travail. Se privant volontairement de quelques peti- tites douceurs et de friandises, ils ont recueilli chaque semaine une somme suffisante pour pouvoir faire des aumônes assez larges à une famille nécessiteuse bien intéressante. Ce contact avec la misère m'a semblé excellent pour ces enfants qui ne soupçonnent pas la privation et le besoin, et j'ai été souvent touchée de la faç-on dont ils se sont imposés de réels sacrifices pour venir en aide à leurs petits protégés.
yos visites de ckaritè. — Les dimanches, pas très régulièrement, nous allons voir des pauvres qui habitent à Yerneuil. Tout de suite après la messe, nous nous réunissons, bien entendu rien que la 8% et nous allons dans le bureau de M"« Sainte-Marie qui fait un paquet de vêtements pour chacun de nous; puis nous partons à Yerneuil, sachant bien que ce n'est pas pour s'a- muser, mais nous comprenons parfaitement que nous accomplissons un de- voir; aussi en route nous marchons raisonnablement sans courir, en cau- sant avec Mademoiselle. Jules Latif qui est le caissier des pauvres, emporte de l'argent.
Un jour de fêle, nous avions été faire une visite à nos pauvres, et en ar- rivant à Vcrneuil, nous avons été leur acheter une galette de 1 franc pour qu'ils aient aussi un peu de fête.
En arrivant chez eux, il y a quelque chose que l'on remarque en entrant, c'est la propreté. La famille se compose de la mère, d'un garçon de ~ ans, de trois petites filles de 5 ans I 2, 4 ans et 2 ans 1/2 et d'un petit bébé d'un an.
Quand nous allons les voir, la pauvre femme est dans une grande joie, nous sommes aussi très heureux de la soulager, et en voyant comme les pau- vres sont à plaindre, nous comprenons mieux que nous sommes heureux, et nous y pensons même dans nos plaisirs en nous privant un peu pour eux.
332
LE JOURNAI.
.Nous sommes moins gourmands en classe depuis que nous gardons nos sous pour les pauvres au lieu d'acheter des gourmandises. — Robert Reouédat.
Non seulement la g-ourmandise est un peu battue en brèche, chez mes petits bonshommes, mais j'ai pu constater au jour le jour les progrès que certains ont réalisés comme docilité, géné- rosité à vaincre leurs défauts, droiture et facilité à reconnaître leurs torts lorsqu'ils sont pris en faute. Aussi est-ce avec une douceur très grande et des consolations que je ne sais exprimer que j'aurai partagé cette année la vie de ces chers petits, aux- quels j'ai eu la joie de donner un peu de savoir et beaucoup
d'affection.
Valentine Saixte-Marie.
SÎa^mÀ-
QLF.I.nrF.S F,>"KANTS DE X(J> l'ilOFF^SElIlS
DE l'École des hocjies. .'{o."{
La Partie d'échecs.
Dans une grande salle, au dallage froid et aux murs de pierre grise, depuis douze ans, riiérilier légitime des rois de Grenade était enfermé.
C'était un homme de haute taille, au visage basané avec de grands yeux indolents qui paraissaient toujours comme humides de larmes. Souvent, on le voyait assis devant sa fenêtre grillée, plongeant son regard fixe dans la vallée poudreuse du (îuadalquivir. Il restait là, parfois des heures, à contempler ce qui aurait pu être son domaine, puis il allait se promener sous les arcades qui entouraient un jar- dinet plein de fleurs odoriférantes, au milieu desquelles un jet d'eau se jouait dans un bassin de marbre blanc.
Ce soir-là, après avoir fait ses ablutions avec l'eau claire du jet d'eau, Yousouf s'assit sur un tapis précieux, au milieu des lauriers roses. Il était heureux, car la nouvelle était venue jusqu'à ses oreilles que Mohamed le tyran, son frère, était fort malade et, pour célébrer sa joie, il avait revêtu ce qu'il avait de plus beau parmi les restes de sa splendeur passée.
Or Yousouf aimait les échecs et l'alcaïde qui, avec les années, était devenu son ami, partageait cet amour. Ils étaient là, tous deux, grignotant quelques dattes et des pâtes d'orange, lorsqu'un homme écartant une lourde tapisserie entra, portant dans sa main droite un pli cacheté aux armes du roi.
L'alcaïde brisa les cachets et lut : à mesure qu'il lisait, les larmes lui coulaient des yeux. Yousouf comprit alors, mais sans laisser tomber une rose qu'il serrait de ses lèvres humides, il demanda par grâce que le noir messager lui laissât finir sa partie, et, riant, il re-- prit : u Allons jouer, alcaïde! C'est à ton tour de jouer. » La partie continua et le prince souriant relevait avec bonté les fautes du ser- viteur...
La partie prenait fin et déjà le l)ourreau, sur une pierre à cou- teau, affûtait son estoc et la lame brillait à la clarté naissante de la lune.
« Je vais perdre, » disait le jeune prince en riant. — Mais la ten- ture s'écarte et, tout droits sur leurs mules, paraissent deux cava- liers baignés de sueur et de poussière i[ui s'écrient : « Par Allah! Oui, tu perds aux échecs, mais tu gagnes Grenade », et tous deux, à genoux, baisent les mains de leur roi.
« J. Laier,
« Elève de troisicmc. »
3oi LE JOURNAL
L'ENSEIGNEMENT DE L'ALLEMAND
Eine Lehrstunde von vollen 60 Minuten ist etwas lang, besonders fïii' die jungsten, 9-10 jiihrigen Knirpse. Doch ist es natilrlicherweise der Initiative jedes Lehrers i'iberlassen, die Stunden nach seinem Belieben einzuteilen, uni môglichst viel Abwechslung hineinzubringen. Von einem Knaben von 13-li Jahren, und sogar von alteren. kônnen wir kaum envarten, dass er mit ungeteilter Aufmerksamkeit einem mûndlichen Unterricht von dieser Dauer folge, wenn nicht innerhalb des Fâches fur Abwechselung gesorgt \vird. Dies gilt besonders fiir àen fremclsprachlichen Unterricht, der an und fïir sich nicht die natïirliche Anziehungskraft z. B. der Naturwissenschaften hat. Hier miissen deshalb kurze miindliche mit schriftlichen Cebungen, ^Yiederholungen mit der Vermittelung des Neuen, Aufsagen mit Gesang oder tlïichtigen Skizzen von allerlei Sa- clien und Tieren an der Wandtafel, abwechsehi. Skizzen des Lelirers oder eines begabten Mitschûlers interessieren die Knaben mehr als fertige Bilder, regen iiberdies das Zeichenta- lent an und ersparen den Gebrauch der muttersprachhchen Benennung. Doch betrachten wir es nicht \vie das haiifig geschiehtj als ein Yerbrechen, im Anfang noch hie und da die Muttersprache zu benûtzen, statt unsere kostbare Zeit mit endlosen deutsciien Definitionen zu verlieren, die die schwà- cheren Schiller doch nicht verstehen.
Bei dieser Mannigfaltigkeit erhàlt jede Phase der Lehrstunde dienôtige Aufmerksamkeit, die sonst unrettbar verloren geht, und \vir kônnen ja immer wieder auf etwas Angefangenes zuriickkommen. uni es aufzubauen. " Wer Vicies bringt, wird Mancheni etwas bringen ", das gilt auch hier, und oft kônnen auf dièse Weise Schuler sich an einer Sprache interessieren, fiir die sie sonst sclion aus Patriotismus eine gewisse Abneigung haben.
Anftïngern besonders sollen Schwierigkeiten, die sie leicht entmutigen, aus dem Wege geraiimt werden. Zu diesen zâhlt
DE l'École des roches. 3oo
ein methodischer Unterricht der langweiligeii Grammatik mit allen Ausnahmen, iiber denen die Regeln vergessen werden, and iiberdies die Einfiihrung der " deutschen " (d. li. go- thisclien) Buchstaben, deren Gebraucb glûcklieherweise sogar in Deutschland immer mebr verschwindet — und — Lhoffenjwir es wenigstensbald], g^anz. Warum sollten ^vir unsern annen A.B.C.-Sciiutzen gleich vier Alphabete an den Kopfarmen schleudem, wenn zwei schon zu viel sind? Konnen \\ir denn iinsere Zeit nicht besser beniïizen?
Das Einpragen von Substantiven durch Vorzeigen von Sachen und mit Hïdfe von Skizzen an der Wandtafelist fiir den Anfangs- unterricht jeder Fremdsprache die glûcklichste Beschâftigung- und entspricht iibrig-ens auch dem normalen Gange, mit dem ein Kind seine Mutterspracbe lernt. Die Notwendigkeit, die gebraiichlichsten Adjektive und Verben hinzuzufugen, macht si eh erst spater bemerkbar, und mit Freuden konnten wir feststellen, dass uns die Schiller nach einiger Zeit von selbst darauf aufmerksam machten, worauf wir vorbereitet waren. Was das Vokabularium anbetrifft, so lassen wir uns durch die Umgebung und den Wunsch der Schiller leiten. In der Stadt wird der Unterricht notwendigerweise anders beginnen, als auf dem Lande, im Sommer anders als im Winter. Auch die auswendig zu lernenden Gedichte und Gesange werden sich darnach richten.
Haben wir den Schiilern die Freude am Fâche nicht verdor- ben, so werden sie dann spater die Sch\\ierigkeiten, die die Grammatik mit sich bringt, leicht ûberkommen, in der frohen Aussicht, bald jede Lektiire in der fremden Sprache ohne Worterbuch mehr oder weniger verstehen zu konnen, was zusammen mit der Fâhigkeit, sich ohne zu grosse iMiilie mùnd- lich und schriftlich auszudrûcken, unser Ziel ist, Fiihlen die Schiller selbst, dass sie sich diesem Ziele nahern, dann haben wir gewonnenes Spiel : sie werden das Fach selbst lieben und nicht nur die intéressante Art, auf die es ihnen beigebracht wird, — dann ist eine Lehrstunde von 60 Minuteu nicht mehr zu lang.
3.j6 J.e journal
^Yi^ Lehrei' mit unserer gereiften psychischen Enhvickeluiig versetzen uns im allgemeinen zu \venig in den Seelenzustand des Kindes zurûck. Weil wir stunden-und sogar jahrelang mit Interesse die gleiche Arbeit verfolgen konnen, ohne uns dabei zu iangweilen, so denken wir nur mit Miihe daran, was fïir eine geistige Disziplin es in eineni Kinde voraussetzt, nur eine Stunde lang mit vollem Interresse einem abwechslungslosen Unterricht zu folgen. Das Kind verlangt gliicklicherweise vielseitige, geistige Nahrung luid assimiliert mir das, ivas ihm Interesse bereitet. Dièses rnuss aber durch einen lebendigen Unterricht erzwungen Averden. Mangel an Aufmerksamkeit bei den Schûlern fàllt gewohnlich zu Lasten des Lehrers, was sich jeder aufrichtige Padagoge gestehen muss, der bei Misser- folgen ernsthafte Selbstkritik ïibt. Interesse der Schiller fiir ein gewisses Fach ist im allgemeinen das Kriterium eines guten Unterrichts, wenn wir nicht ganz verdorbene Schûler vor uns haben, was hOchst selten der ïvill sein wird. Deshalb suchen wir zuerst Freude am Fach zu erwecken, um nachher hie und da Knackniisse aufwarten zu konnen; unser Prinzip fur den Deutschunterricht ist also nicht " Per aspera ad astra ", sondern — sagen wir es getrost : — " Per astra ad aspera ".
F. Grunder.
Der deutsche Unterricht in der Ecole des Roches.
Lieber Léser, erinnerst Du Dich vielleicht noch meines letztjjàli- rigen Artikels liber den deutschen Unterricht in der Ecole des Roches? Derselbe hat seitdem bedeutende Fortschritte gemacht und desshalb halte ich es der Mtihe wert Dir auch dièses Jahr einen Bericht dariiber zu erstatten.
Einer der drei Lehrer, Herr Hoeflich, hat uns leider zu Neujahr verlassen, an seiner Stelle ist Herr Otto Saengeraus Frankfurt-a.-M. getreten. In der Absicht das Erlernen der deutschen Sprache noch mehr zu foerdern, hat die Direction fiir dièses Fach noch einen dritten Lehrer angestellt; derselbe istHerrGrunderausSt-Gallen. Angesichts dieser vorziiglichen Massregel konnen wir dièses Jahr im Gegensatz
DE i.'kcoi.e des ROCUES. 3o7
zum letzteren erhehiiche Fortschritte feststellen. Der Rulim dafiir gehiihrt selbstverstàndlich der unermiidlichen Taetigkeit der Herrn Professoren Thiry, SaengeruiidGrunder. Letzterer hat zum Erlernen der Sprache eine ganz eigenartige und in hiesiger Schule bisher un- gewohnte Unterrichlsmethode angewandt. Ânstatt der Grammatik und des Lesebuchs namlich. bedient sich Herr Professor Grunder des Zeichnens und erleichterl dadurch den Schiilern ihre Arbeit. Er zeichnet irgend eine tigur, — zum Beispiel eine Pflanze — an die Tafel und die Schiller versuchen sodann die Bennenungen der verschiedenen Bestandteile der Pflanze auf Deutsch zusammenzu- bringen. Die Folge davon ist dass die Schiller ihren Wortschatz ganz erheblich erweitert haben. Bei schtinem Wetter fiihrt derselbe seine Zôjlinge manchmal in den Wald.
Hefte Bïicher und dergleichen bleiben zu Haus, nur Herr Grunder nimmt ein Liederbuch mit. Sobald man eine schattige Stelle ge- fiinden hat, wird gelagert. Herr Grunder schlàgt sein Buch auf und sucht ein kurzes Lied aus. Dièses liest er sodann vor und die Schiller mïissen jede Strophe Môrtlich libersetzen. Sowie jeder den Sinn verstanden hat, musser das Lied auswendig lernen, was etwa eine halbe Stunde Zeit in Ânspruch nimmt. Sobald es « knappt » gibt Herr Grunder die Mélodie an und ailes muss mit- singen. Nach einiger Uebung geht das Lied tadellos und es ist eine wahre Freude es anzuhoren: man môchte fast glauben, die Sânger wàren deutsche Studenten. Das jetzige Modelied ist das weit und breit bekannte :
Der Mai ist gekommen. Die Baume schlagen aus. Da bleibe wer Lust hat Mit Sorgen zu Haus.
Dank dieser ausgezeichneten Méthode des Herrn Professor Grunder sind die Schiller mit dem Deutschen viel vertrauter ge- worden und die Worte kommen nich mehr so aengstig heraus wie frïiher. Herr Professor Siinger hat sich ebenfalls als ein aus- gezeichneter und sehr eifriger Lehrer erwiesen ; er hat viel zum Fortschchritte des Deutschen beigetragen; ihm verdanken wir es im grossen Masstabe, dass die Sprachlehre und besonders die un- regelmàssigen Verba. die doch so schwierig sind, viel besser sitzen als frïiher. Was Herrn Professor Thiry anbetrifft, so kennt wohl jeder seine rastlose Tiitigkeit, die er der Ecole des Roches seit Jahren Nvidmet ; jeder weiss auch was er fiir sie getan. und es wàre tiber- fliissig es hier noch einmal ruerwàhuen.
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358 LE JOURNAL DE l'ÉCOLE DES ROCHES.
Dank dieser Hingebung von seiten der Herrn Professoren Thiry, Sànger iind Grunder konnten, wie ich schon sagte, die Erfolge nicht ausl)leiben. AVahrend dieAnslalt im vergangenen Jahre nur zwei deutschsprechende Schiller zaehlte, so gibt es jelzt deren mehrere. Die besten unter diesen sind John Waddington, Goelz und Krijanowski, dann kommen Pierre Monnier, Pierre Bouthillier, Pierre Garreau, Raymond Prieur nnd Smorszewski. Was die Fortschritte anbelangt, so sind, nach den Erkundigungen, die ich eingezogen habe, besonders hervorzuhel)en : Robert Delmas, Pilon- Fleury, René Loubet, Ernest Franzoni, Robert Gillet, Pierre Guiraud, Guy Carron de la Carrière, Maurice Tailhades, Jean Collin, Louis Nozal, Francis Triboulet, Gilbert Trihoulet und G. Filleul Brohy.
Zum Schluss sei noch erwàlit, das die « Ecole des Roclies » in dem diesjâhrigen Konkurs fiir deutsche Sprache, an dem sâmtliche Privatschulen Frankreichs teil nahmen, wieder den ersten Preis da- vongetragen hat.
End. Grigorovitza.
Cours sur l'Histoire de l'Art.
MM. des Granges et Storez ont fait, cette année, une innovation très heureuse, et qui eut un véritable succès : un cours sur l'Histoire de l'art. Tour à tour, ils nous ont exposé leurs théories, et nous ont expliqué les difTérentes écoles, sans toutefois enchaîner le jugement de chacun. Lun, plus savant en technique, l'autre, plus lettré, se sont maintes fois querellés sur des questions d'art, et nous ont ainsi offert l'amusant spectacle de rivalités... professionnelles. Nous avons constaté également avec plaisir que la méthode de la Science sociale, prônée à si juste titre par M. Demolins, a trouvé son appli- cation dans ces cours qui ont éclairé l'art des différents peuples par l'étude du lieu, du climat et du travail. Celte inlluence de la nature sur le développement artistique d'un peuple a été immense, et a ouvert à nos esprits des perspectives nouvelles de goût et de com- préhension,
M. Storez définit la beauté : l'exaltation de la fonction. Cette idée est particulièrement opportune dans un temps où Edouard Détaille nous donne : « lEnvolée vers la gloire », coupée par deux colonnes du Panthéon, œuvre mal placée s'il en fut. Partant de ce principe, M. Storez nous a montré la beauté toute moderne d'un cuirassé, d'une auto, ou d'une locomotive. Ainsi, tout le long du chemin, nous avons pu admirer et goûter des idées neuves et vraies qui ont allumé
DisPûsiTiijN DE Lv SAi-LE l'oLA LF. cuLT.s DiiisTdinF. DE i.'akt (L'art Cil Extrêmc-Orient).
Di5i><i<nioN DE I ^ -^U-ir. l'dii; i.E (Oins D'iii>iOii;E Di; l'ai;t I/arl au mv*^ î^iccle).
360 I.E JOUHNAI,
dans notre nuit des (lambeaux. Les conférenciers nous ont enseigné le mépris de l'art moderne, du truquage artistique et l'amour de la beauté véritable, qui ne se rencontre plus que trop rarement à l'é- poque actuelle.
Je ne veux pas entreprendre de résumer en détail toute cette série de conférences; je voudrais simplement en dégager l'orientation générale.
Tout d'abord, M. des Granges nous a exposé les premières mani- festations artistiques connues, les grafitti trouvés dans la vallée de la Dordogne; puis nous avons vu défder sous nos veux, tour à tour, l'Egypte, ses pyramides gigantesques et ses- sculptures étonnantes de vie et de réalité; l'Assyrie et la Chaldée aux palais prestigieux; la Perse, dont les taureaux et les frises ornent le musée du Louvre; la Phénicie et la Judée. Puis M. Storez essaya de nous initier aux arcanes de l'architecture grecque et de ses styles variés. Il nous montra l'exaltation de la fonction dans ces temples proportionnés aux dieux qu'ils doivent abriter. Reprenant, dans une autre confé- rence, la (Irèce comme sujet, M. des Granges nous a fait connaître les principaux sculpteurs, les Polyclète, les Phidias et les Praxitèle, puis il nous a entretenus de la peinture et delà céramique grecques. De là, passant à Rome, nous avons apprécié la grosse influence de la Cloaca Maxima sur le moyen âge français, puis nous avons admiré les descriptions du Colisée et des Thermes de Caracalla.
La conférence suivante était consacrée à l'art byzantin et à son intluence sur l'art russe, au moyen âge. et à l'art musulman. Puis nous avons suivi la comparaison de l'art roman et de l'art gothique. M. des Granges a mis à profit un cour.s sur l'Italie au xvi^ siècle pour nous faire part de ses réserves contre la Renaissance, et en parti- culier contre Cellini et Bramante. Léonard et Raphaël ont trouvé grâce à ses yeux et il nous fait d'eux un tableau exquis et enthou- siaste; mais ce qu'il admire le plus chez Raphaël ce sont les Vierges douceâtres et grasses que celui-ci peignit à Florence. Enfin, il nous explique comment la chapelle Sixtine est un contresens, car elle force le visiteur à se donner le torticolis en regardant son plafond. Ainsi, à peu près seuls de l'immense production de la Renaissance italienne, ces trois noms sont à retenir, encore sont-ils gâtés par des fautes incompréhensibles. Heureusement nos maîtres ne nous ont pas habitués à les croire sur parole !
Dans le cours consacré à l'École flamande, M. Storez a su nous faire comprendre quel profond mépris il avait pour nous, pauvres ignorants, incapables de comprendre Rembrandt. Mais il a expliqué l'œuvre de ce génie avec une justesse incomparable, et nous a
DE L LCOI.E DES ROCHES.
■Mil
rendus plus aptes à saisir l'art du maître. Parlant rapidement du xviii^ siècle, il a fait défiler devant nous l'œuvre charmante et mièvre de cette époque, en nous montrant tour à tour la statuaire, la pein- ture, l'ameublement et toutes les formes de l'art décoratif.
Enfin, dans une dernière conférence qui fut l'apothéose finale, M. des Granges nous a parlé du siècle de David, de Delacroix, d'In- gres et de Corot, de Millet et de Rude. 11 nous a montré la froideur compassée du chef de l'École néo-classique, l'éclatant coloris de son rival, puis l'originalité des Gros, des Meissonier, des Géricault, des Delaroche, des Bouguereau, des Bonnat, des Rotlin et de tant d'au- tres qui ont illustré ce siècle. Il a terminé par une touchante péro- raison morale, en nous faisant remarquer que, dans la vie, il y a autre chose que l'art.
Ce qui a encore augmenté le charme de ces causeries, ce sont les illustrations abondantes disposées dans la salle. Les conférenciers ont pu placer sous nos yeux les œuvres les plus remarquables des époques et des artistes dont ils parlaient, et sont ainsi parvenus à rendre ce cours extrêmement vivant et pittoresque.
Bref, chaque séance fut pour nous un véritable régal, et nous ne saurions trop remercier MM. des Granges et Storez du brio et de l'entrain avec lesquels ils ont mené une tâche aussi délicate.
Pierre Moxmer. LE « DESSIN LIBRE »
Nous ne reviendrons pas, cette année, sur la défini- tion du « dessin libre » ; cette définition, nous avons essayé de la donner dans le Journal de l'École de l'an dernier. D'ailleurs, ce titre importe peu; ce qui nous tient au cœur, c'est la chose, et, de cela, il nous plait tou- jours de parler. Nos tenta- tives de Tannée dernière se sont précisées; les élèves, un peu surpris d'abord de la liberté donnée, n'ont pas osé s'en servir; il reste encore bien ;\ faire
COMHAT DEV\NT INF. VILLE HOMAINE
(J. lir.LEDr.n).
362 LE JoruxAL de i/école kes kocues.
en ce sens et la question « Monsieur, qu'est-ce qu'il faut faire? » n'est pas encore près de disparaître du langage courant. Cependant, et notons cette tendance, il nous a été possible d'exposer cette année des panneaux attribués à l'œuvre d'un seul élève, et ce résultat n'est pas sans nous apporter un certain réconfort. L'initiative artistique semble naître et nous tenons à remercier ceux de nos élèves qui nous en ont donné les marques les plus apparentes comme Jean Brueder, Lyautey, Tassu, Lou- bet, Jappy et Henri Ferrand. L'exposition nous a permis de voir nous-mêmes les caractères propres à chacun de ces élèves, qui sont un peu leurs maitres. J. Brueder, dans des tonalités fort délicates, jamais heurtées, nous a donné quelques scènes d'his- toire assez bien composées. De nombreux défauts seraient à signaler, mais il est entendu que nous avons aflaire à de jeunes garçons qui consacrent au dessin tout au plus deux heures par semaine. Betenons donc les qualités; quant aux défauts, nous essayerons de les corriger ensemble. Ce qu'il faut noter, c'est l'amour de Jean Brueder pour les scènes de l'histoire romaine, poussées peut-être trop à la caricature. Il semble que les dessins humoristiques de Sauvaire l'aient trop impressionné, mais je ne pense pas que ce soit là la véritable nature de J. Brueder. Ses études de Heurs, cerlains détails même de ses grandes compo- sitions dénotent chez lui un certain souci de l'ensemble, du cadre, éléments que Sauvaire néglige plus volontiers. Et puis, ce qui distingue ces deux élèves, et qui est tout à l'honneur de J. Brueder, c'est le choix des couleurs et leur juxtaposition toujours harmonieuses. Les valeurs, chères à 31. Dupire^ sont aussi mieux observées. Espérons que. l'an prochain, J. Brueder nous apportera des études poussées d'après nature, son ima- gination n'y perdra rien, au contraire, et ses compositions ne feront qu'y gagner, appuyées quelles seront sur une documen- tation plus précise.
Lyautey, moins adroit peut-être que J. Brueder, est plus vigou- reux dans ses procédés d'expression, son dessin manque d'a- dresse, mais ses couleurs brillantes en font un chgne émule de J. Brueder. Très hésitant au commencement de l'année, Lyautey
362 bis.
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.E JOL'HNAL DE L'ÉCOLE DES HOCHES.
363
NTCKE DE CICEUON A ROME J. BnUEDEI'.}.
s'est de plus en plus affirmé, d'abord dans une composition qui décore actuellement l'armoire de notre salle de dessin, puis, dans une étude d'après un jouet d'enfant qu'il a foi t bien inter- prété et dont les jolies har- monies en jaune étaient pour l'œil une vraie joie. Les essais de composition, vers la fin de l'année, fu- rent peut-être moins heu- reux ; il s'est heurté à des difficultés qu'il ne manquera pas de vaincre l'an prochain. Il n'en est pas moins vrai que cette
audace de représenter une foule au pesage, contemplant le cheval vainqueur tenu eu main par un jockey, cette audace il ne l'aurait pas eue au début de l'année, et c'est de cela surtout qu'il faut le féliciter. Ce qu'il nous plait de développer avant tout chez nos élèves, c'est le désir de représenter ce qui les inté- resse; une fois que ce désir est né, les procédés pour le satisfaire sont laciles à trouver, ils varieront avec les tempéraments pro- pres à chacun d'eux. Il est parfaitement inutile que Lyautey emploie les procédés de J. Brueder et que celui-ci essaie de ressembler à Sauvaire-Jourdan.
Jappy, bien qu'àté de treize ans et demi, nous a donné une série d'aquarelles dénotant beaucoup d'inexpérience certes, mais où les qualités de composition et de coloration ne sont pas sans nous faire penser aux bonshommes, aux fleurs naïves qui déco- rent si agréablement les faïences bretonnes. Quelques-uns des dessins de Jappy nous rappelaient des objets polonais ou russes, et c'est pourquoi nous nous plûmes à les rapprocher dans notre exposition de cette aimée. A côté do Jappy, nous tenons à signaler quelques dessins d'un enfant de cinq ans. H. Rigault. De cet enfant, un merle et des pastels de fleurs tout à fait remarqua- bles. H. Rigault n'est pas élève à l'École, bien entendu, mais ses croquis, rapprochés de ceux de Jappy, nous font croire qu il
3Ôi LE JOURNAL
pourrait souvent remporter la victoire sur beaucoup de nos gar- çons plus âgés.
Tassu et Loubet ont des aptitudes très différentes. Tassu préfère les couleurs froides; le tempérament plus méridional de Loubet le porte vers de plus vives couleurs. Mais l'un et l'autre se découragent très vite. Tassu, moins adroit que Loubet, peut cependant, quand il est bien disposé, manier fort agréable- ment le pinceau et certaine branche de pin très rapidement exécutée dénote chez lui des dispositions qui ne manqueraient pas de se développer rapidement avec un peu de persévérance et de travail.
Loubet, livré tout à fait à lui-même, représenterait plus volon- tiers d'élégantes silhouettes féminines; son envoi au Salon de cette année, nous est une garantie que cette insinuation n'a rien de téméraire, les chapeaux cloches ou à la Gainsborough font son bonheur. Loubet a le souci de l'élégance, mais il sait aussi, quand il le veut, étudier sérieusement une fleuret en tirer un parti décoratif. Un jour même, piqué au jeu, il fit, en quel- ques coups de pinceaux et absolument de mémoire, un fort beau perroquet qui n'avait rien de factice. Il ne descendait pas d'un chapeau, mais bien d'un perchoir et il me semble avoir vu autre- fois son frère au Jardin d'Acclimatation.
Henri Ferrand : il nous coûte de ne pouvoir dire de ce garçon si admirablement doué tout ce que nous pensons. H, Ferrand n'a jamais donné sa mesure. Ce joli chandelier que nous avons exposé, et qui était certainement, bien qu'inachevé, une des œuvres les plus « distinguées » de notre petite Exposition, ne peut nous donner une idée de ce qu'Henri Ferrand pourrait faire s'il voulait se donner un peu de peine. Plus doué peut-être que son frère Georges, Henri possède, à un degré beaucoup plus intense, cette belle indifférence pour tout effort un peu pro- longé. Je ne veux pas dire par là qu'Henri Ferrand soit pares- seux, aucun de nos élèves ne travaille davantage et ne produit plus, mais en l'espace d'une séance, Ferrand fera quatre ou cinq dessins très habiles, mais qui ne le satisfont jamais, et ceux de ces dessins que vous avez pu voir à notre Exposition sont ceux
DE L ECOLE DES ROCDES.
305
DlCdHATION D LN PANNEAU d'armoire
(.1. Brieder].
que j'ai pu enlever rapidement avant qu'il ne les ait déchirés, ou malheureusement bariolés d'un trait de plume ou d'un coup de pinceau. Il faut savoir vaincre cette première impression qui nous pousse à détruire aussitôt nos tentatives de représen- tation de la nature, quand nous trouvons ces productions inférieures.
Sans doute cette première impression prouve un sentiment très vif d'admiration pour la na- ture; mais c'est un aveu d'impuissance, et ce dernier sentiment est inférieur au premier. Il ne faut pas désespérer devant l'obstacle, il faut acquérir l'énergie de le surmonter; renoncer à la lutte est un signe de lâcheté. Un dessin com- mencé doit être fini ; TefTort que nous faisons alors pour le terminer, ne transformera pas notre oeuvre en chef-d'œuvre, mais il nous permettra de surmonter beaucoup plus aisément les difficultés de l'œuvre suivante, et c'est par une série d'efforts que l'on parvient à la victoire finale.
Je ne voudrais pas terminer cette revue rapide de mes élèves, sans parler de garçons comme Valenzuela, Latif, Bouthillier, Sauvaire, Giraud. etc., mais outre que cette nomenclature risquerait d'être monotone, j'ai voulu surtout insister sur ceux qui m'ont apporté un ensemble dénotant des qualités d'initia- tive, ou dont il n'a pas été parlé à propos du Salon de l'École.
Remercions en passant l'initiative prise par M. et M'"' Jenart. Les menus qu'ils ont demandés à leurs élèves pour la première communion ont mis en lumière les qualités d'étude et de com- position de Valenzuela. .Je ne cite que celui-lîi, car il fut un de ceux qui apportèrent aux chefs de maison du Vallon la plus jolie récolte de fleurs. Il est à noter en effet qu'auparavant, Valenzuela ne travaillait pas beaucoup en classe; il a suffi de cette demande de réalisation pratique pour immédiatement développer chez lui des qualités latentes. N'en est-il pas de même des hommes? L'art pour l'art ne convient à personne, grands et petits aiment voir la réalisation pratique de leurs
3(50
LE JOURNAL
efforts, et c'est pourquoi nous ne saurions trop encourager les chefs de maison à suivre l'exemple de M. et 31"" Jenart. Que les dames de l'École nous demandent des motifs de dentelles, de tapisseries, avec des mesures bien déterminées et en nous indiquant les impossibilités provenant du travail ; que les profes- seurs de littérature, d'histoire, de géographie autorisent nos élèves, exigent même que les cahiers soient illustrés, ainsi que les devoirs qui impliquent des descriptions naturelles. Les Américains nous ont dès longtemps précédé dans cette voie; ne soyons pas perpétuelle- ment à la remorque des autres nations; que le dessin devienne vivant, prenne place partout à l'égal de l'écriture. Le dessin ne précède-t-il pas, en effet, l'écriture chez ienfant comme chez les peuples primitifs. Pourquoi le reléguer dans une classe spéciale, généralement décorée de froides représentations en plâtre qui ne par- lent pas à l'esprit de l'enfant? Pourquoi s'obs- tiner à considérer le dessin comme une mani- festation réservée à quelques initiés et qui demande avant tout une impeccable perfection et une imitation servile de chefs-d'œuvre con- sacrés? L'École des Roches doit se distinguer des Écoles d'art proprement dit, qui n'ont souvent d'art que le nom, en ceci qu'elle nous donnera peut-être des industriels capables de re- nouveler le stock de nos modèles qui nous classent bien après des nations comme la Suède ou le Danemark, des artistes capables de rivaliser avec les Anglais ou les Allemands. Dans ces pays, il y a longtemps que les procédés d'éducation artis- tique que nous conservons jalousement sont abandonnés. Il y a bel âge que la couleur est employée par les enfants et combien adroitement ; il y a longtemps que l'initiative artistique est rendue aux élèves et c'est ce qui explique le succès croissant des industries d'art étrangères. Promenez-vous avenue de l'Opéra, vous ne rencontrez que maisons d'art étranger. Liberty, les délicieuses faïences de Copenhague; comme éditions d'art, Bren-
ETUDE DE KOKCE
(J. Briedeh).
DE l/ÉCOLE DES ROCHES. 307
tano's avec ses jolies reliures; en mobilier, Waring and Gillow, Mapple: les Hollandais même viennent souligner notre infé- riorité; Amstelhock voit ses meubles si simples et si originaux, dans le bon sens du mot, achetés très chers par les amateurs qui ne peuvent plus soufTrir les meubles perpétuellement Henri II, Louis XV, ou Louis XVI, que fournit le faubourg Saint- Antoine, ou l'abominable modem-style, qui n'a de moderne que le nom.
Il est temps, grand temps, de développer l'initiative artistique chez nos enfants, il le faut sous peine de disparaître du mar- ché, et c'est exprès que j'insiste sur ce côté mercantile de l'art. Nos maisons s'encombrent d'objets achetés à l'étranger ; il est temps de rendre à notre j^ays cette liberté féconde qui nous a donné autrefois un prestige sans égal et que nous perdrions sans retour si nous nous laissions séduire par les théories officielles. 11 faut attaquer le mal à la racine, il faut développer dès l'enfance le sentiment artistique qui existe chez presque tous les enfants, mais pas trop de grammaire, plus d'idées. Les compositions de prix de Rome sont fort bien dessinées, mais elles sont vides de pensées, elles ne vaudront jamais le sentiment d'art intense qui se dégage des tableaux moins corrects peut-être du moyen âge. Attachons-nous moins à la forme, attachons-nous au fond. Victor Hugo faisait des fautes d'orthographe, ce fut pourtant un grand poète ; l'impeccabilité de la forme ne fera jamais un chef- d'œuvre. Sans doute il faut l'un et l'autre, mais le fond im- porte encore davantage, et c'est cela que nous voulons, dans notre petite mesure, développer chez nos élèves.
Maurice Storez.
L* (c ESPERANTO A LECOLE
L' « espéranto » avait été prêché et enseigné à l'École, il y a deux ans, par notre collègue M. J. Durand; mais seuls quelques professeurs s'y étaient alors initiés. L'un d'eux, défmitivement gagné depuis lors à la cause de la « langue auxiliaire interna-
368 LE JOURNAL
tionale » par rexpérience saisissante du Congrès de Boidogne- sur-Mer (1905), où des hommes de tous les pays se sont en- tretenus couramment et compris comme si la Tour de Babel n'avait jamais existé, a tenté cette année de convertir quelques garçons.
Chargé en seconde de lensei.enement du latin, il abordait Virgile vers le milieu de février; et ses petits élèves semblaient un peu déconcertés par ce premier contact avec la poésie la- tine. Or, il existe de YÉnéide une traduction en espéranto, exacte au point de suivre l'original vers par vers '. Le profes- seur autorisa l'emploi de cette traduction, et proposa aux gar- çoDS de leur enseigner Fesperanto en dehors des classes. Ils acceptèrent; et jusqu'à la fin du terme, chaque samedi soir, le salon des Sablons réunit, de 8 à 9 heures, un petit groupe de 10 étudiants attentifs et amusés. Il y eut cinq ou six séances : cela suffit à ces enfants pour acquérir les principes de cette langue logique et harmonieuse, à laquelle d'ailleurs leur édu- cation latine les préparait singulièrement.
Les réunions furent interrompues par les vacances de Pâques, et n'ont pas repris depuis lors. Cependant, l'espéranto n'est pas abandonné. Plusieurs des jeunes adeptes persévéreront, j'en suis convaincu. Que l'occasion vienne (et les occasions se mul- plieront, avec la diffusion grandissante de l'espéranto dans le monde scientifique et commerciali, et ils retrouveront sans peine l'initiation une fois acquise. Déjà l'un d'eux a commencé à correspondre en espéranto avec un de ses oncles, et c'est pour son plaisir qu'il lisait l'autre joiu^ dans le texte original les pages émouvantes où le D' Zanienhof raconte l'histoire de son invention : la première idée, conçue dès l'enfance, et dès lors perpétuellement obsédante, les railleries subies, les tâton- nements, le travail obstiné dans le silence et dans l'isolement, et enfin la publication, il y a aujourd'hui 20 ans, du petit livre, modèle définitif, Fundamento intangible.
Mais Fesperanto a été tout récemment enseigné à toute
1. Encldo, tradukita de D"' Vallienne, Hachette Kaj K».
DE l'École des rocues. 309
FÉcole réunie dans la grande salle du Bâtiment des classes, par une parole exceptionnellement autorisée. M. Carlo Bourlet, pro- fesseur de mathématiques à lEcole des Beaux-Arts et au Con- servatoire national des Arts et Métiers, et fervent adepte de l'espéranto, venu pour inspecter nos classes de sciences, a bien voulu exposer à nos élèves, avec une clarté persuasive et par- fois plaisante, l'utilité de la langue auxiliaire et ses ingénieux principes. Cette brillante leçon, très écoutée et très applaudie, a préparé le terrain pour le travail de l'an prochain.
Dici là, nous l'espérons, quelques-uns des auditeurs retrou- veront M. Bourletau prochain Congrès de Cambridge, et ce sera la leçon des faits qui là-bas les instruira.
H. T.
Debating Society.
Séance d'ouverture le 6 décembre. — M. Bertier définit le l)ut de la Société : initier les aînés aux grandes questions actuelles, leur ap- prendre le respect des opinions différentes des leurs et la tolérance, les former à la parole.
Le bureau est formé d'un président et d'un trésorier nommés au vote : Jacques Musnier et Marcel Planquette, et d'un secrétaire de séance.
/'■*' séance. — M. Bertier : Rôle social de la pauvreté. M. Massoutié : Rôle social de la richesse. 2'^ séance. — Oct. Menïré ; Pour les éludes latines.
Jacques Hervey : Contre le latin. 3'^ séance. — René Lorillox : Pour la guerre.
Eudoxe Grigorovitza : Pour l'arbitrage. 4" séance. — Robert Delmas : Pour l'allemand.
H. Jéqi'ier : Pour l'espagnol. 5* séance. — M. Trocmé : Pour l'espéranto.
* Guy TiiURNEYSSEN : Contre l'espéranto. 6^ séance. — J. Despi^ngues : Pour la centralisation.
M. Planolette : Contre la centralisation. 7* séance. — Faut-il coloniser?
M. Jenart : La colonisation en Afrique du Sud.
J. Hervey : L'émigration au Canada, aux États-Unis.
II. Jéquier : Pour l'Argentine.
III
liA SECTIO.X fî»PEClAL.E:
NOS EXCURSIONS AGRICOLES
Nous avons suffisamment insisté, dans les deux derniers nu- méros du Journal, sur la façon dont nous comprenions l'ensei- gnement de ragriculture, pour ne pas y revenir à nouveau.
De nombreuses visites d'exploitations agricoles et d'usines nous ont permis de varier les travaux suivis à la ferme et d'éviter ainsi la monotonie, tout en étendant le cycle des con- naissances agricoles de nos garçons.
Nous avons trouvé partout le meilleur accueil chez les agri- culteurs et industriels de la région, et nous sommes heureux de leur rendre ici témoignage.
Voici un extrait du carnet de route du terme d'automne.
Vendredi l'-} octobre. — Ferme du Bois-Josse. Récolte des betteraves. Rendement.
Lundi 15. — Ferme des Marnières. Battage du blé. Machine à battre avec plan incliné. Parc à volailles. Incubation.
Jeudi 18. — Boissij-le-Sec. Labour à la brabant double : exé- cution des planches. Conditions d'un bon labour.
Vendredi 19. — Ferme de la Haute-Equerre. Broyage des pommes, cuvage, extraction du jus et rémiage. Semoirs en lignes : réglage de l'écartement des tubes. Distributeur d'engrais à hérisson.
LE JOURNAL DE L"ÉC0LE DES HOCHES. '411
Lundi '^^2. — Ferme de la Noé, près Rugles. Vaches Ijretonnes. Élevage. Biberons pour rallaitement artificiel. Enfouissement et action des engrais verts.
Vendredi 26. — Ferme de la Mancelière de M. Coyot. Beaux percherons de robe noire. Cheval race anglaise de pur sang. Examen du cheval. Dindons blancs, oies de Toulouse, pintades, canards du Labrador, pigeons divers : bisets, paons, culbu- tants.
Lundi 30. — Moulins à cylindres de Poelay. Boue hydrau- lique, plansiclîter, graine d'acacia utilisée pour le dégommage des tamis de soie.
Mercredi ,>/. — Matériel agricole de M. Deslandres, mois- sonneuse-javeleuse, moissonneuse-lieuse. Faucheuse. Bateau à cheval. Cultivateur canadien. Semoirs, etc.
Vendredi 2 novembre. — Moidins de Chàteau-Thierrij . Moteur à gaz pauvre : le Fram. Blutage. Comparaison entre les meules et les cylindres.
Lundi .5. — Domaine de Montuel. Écuries. Basse-cour. Ins- tallations électriques.
Vendredi 9. — Forges de la Madeleine, près Breteuil, reprises par une société du Nord. Causes de son installation à Bre- teuil : achat de ferrailles à bon compte. Clientèle étendue vers l'ouest. Main-d'œuvre plus économique. Concurrence moindre. Fabrication : fers pour l'industrie, la maréchalerie. Examen des machines-outils. Laminage.
Lundi 12. — Ferme de la Feuilleuse., près Piseux. Bétail d'engraissement : maniements. Moutons dishley-mérinos. Dé- termination de l'âge.
Vendredi 16. — Ferme de M. Patard, près Courleilles. Aller par la route de Tillières, retour par la vallée de l'Avre. Établis- sement d'un silo pour betteraves. Sulfatage des semences. Se- mailles. Réglage du débit.
Lundi 19. — Foire Sainte-Cécile., à Verneuil. Le matin, à 9 heures, vente de 15 génisses importées du Cotentin par M. de (ilatigny. Choix des vaches laitières. A 2 heures, foire aux pou- lains. Aplombs. Robes et signalement. Allures. Parties externes
372 I.E JOURNAL
du pied. Tares. Détermination de l'âge. Examen du cheval en vente.
Jeudi '^"2. — Ferme de la Taillerie, près Mandres. Bergeries : crèches et râteliers. Soins à donner aux agneaux.
Vendredi "23. — i'sine à gaz de Verneuil. Foyer, cornues, collecteur, épurateur chimique, gazomètre.
Mercredi 28. — Ahatloirs de Verneuil. Différentes qualités de la viande.
Vendredi SO. — Exploitation du Bois-Josse. Alimentation du bétail. Bergeries. Labours : profondeur de la raie. Conditions d'un bon labour.
Vendredi 7 décembre. — Chavrigny. Moutons dishley-mérinos. Hygiène de la bergerie. Maladies.
Lundi W. — Fabrique de produits réfractaires de Breteuil. Tuyaux de drainage.
Vendredi 14. — Etablissement d'horticulture de M. Marchand. Bouturage. Plantation, Confection des châssis.
Paul Jexart.
CONFERENCES D'AGRICULTURE
Ces conférences sont faites à tour de rôle par les élèves de quatrième moderne. Elles durent une heure. Voici les sujets qui ont été traités :
Guy de Coubertin. — La Production chevaline en France.
Léon Forestier. — La Production bovine en France.
Jacques Castan. — La Production ovine en France.
Lucien Riom. — Lu Production porcine; élevage de la chèvre en
France. Jolin Waddi.ngton. — La Basse-cour. Guy de Coubertin. — Les Chiens. Léon Forestier. — Une Ferme bien tenue.
La Ferme du Coteau.
Les personnes qui ont assisté à la fête de l'École ont pu voir, dans la salle d'histoire naturelle, un avis portant à la connaissance du
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public qu'une grande ferme venait de se créer près du Coteau grâce à l'initiative de quelques élèves de cette maison. L'Avis disait aussi que les bâtiments de cette ferme étaient visibles tous les jours, sauf le dimanche. iNous avons le repos hebdomadaire.) Je vais donc lâcher d'en passer en revue les difTérentes parties pour satisfaire la curiosité de ceux qui ont été privés de la visiter.
A son origine, notre ferme ne comptait qu'un bâtiment servant tant bien que mal de poulailler; nous avons changé tout cela, et créé autant de bâtiments que nous avons d'élevages.
D'abord, par une large fenêtre servant à bien aérer, nous aperce- vons, sur des perchoirs propres et sur le plancher sablé, des poules de races très pures : des campines, quelcfues Br^ekeles qui ainsi que les Bresses, fournissent des œufs frais aux élèves. Nos volumineuses Faverolles saumonées et herminées conduisent en ce moment les plus beaux et gros poussins imaginables; ils promettent de faire de forts poulets. Et que dire de nos jolies petites poules naines argen- tées et dorées qui, au grand désespoir de M. Trocmé, grattent par- tout dans son jardin. A côté du poulailler, dans une petite cour sablée, des boites rustiques entourées de panneaux grillagés ser- vent pour nos poules couveuses.
Montons le talus, nous traversons un petit pré, nous sommes près de la porcherie. Ne vous imaginez pas c^ue nous avons fait venir M. Storez pour nous en faire le plan et la faire construire ; cela aurait coûté trop cher. Plus malins, nous arrivons avec des pelles et des pioches et nous creusons nos fondations nous-mêmes. Nous allons à Verneuil, achetons des briques, de la chaux, façonnons des piquets à la menuiserie et nous voilà au travail. La maison s'élève et quand elle est d'une hauteur raisonnable, nous formons le toit avec des planches et de la toile goudronnée. La porte est accrochée, l'auge en chêne cimentée, le plancher sec, et voilà messieurs les porcs installés.
Nous étions au mois de novembre dans ce temps-là et deux termes allaient nous suffire pour engraisser nos élèves. Ils étaient cependant bien petits, car, de la Lorraine, leur pays d'origine, jusqu'ici, ils ont pu voyager dans une petite cai.sse sur le toit d'une automobile. Voici leur régime : trois repas par jour, des eaux grasses et des restes de toutes sortes, de la farine d'orge et des pommes de terre que nous cuisions nous-mêmes. A Pâques, nous les avons vendus avec un joli bénéfice au charcutier de Verneuil.
Pendant la période des examens, il vaut mieux ne pas avoir trop d'ouvrages; aussi remettons-nous à l'année prochaine l'achat dune nouvelle paire.
En attendant, messieurs les habillés de soie sont remplacés par un
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magnifique lot de canards de Rouen que nous engraissons; derrière leur habitation nous avons creusé une mare pour qu'ils puissent prendre leurs ébats.
Ce n'est pas tout ; comme les établissements d'élevage qui se res- pectent, nous avons un grand couvoir modèle, nous pouvons le dire sans crainte. Il comprend 5 couveuses, entre autres une de 200 œufs, et 2 couveuses inventées par l'un de nous. Toutes fonctionnent parfaitement, et nous possédons en outre 2 sécheuses-éleveuses permettant de soigner facilement tous nos poussins et canetons.
Ne va-t-on pas s'imaginer, en lisant ceci, que nous avons bien du mal, que toutes ces belles races nous coûtent très cher? Point du tout; rien au contraire ne garnit mieux notre porte-monnaie.
J.-P. W.
L'ENSEIGNEMENT DE LA SCIENCE SOCIALE
Cette année, cet enseignement a été divisé en deux parties : le cours ordinaire et les conférences du dimanche.
Dans le cours ordinaire, nous avons continué l'exposé de la science et les élèves ont fait des travaux personnels sur la si- tuation économique et sociale de divers pays, notamment de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal. Nous nous attachons à déterminer et à mettre en ordre les répercussions cjui expli- quent l'évolution des phénomènes.
Les conférences du dimanche s'adressent à nos grands élèves des classes de première, philosophie, mathématiques élémen- taires et section spéciale. Elles groupent une trentaine d'élèves.
Le but de ces conférences est d'étudier les questions inscrites au programme des examens qui peuvent être éclairées par la science sociale. Nous avons abordé plus particulièrement des questions de géographie, de littérature, d'histoire et de mo- rale, en essayant de déterminer l'influence du milieu social sur ces divers ordres de phénomènes. Nous aurons l'occasion de revenir, soit dans le Journal, soit dans la Science sociale^ sur les questions traitées dans ces conférences.
Nous donnons maintenant la parole à trois anciens élèves
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de la section spéciale qui, depuis leur sortie de l'École, ont
continué à s'intéresser à nos études sociales.
E. D.
NOTE SUR « L'AVENUE » ET SES HABITANTS
L'auteur de ces lignes, qui est sorti de l'École et de la Sec- tion spéciale depuis un an, a d'abord fait un stage dans une maison de construction d'automobile, comme ouvrier, puis comme employé aux écritures. Ayant ainsi acquis les connais- sances techniques et pratiques indispensables, il vient d'entrer dans une maison de commission pour la vente de voitures au- tomobiles et il travaille « pour le million », comme disent les Américains. En attendant de lavoir réalisé, il nous adresse une note amusante sur le monde de l'automobile au milieu
duquel il vit.
E. D.
L'Avenue de la Grande-Armée est peuplée d'un monde à part qui a ses mœurs et ses habitudes et jusqu'à son langage spécial.
Tout d'abord, l'Avenue de la Grande-Armée ne s'est jamais appelée Avenue de la Grande-Armée; c'est tout simplement « l'Avenue ». Un chauffeur vous dira toujours : « Je vais à l'A- venue ». Il ne vous dira jamais qu'il va à l'Avenue de la Grande- Armée; laissons cette appellation aux profanes, encore peu ini- tiés aux mystères de l'automobile.
Il ne faudrait pas croire que tous les habitants de « l'Ave- nue » sont étroitement unis par un même lien d'enthousiasme pour la locomotion nouvelle : oh non! loin de là! Le régime du clan règne en maître absolu; il divise l'Avenue eu plusieurs grands partis et en une infinité de petits; chacun de ces clans possède à sa tête un chef autoritaire. Un des clans des plus re- doutés est celui des « laveurs de bagnoles » (pour les profanes : voitures; synonyme de chignole, tacot, clou, etc.). Les « la- veurs » ne se livrent malheureusement pas à cette opération
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avec de l'eau : « laver », c'est « voler ». Cette « bande noire » opère un peu partout et elle revend les voitures volées à des intermédiaires de bas étage que l'on rencontre dans les petites rues adjacentes à « l'Avenue ».
Je m'empresse de dire, en passant, que le garage ne subit pas ordinairement le régime du clan.
Une autre habitude des habitants de l'Avenue est de se la- menter du matin au soir sur la dureté de la saison : évidem- ment nous ne sommes plus au temps où une 18 H. se vendait 75.000 francs. On « colle » bien de temps en temps un « tacot » à « une bonne poire », mais c'est rare, très rare. Il y a ac- tuellement tellement de 26/i-2 et de 39/78 qu'il faut faire des prodiges de valeur pour arriver à en vendre. Et puis on a affaire à des connaisseurs. Le client d'aujourd'hui sait ce que c'est qu'un cylindre, et il connaît l'existence de la magnéto. 11 ose même vous demander la consommation d'essence. Détail curieux : le Monsieur qui dépensera 35.000 francs de voiture et 10.000 francs d'accessoires, vous demandera toujours la con- sommation d'essence; c'est même un